Inter Press Service (Johannesburg)

Swaziland: La dépendance à l'égard des donateurs est-elle responsable?

James Hall

9 Septembre 2008


Mbabane — Qu'arrive-t-il à un pays dont la population dépend de la largesse des organismes donateurs internationaux pour son existence, une fois que le soutien est retiré?

Si les prévisions pour cette petite nation africaine enclavée du Swaziland sont une indication, l'octroi d'une aide temporaire peut être suivi d'une nouvelle urgence humanitaire.

"La solution à la pauvreté dont nous avons entendu parler pendant tellement d'années est le développement durable : donner aux gens les instruments dont ils ont besoin pour continuer à produire sans l'aide extérieure", a déclaré Titus Mahlalela, distributeur d'aide alimentaire travaillant avec l'ONG internationale 'World Vision'.

Cette ONG distribue une partie de l'aide alimentaire apportée par le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU aux communautés locales; à présent, cette aide maintien en vie un record de 600.000 Swazis -- plus de 60 pour cent de la population.

L'idée de Mahlalela est que la communauté internationale veut aider à réduire les urgences immédiates, mais elle est moins attirée par des engagements à long terme nécessaires pour des solutions durables.

Une initiative d'une autre agence de l'ONU, l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), illustre ce qui se passe lorsque l'assistance qui pourrait aider les agriculteurs à faire de la production alimentaire durable est retirée prématurément.

Un accroissement de la production alimentaire l'année dernière est susceptible d'être inversé cette année, déclarent des fonctionnaires de la FAO, puisque les agriculteurs qui ont reçu l'aide n'ont nulle part où aller. La saison du labour est seulement à quelques semaines.

"Ils m'ont donné ce dont j'ai besoin pour cultiver l'année dernière. Des semences et de l'engrais. Nous ne savons pas si nous les recevrons cette année. En ce qui me concerne, je ne sais pas ce que je ferai sans ces choses", a affirmé Amos Nhlabela, un petit agriculteur de 45 ans à Mlimba, un hameau à 50 kilomètres au nord de la capitale économique, Manzini, dans le centre.

De récents efforts pour relancer la production végétale ont été fondés, non sur la réalisation de la durabilité, mais ont été plutôt focalisés sur la réduction des pertes de récoltes à cause de la sécheresse. Une fausse assertion a été faite : une fois que les pluies sont revenues, les rendements des cultures reviendraient également. En fait, le manque de pluie était seulement un obstacle à la réalisation de la production alimentaire soutenue au Swaziland, où huit sur dix personnes dépendent de l'agriculture de subsistance pour survivre.

Pendant des générations, les Swazis ont accepté un cycle de subventions et de famine qui caractérisait l'agriculture traditionnelle, laquelle dépend du soleil, de la pluie et du fumier des boeufs qui labourent les champs.

Lorsque le Swaziland a obtenu son indépendance il y a 40 ans, il avait souvent enregistré des excédents alimentaires parce que la population, plus petite d'un tiers qu'elle ne l'est aujourd'hui, n'utilisait pas assez de terres disponibles.

"Trois événements se sont produits au cours des décennies écoulées", a indiqué Carl Dlamini, un agent agricole de terrain dans la Région centrale de Manzini. "La population s'est accrue, mais il n'y avait pas assez de terres arables, alors de nouvelles générations sont allées sur des terres à faible rendement qui pouvaient à peine produire.

"Le deuxième facteur est que le changement climatique a apporté des sécheresses qui ont rendu les terres autrefois bonnes seulement légèrement productives et les terres à faible rendement, complètement incapables de produire des cultures. Au cours des 15 dernières années, une grande partie de la région orientale, Lubombo, a connu la sécheresse.

"Le troisième facteur intervenant dans la production agricole est le SIDA".

L'année dernière, un montant considérable de l'aide s'est révélé bénéfique. En 2007, la production alimentaire a baissé de 80 pour cent dans certaines régions, et toutes les parties du pays ont connu des pertes de récoltes dues au climat chaud et sec. Un appel de secours d'urgence des agences de l'ONU a apporté une réponse qui a financé une reprise partielle.

Le PAM a fourni de l'aide alimentaire, et la FAO a financé les achats des intrants agricoles -- semences, engrais, tracteurs -- nécessaires pour chaque production agricole. Une équipe d'évaluation des cultures du PAM/FAO a trouvé que le rendement agricole en 2008 faisait deux fois les niveaux de 2007, bien qu'il soit encore inférieur à ceux des quatre années antérieures.

Paradoxalement, le succès des secours d'urgence de l'année dernière s'est soldé par la fin de l'urgence alimentaire nationale déclarée par le gouvernement. Le budget de l'année dernière de la FAO de trois millions de dollars US a été réduit à 500.000 dollars.

Pour la prochaine saison de plantation qui est imminente dans certaines parties du pays, puisque les pluies de printemps ont commencé à tomber, seul un agriculteur sur six qui ont reçu des intrants de la FAO l'année dernière, en recevra cette année. La trésorerie de ce pays pauvre ne dispose pas de fonds pour compenser le déficit.

"L'année dernière, nous avons eu une bonne réponse à l'appel des donateurs. Mais l'urgence de la sécheresse est finie", a affirmé Tamie Dlamini, directeur des programmes des opérations de la FAO au Swaziland. "Nous aurons cette année un autre déficit dans la production alimentaire, non à cause de la sécheresse, mais à cause des agriculteurs qui n'ont pas planté parce qu'ils ne peuvent pas acheter des intrants".

Moins de 60 pour cent des terres arables du Swaziland sont des cultures en partie parce que le SIDA décime la main-d'oeuvre agricole. Cette année, les coûts des intrants constitueront une autre limite importante sur la production agricole. Les coûts des engrais doivent dépasser de 200 pour cent ceux de l'année dernière avant le sommet de la saison de la plantation en novembre.

La montée des prix du carburant se reflète sur la hausse du coût de location des tracteurs privés. Le ministère de l'Agriculture a trop peu de tracteurs, et les attentes ont fait que certains agriculteurs ont planté tardivement.

"Je ne peux pas acheter d'engrais. Je ne peux pas acheter des semences. Je ne peux pas louer un tracteur. Je peux emprunter des boeufs de mon cousin pour labourer, mais lui-même n'a ni semences ni engrais", a déclaré un autre agriculteur, Sonny Dube, un voisin de Amos Nhlabela.

"Pourquoi l'argent est-il disponible pour les secours d'urgence, mais pas pour rendre l'agriculture abordable? Pourquoi y a-t-il trop peu de tracteurs? Où est le financement pour le réapprovisionnement automatique de la banque de graines où les agriculteurs peuvent en prendre?", a demandé Connie Hlope, l'une des quelques femmes agents agricoles de terrain dans le pays. Son travail est de conseiller les agriculteurs sur les programmes de plantation et sur la location de tracteurs.

"Vous saisissez pourquoi l'agriculture n'est pas 'durable'. Les gens rejettent la responsabilité sur la dépendance à l'égard des donateurs. Vous apprenez que des gens refusent de labourer parce qu'ils obtiennent de la nourriture du PAM. Mais je n'ai jamais pu fournir de preuves pour cela. C'est un mythe", a souligné Hlope.

Une interview avec une résidente rurale a confirmé cela. Amanda Mavuso, une veuve et mère de cinq enfants, qui essaie de cultiver un champ d'un hectare dans le centre du Swaziland, a indiqué : "Les vivres que nous cultivons sont bons. Nous les apprécions. Les vivres de l'extérieur ne sont pas assez bons. Ils ont un goût différent. Personne ici ne préfère les vivres des donateurs".

Si elle et sa famille acceptent finalement la nourriture des donateurs, c'est parce qu'elle n'est pas en mesure de gérer un champ elle-même. Elle n'a pas d'argent pour acheter les intrants et dépend de l'aide des familles voisines pour exécuter les dures tâches consistant à labourer, désherber et moissonner.

Jusqu'à ce que des programmes soient conçus pour satisfaire les besoins fondamentaux de l'agriculture à petite échelle qui nourrit un grand nombre de Swazis et qui autrefois produisait un excédent national de la production agricole, "la durabilité" demeurera plus un cliché de développement qu'une réalité réalisable dans la vie des petits agriculteurs.

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