Raymonde Senga Kosi
10 Septembre 2008
Kinshasa — Si la distribution gratuite des moustiquaires imprégnées d'insecticide (MII) à la première consultation prénatale pour la femme enceinte et à la première consultation préscolaire pour les enfants de moins de cinq ans se veut déjà une routine à Kinshasa, il n'en est pas le cas à l'intérieur du pays. A Djolu, dans le district sanitaire de la Tshuapa, province de l'Equateur, les femmes qui accouchent utilisent leurs pagnes comme moustiquaires pour protéger leurs nouveaux-nés.
«La Maternité de l'hôpital général de référence de Djolu est comparable à un mouroir. Les femmes accouchent sur des lits métalliques dégarnis. L'absence des moustiquaires imprégnées d'insecticide (MII) fait que les accouchées couvrent les bébés par les pagnes. Pire encore, tous les cas de paludisme sont traités par des antipaludéens tels que la chloroquine, alors que la politique en matière de traitement du paludisme recommande depuis 2005 l'association Artésunate amodiaquine comme traitement de première ligne contre le paludisme». C'est là le S.O.S. de Dr Apollinaire Kilundu, médecin chef de zone de santé rurale de Djolu, dans le district sanitaire de la Tshuapa, province de l'Equateur. Il l'a dit lors de l'entretien qu'il a eu avec M. Jean-Marie Bolika, point focal du Réseau Sida Afrique francophone et coordonnateur national de l'ONG ILDI, qui a récemment séjourné à l'Equateur. Son voeu est de voir les autorités du pays s'intéresser à l'amélioration des conditions de vie dans cet hôpital
Au moment où une campagne de distribution gratuite des MII s'annonce à Kinshasa, il est impérieux d'attirer l'attention de la communauté et des décideurs politiques pour qu'ils perçoivent l'urgence d'une telle campagne à l'Equateur où des milliers de vies humaines sont en péril à cause du paludisme. En effet, d'aucuns n'ignorent que la province de l'Equateur est, selon le PNLP, caractérisée par la présence de la faciès épidémiologique du type «faciès équatorial» permanente dans les zones forestières hyperendémie (50-75 % des cas des personnes infectées) et d'holodémie (plus de 75 % des personnes infectées). La province est naturellement bondée de zones marécageuses qui constituent des foyers de prolifération des anophèles, moustiques vecteurs de la maladie.
D'où plus d'efforts doivent être fournis pour essayer d'alléger l'impact négatif permanent de la malaria dans cette province. «Seule la volonté politique reste l'une des solutions pour réduire le taux de morbidité et de mortalité des enfants de 0 à 5 ans et les femmes enceintes dans cette province », a déclaré M. Jean-Marie Bolika dont l'ONG est partie prenante à la campagne GlaxoSmithKline «African Malaria Partnership» (AMP) qui fait partie du programme humanitaire mondial de GSK. Ce programme soutient depuis novembre 2005, la nouvelle initiative «Mobilisons-nous contre le paludisme» en collaboration avec le Malaria Consortium. Objectif, la sensibilisation de l'Europe et de l'Afrique, afin que de plus grandes ressources soient consacrées pour lutter contre cette maladie. Selon M. Jean-Marie Bolika, le PNLP doit répondre du déficit communicationnel dont il fait preuve en matière de divulgation de la stratégie de lutte contre le paludisme, parce qu'il est inconcevable que les personnels ayant à leur charge la santé de la population ne s'accordent pas sur la manière de prendre en charge les cas de paludisme.
L'artésunate/amodiaquine est déclaré efficace par les experts, mais la population de Djolu consomme encore la chloroquine jugée inefficace.
Cette situation est inexplicable, même si on l'attribue à la difficulté d'accès financier et géographique à la combinaison thérapeutique artesunate/amodiaquine.
Outre la chloroquine, l'utilisation des extraits des plantes et même des phytomedicaments est très répandue à Djolu. Bref, le PNLP doit recadrer sa politique de lutte contre le paludisme à l'Equateur pour qu'elle rattrape son retard.
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