Dorra Ben Salem
11 Septembre 2008
A peine quelques jours nous séparent du fameux 15 septembre, date coutumière où les chérubins reprennent le chemin de l'école pour une nouvelle année scolaire. Et qui dit rentrée scolaire dit fournitures scolaires soit pour les parents un fardeau financier inéluctable.
Savour résister à la tentation des articles vendus dans le commerce parallèle
Cette année encore, l'achat des fournitures scolaires coïncide avec les dépenses gourmandes relatives au couffin de Ramadan. Comment réagir donc face aux listes interminables des instituteurs qui n'hésitent pas à exiger des élèves, notamment ceux inscrits dans les premières classes de l'enseignement de base, des articles divers et nombreux? Patienteront-ils à la queue leu leu devant les libraires pour recommander des articles et être contraints à un choix assez réduit? Prendront-ils plutôt le chemin du supermarché le plus proche et choisiront-ils les articles généreusement exposés et dont la fourchette des prix varie entre le symoblique et l'exubérant? Ou opteront-ils plutôt pour la solution de facilité qui permet de faire plaisir aux enfants et de répondre positivement à leur volonté tout en s'assurant que l'addition ne sera pas, pour autant, salée?
Au moment où les familles tunisiennes prennent encore du plaisir à bronzer sur nos belles plages, les supermarchés ont déjà consacré plusieurs rayons à la fourniture scolaire: des cartables, dont les prix oscillent entre 9 et 85 D; des cahiers de tout format décorés par de jolis graphiques appropriés à chaque tranche d'âge mais tous d'une bonne qualité, des spirales à prix assez aigre, des blocs notes, des classeurs, des ardoises blanches sur lesquelles on écrit au stylo feutre et non pas à la craie, du papier pour le dessin, des livres de coloriage pour les tout petits à seulement 1D500 et une panoplie de stylos à bille, à pointe fine, de stylos feutres, d'autres pailletées sans oublier les stylos à encre, les marqueurs fluorescents, les effaceurs d'encre, etc. Il faut dire que dans les grandes surfaces, il y a vraiment de quoi tomber dans l'embarras du choix. Mourad est technicien supérieur. A 41 ans, père de deux enfants, incrits en 2e et en 5ème années de l'enseignement de base, Mourad a pris l'habitude de trier parmi les articles exposés au supermarché ce qu'il lui faut et surtout ce qui n'épuise pas son budget. " Je me sens plus à l'aise dans un supermarché. D'autant plus que la qualité est sans faille et les prix sont raisonnables et moins chers que chez les librairies", indique-t-il. Il ajoute que la qualité de la fourniture scolaire locale s'est nettement améliorée et qu'il est content de ne plus voir des cahiers dont le papier est noirâtre comme cela a été le cas durant son enfance.
Plus bas que mes prix, tumeurs !
Il est 11 heures. Un soleil de plomb règne cruellement sur la capitale. A la rue des salines, des marchands proposent des produits essentiellement asiatiques, très bon marché. Allez savoir comment ils ont été introduits dans le commerce ! Sachant que certains articles sont introduits d'une manière clandestine. Abdessalem, 17 printemps, occupe un étal de stylos de différents modèles. "C'est une marchandise importée que j'achète au souk Sidi Bou Mendil. Le stock compte une soixantaine de stylos que j'achète à seulement 10D. Je vends des stylos à encre, des pointes fines et des stylos pailletés à 300 et à 500 milimes mais aussi des assortiments de 12 stylos de couleurs à seulement 2D500. Mes stylos sont semblables à ceux que l'on vend dans les librairies sauf qu'ils sont de loin moins chers. Leur qualité est irréprochable puisque les clients, adultes comme enfants, n'hésitent pas à revenir pour s'en procurer d'autres", indique-t-il fièrement.
Un peu plus loin se situe l'étal de Habib, père de famille, âgé de 52 ans. D'habitude, Habib vend du tabac et des papiers mouchoirs. Mais à la veille de la rentrée scolaire, il a préféré se convertir en marchand de fournitures scolaires. " Cette marchandise est importée de Chine et du Japon. Les cahiers 12 pages sont à 400 millimes, ceux de 24 pages sont à 600 millimes et ceux de 48 pages sont à 800 millimes. Pour ce qui est des stylos, je vends l'ensemble de six stylos à seulement 1D au lieu de 1D700. Les marqueurs sont à un dinar au lieu de 2D1 00. Regardez comme cet ensemble est mignon, formé d'une trousse Barbie ou Spiderman, d'une gomme, d'un taille-crayon, d'une règle et d'un crayon, le tout à seulement 1D500. De même pour cette trousse cartonnée qui contient des crayons de couleurs et dont le bouchon est un taille crayon qui ne coûte qu'un dinar cinq cents millimes", énumère-t-il joyeusement.
Au souk appelé Sidi Bou Mendil, la fourniture scolaire la plus attrayante y est proposée généreusement. Ici, le prix maximal d'un cartable n'excède pas les 12D.
" La vie devient chère et les familles qui ont des budgets limités n'ont pas intérêt à opter pour des articles à prix élevés alors que des fournitures bon marché qui proviennent de Chine et de Corée sont disponibles", fait remarquer un marchand de fournitures à Sidi Bou Mendil qui a tenu à garder l'anonymat.
Zakia examine les cartables pour filles, imprégnés d'une belle photo de Barbie. " C'est pour ma fille, précise t-elle. Elle passe en 3e année. Elle m'a prié de lui acheter des fournitures qui incluent les photos de sa poupée préférée. D'ailleurs, j'ai jeté un coup d'oeil sur les fournitures que proposent les supermarchés et qui contiennent le sigle de Barbie et je trouve que les prix sont assez élevés. C'est pour cette raison que j'ai préféré ceux proposés dans ce souk où on propose un grand choix à des prix symboliques".
Elle renchérit, en outre, que l'année précédente, elle a fait l'acquisition de la majorité écrasante des fournitures recommandées auprès du souk, le tout - excepté les manuels scolaires bien évidemment- pour seulement 25D.
Un peu plus loin, Nidhal 10 ans, s'amuse à choisir les stylos de couleurs au moment où son père demande le prix des cahiers. " J'aime beaucoup les fournitures scolaires. Je trouve que c'est joli et puis ça m'incite à bien travailler à l'école. Certes, dans les supermarchés et les librairies, il y a également de belles choses, mais ici, il y en a de plus belles" dit-il. Et d'ajouter que pour lui, le prix ne compte pas," L'essentiel, c'est que cela soit beau".
Le chérubin, comme ses parents sans doute, ignore les effets nocifs que peuvent contenir ces jolies fournitures. Fabriqués sous d'autres cieux, on ne sait comment et à partir de quelles substances, les produits asiatiques n'obéissent à aucun contrôle. Contenant probablement des produits cancérigènes, ils présentent ainsi un risque considérable et peuvent nuire et même gravement à la santé des enfants. Nous avons appris d'ailleurs que le ministère de la Santé publique entame actuellement un processus de contrôle des fournitures et autres produits prélevés sur le marché parallèle suite à la saisie d'articles suspectés de contenir des matières nuisible à la santé. La réticence s'impose. Si certains évitent de patienter dans les files interminables devant les libraires, ils seront obligés, un jour ou l'autre, de faire l'acquisition des manuels ou de quelques articles de fournitures.
Les offres tentantes du marché parallèle et les prix légèrement plus intéressants que proposent les supermarchés semblent vouer les maîtres de la profession à l'oubliette. En effet, si le marché parallèle et les supermarchés proposaient les manuels scolaires, les libraires risqueraient la faillite. "C'est tout à fait logique en fait, puisque les fournisseurs donnent toujours la priorité aux supermarchés. Et même si nous sommes les premiers à passer les commandes, nous passons après les supermarchés. Ainsi, ces derniers mettent en avant les fournitures avant l'heure au moment où nous sommes en manque d'approvisionnement", explique Hayet, libraire.
Une qualité irréprochable à des prix moins tentants dans les supermarchés et un plus grand choix à des prix symboliques à la rue des salines et à Sidi Bou Mendil; les libraires sont donc amenés à expliquer aux clients la différence entre les produits locaux ou légalement importés et autres clandestins. " Dans notre librairie, renchérit Hayet, nous vendons des cartables importés et de marque à 88dt. Des cartables à prix salés certes, mais qui durent alors que ceux que l'on propose ailleurs à 23D, ne résistent pas plus de deux mois" .
Il est à noter, en outre, que cette année, et selon les propos de Hayet, les prix des manuels scolaires ont augmenté de 100 millimes chacun.
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