Le forum médias et développement tenu les 12 au 13 septembre 2008 à Ouagadougou a abouti à l'adoption d'une feuille de route conjointe Union africaine-Union européenne en faveur d'une presse plus libre, plus indépendante vis-à-vis des pouvoirs politiques et économiques et engagée au service du développement.
Pour le commissaire européen, Louis Michel, (...)
... et le président de l'UA, Jean Ping, la feuille de route pourra constituer la trame de la Charte sur les médias.
"Mettre en place le cadre institutionnel garantissant aux médias, leurs droits et devoirs, leur indépendance et leur liberté d'expression, favoriser la création de sociétés de rédaction, lutter contre les stéréotypes et rendre compte des réalités africaines de manière objective et équilibrée". Telles sont entre autres les recommandations consignées dans la feuille de route conjointe pour l'action des commissions de l'Union africaine (UA) et de l'Union européenne (UE), en faveur du développement des médias pour leur contribution soutenue à l'édification du monde. Signé, à l'issue du forum "Média et développement", samedi 13 septembre 2008, à Ouagadougou par les représentants des deux institutions, M. Jean Ping au compte de l'UA et M. Louis Michel pour l'UE, les recommandations s'adressent particulièrement aux Etats africains et à l'Union africaine ainsi qu'aux responsables de la presse. L'objectif est de parvenir à une charte commune aux deux continents. Ce qui suppose que, l'Afrique s'élève au degré de liberté atteint en Occident. Dans l'immédiat, il leur est demandé de financer des programmes de formation multiformes pour préparer au journalisme, d'orienter une partie des financements liés à la gouvernance vers les médias, de soutenir les associations et organisations des médias, créer des cadres d'échange entre les médias du Nord et du Sud etc.
Le président du Faso, Blaise Compaoré : "Les médias disposent de moyens pour stimuler la création de richesse."
Les participants ont posé le premier jalon de la Charte des journalistes européens et africains.
La feuille de route constitue pour les organisateurs du forum UE et UA le premier jalon d'un processus visant à court terme, l'élaboration d'une charte fixant les droits et devoirs des médias, la création, la mise en place et l'actualisation d'un portail panafricain de tous les médias ainsi qu'un observatoire d'envergure identique. Celui-ci sera composé de personnalités éminentes reconnues pour leur indépendance dans leur secteur de compétences et chargées d'accueillir les doléances et les demandes de recours, avec pour objectif de régler les contentieux par la médiation. Jean Ping et Louis Michel se sont dit satisfaits des résultats du forum. Le premier a indiqué qu'ils reflètent la capacité de l'Afrique et de l'Europe à s'accorder sur des questions d'importance comme le développement et à parvenir à un consensus pour préserver ou protéger leurs intérêts. Le président de l'UA a souligné toutefois que le succès du forum se mesurera dans le suivi et la mise en Å"uvre concrète de la feuille de route. Il s'est engagé à travailler à l'opérationnalisation des conclusions par un large écho auprès des chefs d'Etat africains afin qu'ils les répercutent aux plans national et régional. Le second sa part va soumettre les propositions lors des journées européennes du développement prévues à Strasbourg, du 15 au 17 novembre 2008. Il a salué la qualité et la pertinence des conclusions qui, de son avis, découlent "d'échanges passionnants de débats francs, de confrontation d'idées et de la force des convictions", des participants composés de professionnels du journalisme, de représentants de la société civile, et de décideurs politiques.
Former et soutenir la presse pour une meilleure pratique du journalisme
Le Premier ministre Tertius Zongo, qui a présidé la cérémonie de clôture des deux jours de travaux, a également congratulé les acteurs et partenaires de la presse présents au forum, pour leur mobilisation à cette occasion et la qualité des échanges et recommandations. Lesquelles, a-t-il déclaré, constituent une boussole des Etats africains et européens vers une action concertée en direction du développement. Et le Burkina Faso les prendra en compte dans sa politique de développement, a ajouté M. Tertius Zongo. Il a rassuré les participants de l'engagement du pays à défendre les recommandations lors du forum de Strasbourg. Une tribune idéale, a estimé le président du Faso Blaise Compaoré à la cérémonie d'ouverture, pour les apprécier et envisager leur mise en Å"uvre concrète. Pour lui "la tenue du forum est une nouvelle illustration de la volonté des deux continents concernés de cheminer ensemble". Elle est inspirée, a expliqué M. Compaoré, de la nouvelle approche de la coopération entre eux, matérialisée par la mise en place d'un partenariat stratégique assorti du sommet de Lisbonne de décembre 2007. Le président a reconnu que les médias contribuent à l'approfondissement de la démocratie aux progrès socio-économiques et politiques. Ils "peuvent jouer un rôle d'amplificateur et d'approfondissement de la démocratie, de protection des droits humains, stimuler l'engagement des hommes à la production de richesse dans les domaines de l'agriculture, la santé, la protection de l'environnement, l'éveil des consciences..." indique M. Compaoré.
Il déplore cependant que la réalité soit parfois autre, car il arrive que la presse desserve l'intérêt général, ou que les journalistes abdiquent leurs responsabilités. Des dérives médiatiques comme le cas de Radio Mille collines au Rwanda en 1994 notamment, la désinformation, les nouvelles calomnieuses non vérifiées, l'amateurisme et la corruption provoquent des drames dans le monde. Le chef de l'Etat burkinabè a suggéré contre ces déviances, l'institution d'un cadre juridique de régulation garantissant la liberté d'expression, le pluralisme et la
Tertius Zongo, Premier ministre du Burkina: "Les conclusions du forum seront prises en compte dans la politique de développement du gouvernement."
diversité des opinions, tout en insistant sur la protection et les responsabilités des journalistes. La création d'un environnement social et économique s'avère impérative à leur développement, selon lui. Et il est urgent à son entendement "d'assurer des moyens financiers stables et substantiels pour le développement des organes de presse tout en veillant au renforcement de leurs capacités organisationnelles". Par ailleurs les institutions de formation et de spécialisation ont aussi besoin de soutien. Cela en raison des mutations incessantes du secteur de l'information suscitées essentiellement par l'évolution technologique entretenue par l'essor du numérique. Le Burkina Faso a essayé de soutenir la presse à sa manière à travers des subventions allouées annuellement aux médias et l'institution d'un cadre réglementaire. L'adoption du code de l'information en 1993 du code de l'information réglementant l'activité des organes participe de cette volonté. "La pluralité et la diversité des journaux, des stations de radio et de télévision attestent que dans votre pays, la liberté de la presse est une réalité", a affirmé M. Compaoré. L'Etat n'a jamais intenté 'de procès pour diffamation "contre un organe de presse", a-t-il relevé.
Mettre fin aux suspicions
Au contraire, selon lui, il les aide à mieux jouer leur rôle en leur allouant annuellement une subvention à progression croissante. Et en dépit de ses insuffisances, le premier magistrat du Burkina Faso juge que la presse de son pays est l'une des plus libres et critiques du continent.
Le président de la commission de l'Union africaine et le commissaire européen ont saisi l'occasion de ces assises pour réitérer leurs encouragements au président du Faso pour ses efforts en faveur de la paix dans la sous-région ouest-africaine, particulièrement au Togo et en Côte d'Ivoire. M. Jean Ping a fait savoir que l'UA entend jouer sa partition pour l'épanouissement de ses médias afin qu'ils participent effectivement au développement du continent.
"C'est ainsi que nous avons inscrit au nombre de nos programmes prioritaires pour 2009, la formation de journalistes africains dans le domaine des sciences et techniques", a déclaré M. Ping. 106 jeunes journalistes africains (deux par pays) devraient être formés dans ce cadre
Signature de la feuille de route conjointe UA-UE pour le développement et le rôle de la presse.
pendant deux ans au sein d'institutions et de rédactions africaines ou européennes. Toute chose qui permettra de combler les insuffisances constatées au niveau de la presse spécialisée. M. Ping a souhaité la fin des suspicions entre le 4e pouvoir et les autres au profit d'une farouche collaboration propice au développement. Et M. Louis Michel de renchérir en ces termes : "l'exercice même impartial des trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) ne suffirait pas pour faire vivre une démocratie moderne parce qu'il lui manquerait la vigilance contestatrice, voire impertinente de la société civile dont la presse porte la voix et la pluralité".
Pour lui, les médias responsables et indépendants sont un prérequis à un "juste Etat", garant d'élections libres, d'un système socioéconomique et politique responsable, d'une société de progrès, en somme le développement.
Nadoun COULIBALY
Séraphine SOME
serasome@yahoo.fr
Des personnalités apprécient
Blaise Compaoré se prononce sur l'enjeu du Forum : "La coopération UE-Afrique, c'est de nous investir dans tous les secteurs à la fois sensibles mais essentiels pour rapprocher les deux continents comme la question de l'image, la perception qu'ont les européens de l'Afrique et inversement. C'est important que nous puissions parler de cela. Aujourd'hui, il y a aussi le développement avec au centre les médias qui ont les moyens d'apporter un plus aux initiatives des politiques. On a vu que vous pouvez contribuer à l'élargissement du savoir, à la sensibilisation sur des sujets d'intérêts humain, social. Cela nous amène à penser qu'il faut aller vers une charte qui permettrait à la fois de définir les responsabilités des médias, des communautés à la base et des institution publiques.
Les pouvoirs publics doivent donc créer un environnement plus favorable pour les médias afin que vous sachiez évoluer à nos côtés sur les questions de développement tout en soulignant que vous devez insister sur l'éthique, sur la qualité des productions (reportages, magazines, ...). Il est essentiel que vous mettiez l'accent sur la formation car si on demande aux journalistes d'appuyer le développement, ça veut dire qu'ils sont préparés".
Satisfecit du ministre filippe Savadogo : "Je crois d'abord que c'est ceux , venus de loin, qui ont exprimé leur satisfaction qui font que je peux dire que je suis pleinement satisfait. Deux jours de réflexion, deux jours de dialogue et d'entretien mais aussi deux jours de discussion vives qui ont donné des résultats. Je suis comblé. Vous pouvez faire confiance au Burkina qui a pris en charge le projet pour le porter à l'attention non seulement de l'Afrique mais aussi de l'Europe.
Les journées européennes du développement de Strasbourg (France) en novembre prochain tracent déjà la ligne de l'évolution de ce projet. Je pense que l'UE et l'UA qui se sont mis autour d'une table pour sortir un document cadre de partenariat sont à saluer".
Propos recueillis par
S.N.C
S. S
Feuille de route conjointe pour l'action de la commission de l'Union africaine et de la Commission européenne
à la clôture du Forum "Media et Développement"
Le Forum "Media et Développement" entend être la première étape d'un processus dynamique entre les médias et le développement.
Les médias sont des acteurs essentiels à la réussite du développement et à la construction d'Etats démocratiques.
Ce forum a débattu de toutes les grandes questions qui sont liées à cette thématique. Comment garantir l'indépendance des médias face aux intérêts économiques ou politiques. Comment protéger juridiquement les organes de presse et les journalistes ? Comment financer une presse pluraliste ? Comment organiser une formation adéquate des journalistes aux techniques d'investigation et à la recherche de la vérité ? Comment définir les droits et obligations de la presse ? Comment faire contribuer les médias à des politiques de développement efficaces ? Comment lutter contre les stéréotypes véhiculés sur l'Afrique en Europe et sur l'Europe en Afrique ? Comment favoriser l'émergence de médias de qualité à l'échelle locale, nationale et internationale ? etc...
Le Forum "Media et Développement" a dégagé des positions communes quant au rôle de médias libres et incontournables pour construire des Etats justes et impartiaux fondés sur des élections libres et justes, un système administratif, politique, judiciaire et économique garantissant l'accès égal à tous les citoyens, à une démocratie vivante et à une prospérité équitablement partagée.
Le Forum "Media et Développement" organisé par la Commission de l'Union africaine et la Commission européenne en association avec l'Organisation Internationale de la Francophonie, le Commonwealth et la Comunidade dos Paises de Lingua Portuguesa, réuni à Ouagadougou du 11 au 13 septembre 2008, propose entre autres aux Etats:
- de mettre en place le cadre institutionnel garantissant aux médias leurs droits et devoirs, leur indépendance et leur liberté d'expression;
- de garantir le débat public, l'égal accès des partis politiques, associations et représentants de la société civile aux médias publics et privés;
- de garantir aux journalistes l'accès aux sources d'information, le secret de leurs sources ainsi qu'une protection juridique leur permettant l'exercice de leur profession de manière indépendante et impartiale;
- de mettre en Å"uvre des programmes de formation à l'attention des professionnels de la presse fondés sur un code déontologique et sur une information traitée avec probité;
- de favoriser la création de sociétés de rédacteurs;
- d'imposer aux opérateurs des médias notamment audiovisuels, le respect du principe d'égalité de traitement, de pluralisme et de non-discrimination;
- de créer des instances de régulation indépendantes dotées des moyens nécessaires et qui garantissent les droits et devoirs des médias;
- d'encourager la création de médias audiovisuels et écrits de proximité afin qu'ils soutiennent l'appropriation, la cohésion sociale, qu'ils aident à l'émergence d'une société civile vigilante;
- de financer par des budgets publics et/ou privés des organes de presse pour assurer la liberté et la pluralité des opinions;
- d'encourager le développement d'entreprises audiovisuelles indépendantes;
- de favoriser les échanges de programmes entre médias d'information Afrique/Afrique et Afrique/Europe.
Feuille de route conjointe pour l'action de la Commission de l'Union africaine et de la Commission européenne à la clôture du Forum "Media et Développement"
Le Forum "Media et Développement" propose également aux responsables et représentants de la presse :
- lutter contre les stéréotypes et rendre compte des réalités africaines de manière objective et équilibrée;
- le respect scrupuleux d'une recherche systématique de la vérité en s'abstenant de relayer des rumeurs non vérifiées ou non fondées;
- de ne pas sélectionner ou occulter de manière partisane des informations essentielles;
- de ne pas altérer le sens des textes et des documents;
- de s'interdire toute forme d'exaltation partisane qui viserait à inciter à la violence ou à sa banalisation;
- de les inciter à ne pratiquer aucune censure directe ou indirecte.
Le Forum propose entre autres d'engager immédiatement les actions suivantes :
- Financer des programmes de formation multiformes pour préparer au journalisme, mais aussi aux nouveaux métiers, aux nouvelles techniques, à l'investigation, à la gestion d'entreprises de médias. La remise à niveau des centres de formation de journalistes au niveau régional ainsi que des programmes de formation continue qui seraient donnés sur le terrain en Afrique;
- Orienter une partie des financements liés à la gouvernance vers les médias au vu de leur rôle de contre-pouvoir dans une société démocratique;
- Lancer des projets pilotes de médias de proximité et d'échanges entre médias au niveau africain dans un esprit de mutualisation des moyens humains, financiers et matériels;
- Lancer un Forum "Media et Développement" permanent pour des échanges continus sur les médias aux niveaux africain, européen, panafricain, paneuropéen et Afrique-Europe afin de poursuivre le travail engagé et rassembler d'autres propositions ou commentaires sur le sujet;
- aider aux jumelages, aux mises en synergie et aux échanges entre écoles de journalisme ou entre médias européens et africains dans une convergence multisupports;
- organiser le suivi de la mise en place des recommandations sous les formes et mécanismes les plus appropriées (événement annuel, utilisation du portail, rencontres périodiques);
- agir pour l'éducation des plus jeunes et de toutes les parties prenantes à l'importance des médias notamment les décideurs des différents pouvoirs;
- soutenir les associations et organisations des médias et de journalistes qui contribuent à défendre leur intérêt et la liberté de la presse;
- financer des infrastructures d'accès aux Nouvelles Technologies de l'information et de la communication;
- Créer des plates-formes d'échanges entre médias et ONG pour que la société civile et les populations défavorisées et rurales puissent faire davantage entendre leur voix.
Feuille de route conjointe pour l'action de la Commission de l'Union africaine et de la Commission européenne à la clôture du Forum "Media et Développement".
Le Forum se fixe à court terme :
- l'élaboration d'une charte fixant les droits et devoirs des médias;
- la création, la mise en place et l'actualisation d'un portail panafricain de tous les médias qui permettrait de dresser un état des lieux de l'existant tout en constituant une vitrine locale et internationale qui fédère l'Afrique médiatique;
- la mise en place d'un observatoire panafricain des médias composé de personnalités éminentes reconnues pour leur indépendance dans leur secteur de compétences et chargées d'accueillir les doléances et les demandes de recours avec pour objectif de régler les contentieux en premier lieu par la médiation. Cet observatoire pourrait avoir le statut juridique d'un médiateur.
Au terme de ce forum, les travaux doivent continuer avec comme prochain rendez-vous les Journées européennes du développement et l'ambition conjointe de faire aboutir tous ces projets concrets entre nos deux institutions.
Fait à Ouagadougou, le 13 septembre 2008,
Pour la Commission de l'Union africaine,
Pour la Commission européenne,
M. Jean Ping
Président Commission de l'Union africaine
M. Louis Michel
Commissaire européen au développement et à l'aide humanitaire
Jean Ping et Louis Michel face à la presse
Tirs croisés sur le coup d'Etat en Mauritanie
Jean Ping, président de la commission de l'UA et Louis Michel, commissaire européen au développement chargé de l'aide humanitaire, ont condamné samedi 13 septembre 2008 à Ouagadougou au cours d'une conférence de presse le coup d'Etat du 06 août dernier en Mauritanie. Mais, l'Union européenne qui ménace ce pays de sanctions économiques a été accusée par un confrère de vouloir affamer le peuple mauritanien.
Finalement le point de presse conjoint UA-UE a pris une tournure hautement politique. Tout est parti d'une question posée par un journaliste malien sur ce que pensait l'Union africaine du coup d'Etat du 06 août 2008 en Mauritanie. Jean Ping, président de la commission de l'Union africaine de répondre en
Jean Ping et Louis Michel pendant la conférence de presse.
ces termes. "Nous avons publié plusieurs communiqués sur ce sujet. Peut-être que vous ne lisez pas. Mais, notre position est que l'UA condamne ce putsch et appelle au retour à la légalité constitutionnelle et à la libération du président déposé". Il a aussi expliqué dans la foulée que la Mauritanie est suspendue des activités de l'Union africaine et que lui s'y serait rendu pour demander la libération du président Ould Sidi. "J'ai obtenu l'accord du général Abdel Aziz Ould Mohamed. Il m'a dit : je vous le remettrai", ajoutant que l'UA est en discussion avec la communauté internationale (UE, USA, Russie...). Plaidant pour le retour à l'ordre constitutionnel, Jean Ping affirme n'avoir toutefois pas de marges de manÅ"uvre en tant que président de la commission de l'UA.
A ces propos, Louis Michel renchérit que l'UE a réagi au putsch et s'aligne totalement sur la position de l'UA. C'est en ce moment que contre-attaque un journaliste. Il accuse ouvertement l'UE de vouloir affamer les Mauritaniens en brandissant l'arme économique. Si l'UE refuse à la Mauritanie d'acheter du gaz pour l'électricité, des seringues pour soigner sa population, alors vous serez passible de crime contre un peuple. Réponse de Louis Michel : "Vous faites bien l'ambassadeur de la Mauritanie. Je ne sais pas s'il est là. Mais l'accord commercial n'est pas lié à l'accord politique. Si l'institution légitime, élue contractant de cet accord commercial est balayée, il y a beaucoup à discuter". "Je ne suis pas pour qu'on affame un peuple. Mais ceux qui font les coups d'Etat doivent assumer leurs conséquences et leurs responsabilités devant leur peuple" martèle-t-il. Et en attendant, demande alors le supposé diplomate mauritanien. La balle n'est pas dans mon camp. Elle est plutôt dans le camp des putschistes, dira Louis Michel indiquant au passage qu'au Togo où il y eut une situation similaire, les putschistes ont accepté de remettre le pouvoir en jeu par la tenue d'élections démocratiques.
Après quoi, la chargé de communication de l'UA s'est vu obligé d'appeler l'assistance à recentrer les débats sur l'ordre du jour. C'est ainsi qu'un journaliste togolais interroge les deux conférenciers sur leur position concernant l'incarcération de Moussa Kaka, correspondant de RFI au Niger et la condamnation du directeur de publication de 24heures Chrono au Sénégal. En effet, Moussa Kaka croupit depuis près d'un an en prison au Niger. Son pays l'accuse de complicité avec la rebellion touarègue et d'atteinte à l'autorité de l'Etat, crime passible de la peine capitale. Pour Jean Ping, son institution a adopté une position de principe. Il a expliqué avoir pris attache avec les autorités nigériennes pour demander la libération du prévenu. "Elles nous ont dit la gravité des accusations qui pèseraient sur Moussa Kaka, qui est un citoyen comme les autres. Nous avions dit que quel que soit ce qu'il a fait, nous voulions sa libération. Les autorités ont répondu qu'elles accéderont à cette requête mais ont souhaité que la justice dise d'abord le droit". Voilà où nous sommes, a-t-il dit, ajoutant que l'UA continue d'aller dans ce sens à l'opposé de la presse qui compte les jours: "On travaille discrètement et on verra qui est plus efficace", a-t-il conclu.
S. Nadoun COULIBALY
Séraphine Somé
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