Patricia NGO Ngouem
16 Septembre 2008
guest column
Jeune Afrique dans sa livraison cette semaine, pense que la cherté de la vie serait à l'origine de l'ostracisme envers les expatriés.
L'Afrique serait-elle devenue xénophobe ? Et si oui, quelles en sont les causes ? C'est à ces deux préoccupations que le magazine Jeune Afrique tente de répondre dans son édition de cette semaine.
A travers une enquête étalée sur sept pages et intitulée "Rêves et déboires des immigrés d'intérieur", l'hebdomadaire de Béchir Ben Yahmed avance plusieurs arguments pour décrypter ce phénomène qui semble avoir fait du continent noir, une terre inhospitalière pour les Africains. Du moin, ceux, aguichés par les possibilités de travail ou de conditions de vie meilleure, qui ont choisi d'émigrer dans un pays voisin. Un pays jadis reconnu comme terre d'accueil, transformé aujourd'hui en enfer pour ces expatriés qui constituent cependant une main d'oeuvre importante pour ces pays d'accueil, ayant par ailleurs contribué à la croissance économique de certains de ces pays.
Jeune Afrique ne manque pas d'exemples pour étayer ses propos. Déjà, l'attaque du premier article présente cet immigré zimbabwéen immolé dans un ghetto d'Afrique du Sud lors des violences xénophobes en mai dernier, faisant officiellement soixante morts. Mais, comme le souligne le magazine avec une pointe de regret: "La xénophobie n'est malheureusement pas rare sur le continent". Plusieurs pays sont ainsi pointés du doigt : l'Angola, le Gabon, l'Algérie, la Guinée équatoriale, le Kenya...avec un accent particulier sur la Libye dont le leader Mouammar Kaddafi - "le chantre de l'unité africaine" -, a décidé de lancer "des chasses aux étrangers". "Nous sommes tous des Africains", écrit le magazine qui rapporte que ces mots étaient le slogan retenu par les Zimbabwéens victimes de la flambée de violence sud-africaine. Un slogan qui semble avoir été jeté aux oubliettes ces derniers temps.
Même si le tort de ces expatriés persécutés par leurs frères de peau découle du fait qu'ils sont des "étrangers", sans le dire clairement, le magazine laisse entendre que la cherté de la vie serait à l'origine de cette guerre par les "autochtones ", fragilisés par la faillite du système administratif mis en place par les autorités publiques, accusent ceux-ci d'être "le responsable de leurs maux" parce que leur volant leur travail et leur nourriture, et qui, devant l'échec de leurs revendications (justifiées ou non), n'hésitent pas à s'en prendre à l'expatrié, "cet étranger qui dérange". Quand ce ne sont pas les Etats qui font fi des accords de libre circulation en "expulsant sans ménagement" des ressortissants de la sous-région incapables peut-être de juguler le flux de ressortissants zimbabwéens ou mozambicains (le Botswana et l'Afrique du Sud par exemple).
Pourtant, "avant la colonisation, n'oublions pas qu'il n'y avait pas de frontières. Les frontières sont validées au niveau international, mais souvent elles n'ont aucun sens au niveau local", argumente Ibrahim Awad, directeur du programme des migrations au Bureau international du travail. Les données ont changé avec la mondialisation, mais "la population africaine est la plus mobile au monde". Ce qui fait craindre d'autres tensions de celles observées en Afrique du Sud ou pires. "L'Afrique ne serait donc plus ce grand continent nomade ?", se demande la spécialiste des migrations Nelly Robin. Oui, répond Jeune Afrique, mais elle "doit apprendre à gérer ses propres mouvements de populations. Avec le risque du repli identitaire et de la xénophobie".
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