Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Tchad: Pipeline Tchad-Cameroun - Quatre Ong dénoncent la Banque mondiale

Brice R. Mbodiam

19 Septembre 2008


Elles accusent l'institution d'avoir aidé le président Idriss Déby à mettre en place une "pétro-dictature".

Le 9 septembre dernier, la Banque mondiale a annoncé sa décision de se retirer du projet pétrolier du Tchad, après avoir contribué au financement du projet, qui a abouti à la construction du pipeline Tchad-Cameroun. L'institution financière internationale justifie sa décision par le non respect par le chef de l'Etat tchadien, Idriss déby, des engagements pris vis à vis de la Banque mondiale. En l'occurrence, il est reproché à Idriss Déby de ne pas utiliser une proportion importante des retombées de la manne pétrolière pour la lutte contre la pauvreté dans laquelle ses concitoyens sont englués. Dans un communiqué de presse parvenu à la rédaction de Mutations hier soir, un groupement d'organisations non gouvernementales tchadienne, camerounaise, et américaine dénoncent l'attitude de la Banque mondiale.

Il s'agit de l'Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l'homme, le Centre pour l'environnement et le développement (Cameroun), le Réseau pour la lutte contre la faim (Cameroun) et Environmental Defense Fund (Etats-Unis). En effet, selon ces Ong, la Banque mondiale "se retire de ce projet sans trop de dommages", dans la mesure où "le gouvernement tchadien vient de lui payer de manière anticipée la totalité de sa dette contractée pour le financement de sa participation au projet". Ce qui est loin d'être le cas des populations tchadiennes, dont la situation a été "durablement aggravé sur les plans économique, social et politique", indiquent ces Ong.

Opérations

Aussi, ces organisations de la société civile condamnent-elles cette sorte de poncepilatisme de la Banque mondiale qui, selon elles, n'est pas innocente dans ce que vivent les peuples tchadien et camerounais. "Ce que ne dit pas en effet la Banque mondiale aujourd'hui, c'est que le bilan du projet est désastreux. Au nom de la lutte contre la pauvreté, il a plutôt contribué à appauvrir les populations du Tchad et à doter le club des pétro dictateurs d'un nouveau membre [le président tchadien]", écrivent les Ong. Car, lit-on dans le communiqué sus évoqué, "les mesures mises en place par la Banque mondiale pour réduire les impacts sociaux et environnementaux du projet n'ont eu qu'un impact limité", sinon négatif.

Pour étayer cette thèse, ces organisations tchadienne, américaine et camerounaise indiquent que, contrairement aux prévisions, "les besoins fonciers du projet au sud du Tchad ont finalement été beaucoup plus importants que prévus dans le plan de gestion de l'environnement; la situation des peuples autochtones au Cameroun, déjà fort préoccupante, a empiré dans les régions où ils cohabitent avec l'oléoduc [pipeline], malgré les promesses de la Banque mondiale; les textes réglementaires prévus dans le cadre de ce projet restent attendus; les plans d'urgence en cas de déversement accidentel de pétrole ne sont pas opérationnels [alors que] il y a [déjà] eu au Tchad et au Cameroun un déversement accidentel de pétrole depuis le début de la phase d'opération...".

Face à ce que ces Ong assimilent à "un grave échec" de la Banque mondiale, elles conseillent à cette institution financière internationale, entre autres, de procéder à une réforme en profondeur de son mode opératoire, afin de prévenir de telles erreurs d'appréciation dans la conduite de projets futurs; de s'engager à suivre les recommandations de la Revue des industries extractives qu'elle a commanditée en 2003, et qui a conclu à la nécessité pour elle de cesser de financer les opérations d'exploitation des ressources extractives (pétrole et minerais solides); de conduire une enquête visant à identifier les dommages résiduels causés aux populations et à l'environnement sur le terrain, afin d'envisager une réparation de ce qui peut encore l'être.

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