22 Septembre 2008
éditorial
Kinshasa — Thabo Mbeki s'en va. Figure emblématique de l'Afrique du Sud aux côtés de Nelson Mandela, Oliver Thambo, Thabo Mbeki quitte la présidence de la République sud-africaine plus tôt que prévu.
On aurait souhaité qu'il s'en aille dans les mêmes conditions que Nelson Mandela. Mais à chacun son parcours politique. Thabo Mbeki a été poussé à la démission par son parti politique : l'ANC.
Et pourtant, Thabo Mbeki fait partie de la race de ces « géants » politiques de l'Afrique et du monde. En succédant à Mandela, il s'affirmait déjà sur l'échiquier international, ouvrant plusieurs opportunités de développement à l'Afrique du Sud. Courtisé de toutes parts, il était associé progressivement à toutes les rencontres internationales à telle enseigne que les routes vers l'Afrique passaient par Pretoria. C'est dans ce contexte qu'aux moments forts du Nigérian Olusegun Obasanjo, les portes du monde entier s'ouvraient facilement devant ce duo à telle enseigne que l'Afrique du Sud et le Nigeria devraient servir de rampe de lancement pour le développement du continent noir. On les a vus souvent aux rencontres du G8, parler et défendre le NEPAD, ce Nouveau programme pour le développement de l'Afrique. C'est sur ces entrefaites qu'il a pesé de tout son poids afin d'amener les Congolais à se parler en vue de mettre un terme à leurs rivalités. Sun City est entré dans l'histoire avec la signature des accords qui ont sanctionné le Dialogue inter-congolais.
Malheureusement, le pouvoir use. Thabo Mbeki n'aura peut-être pas échappé à ce phénomène qui l'a poussé vers un certain autoritarisme, selon ses adversaires politiques. Ses premiers déboires remontent au rejet de sa médiation par la Côte d'Ivoire. Ensuite, dans le dossier burundais. Il a bossé dur pour convaincre Mugabe et Tsvangirai à parvenir à un accord politique. Au plan national, ses ambitions affichées d'être le président de l'ANC ont échoué au profit de Jacob Zuma par qui l'estocade est venue. Par deux fois, Jacob Zuma a réussi à le mettre K.O : au congrès de l'ANC et par le non-lieu de la justice.
Quoiqu'il en soit, Thabo Mbeki a toujours manifesté une attitude responsable, persévérant même dans ce que certains ont dit ; l'erreur. C'est peut-être cela la nature des « grands hommes ». Il s'est employé, avec beaucoup de conviction politique à poursuivre l'oeuvre de Nelson Mandela dans le but de réaliser le « grand rêve sud-africain ». Serait-ce le « péché véniel » qui lui vaut ce jugement sévère d'avoir versé dans l'« autoritarisme » ?
Bien plus, il s'est inscrit dans la droite ligne de la discipline du parti. Il vient de s'incliner démocratiquement. Cet autre héros de la lutte contre l'apartheid et pour l'émancipation de la population majoritaire sud-africaine vient d'administrer une belle leçon de maturité politique.
Il revient désormais à Jacob Zuma, le futur président de la République sud-africaine, de prolonger l'oeuvre de Nelson Mandela et de Thabo Mbeki. Certes, les circonstances ont voulu qu'il soit son adversaire politique. Mais Thabo Mbeki n'aura été peut-être animé que par un seul idéal : celui d'une Afrique du Sud prospère, digne et loin de toute velléité qui frise la corruption au risque de jeter l'opprobre sur l'Etat. Il s'agit des valeurs et non des tares, loin de tout discours populiste. C'est ici que réside le mérite de Thabo Mbeki. Un exemple à suivre.
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