Human Rights Watch (Washington, DC)

Congo-Kinshasa: La reprise des combats déplace à nouveau 100 000 civils dans l'est du Congo

24 Septembre 2008


La reprise des combats dans l'est de la République Démocratique du Congo a déclenché une détérioration catastrophique de la situation humanitaire et causé d'énormes souffrances aux civils, a déclaré aujourd'hui la Congo Advocacy Coalition, un groupement de 83 agences humanitaires et associations de défense des droits humains. La coalition a réclamé des mesures urgentes pour améliorer la protection des civils et une augmentation immédiate de l'aide aux populations vulnérables.

Depuis le 28 août 2008, les combats ont repris entre l'armée congolaise et les forces du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) du général rebelle Laurent Nkunda, ainsi que d'autres groupes armés, rompant le fragile cessez-le-feu instauré depuis la signature de l'accord de paix de Goma le 23 janvier. Quelque 100 000 civils, dont un grand nombre avait déjà été déplacé par de précédentes vagues d'affrontements, ont été forcés de fuir pendant les violences les plus récentes. Selon des témoins, des civils bloqués dans les zones de combat ont été tués, blessés, violés ou détenus illégalement par des soldats de l'armée congolaise et des combattants d'autres groupes armés.

« La situation pour les civils est désespérée, et risque de se détériorer davantage si les combats se poursuivent », a déploré Rebecca Feeley du projet ENOUGH. « Toutes les parties qui ont signé l'accord de paix de Goma devraient honorer strictement leurs obligations, y compris la protection des civils et le respect du droit international humanitaire et des principes internationaux régissant les droits humains. »

Les violents combats, les pires depuis la signature du cessez-le-feu, ont commencé dans le territoire de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu, avant de s'étendre au territoire de Masisi et ensuite au territoire de Kalehe dans le Sud-Kivu. Depuis le 23 janvier, l'ONU a enregistré plus de 250 violations du cessez-le-feu dans le Nord et le Sud-Kivu. Chaque cycle de violences a provoqué de nouveaux déplacements de civils. Le nombre exact est difficile à déterminer car les personnes qui rentrent chez elles sont fréquemment obligées de fuir à nouveau, mais l'ONU estime que plus d'1,2 million de personnes sont aujourd'hui déplacées dans le Nord et le Sud-Kivu.

Lors des récents combats, de nombreux civils pris entre deux feux ont été blessés ou tués, tandis que des rapports attestent que d'autres civils, dont des enfants, ont été enlevés et recrutés par la force pour le service militaire. À Kirotshe, une femme travaillant au centre médical local a été abattue d'une balle dans le ventre le 11 septembre, alors que le CNDP et des soldats de l'armée congolaise s'affrontaient pour le contrôle de la localité. Une autre femme qui s'enfuyait du village de Nyamubingwa a confié qu'elle avait laissé derrière elle trois femmes qui avaient été violées par des combattants armés. Une grande partie de son village avait été pillé.

« Sans arrêt, nous sommes attaqués, nous fuyons, nos maisons sont pillées et puis nous sommes déplacés sans rien », a raconté un homme dont la maison avait été pillée par deux milices différentes après qu'il eut fui Nyamubingwa le 10 septembre.

Des barrages routiers érigés par l'armée congolaise et les milices ont empêché beaucoup de civils de rejoindre les zones sûres. Dans certains cas, les civils fuyant les combats n'ont été autorisés à franchir les barrages que s'ils payaient une amende ou remettaient leur carte électorale (laquelle, au Congo, sert de carte d'identité) et d'autres biens qu'ils avaient réussi à emporter de chez eux.

Même en dehors des zones de combat, les soldats de l'armée congolaise, envoyés en nombre croissant dans cette région, ont tué et blessé des civils, souvent en pillant leur propriété. À Minova et dans les villages avoisinants du Sud-Kivu, par exemple, quatre civils ont été tués par les tirs hasardeux des militaires qui pillaient la localité. Dans certaines zones, les soldats de l'armée congolaise, ainsi que les membres des groupes armés, sont par ailleurs impliqués dans les activités minières illicites dans les mines riches en or ou en étain dans les provinces du Kivu et rançonnent systématiquement des civils, en particulier par l'imposition des « taxes » illégales.

« Les officiers de l'armée congolaise et les dirigeants des groupes armés doivent de toute urgence prendre des mesures pour contrôler et discipliner leurs troupes », a déclaré Anneke Van Woudenberg, chercheuse principale sur la République Démocratique du Congo à Human Rights Watch. « Ils portent la responsabilité d'empêcher leurs soldats et combattants de tuer, de harceler et de maltraiter la population. »

Des travailleurs humanitaires ont subi des attaques qui les ont obligés de suspendre leurs activités au Nord-Kivu et dans certaines parties du Sud-Kivu, laissant bon nombre de déplacés sans soutien. Des centres médicaux ont été pillés et des camions acheminant l'aide humanitaire ont été détournés à des fins militaires par les soldats et les combattants des groupes armés. Des travailleurs humanitaires ont également fait l'objet de jets de pierres et ont été arrêtés à des barrages routiers par des foules qui confondaient leur rôle avec celui de la force de maintien de paix de l'ONU, la MONUC. Ces foules ont dit être en colère face à ce qu'ils considéraient être l'incapacité de la MONUC à mettre fin à la guerre et à protéger les populations.

« Les signataires de l'accord de paix de Goma ont accepté de protéger les civils, de démanteler les barrières routières et de permettre aux travailleurs humanitaires d'avoir accès aux populations dans le besoin. Pourtant, des communautés les ont vus faire précisément le contraire », a dénoncé Juliette Prodhan, Directrice de Pays d'Oxfam GB en RDC. « Il faut que toutes les parties respectent leurs engagements et mettent immédiatement fin à ces attaques. »

Il y a dix ans ce mois-ci, les Principes directeurs de l'ONU relatifs au déplacement des personnes à l'intérieur de leur propre pays ont été présentés pour la première fois à la Commission des droits de l'homme, reconnaissant officiellement les droits élémentaires de toutes les personnes déplacées à l'intérieur de leur pays, notamment la protection contre tout déplacement arbitraire, la protection et l'assistance au cours de leur déplacement, ainsi que les garanties de sécurité pendant leur retour.

« Dans l'est du Congo, bon nombre de ces droits élémentaires ont été violés de façon flagrante », a dit Ulrika Blom Mondlane du Norwegian Refugee Council. « Les Principes directeurs de l'ONU devraient être plus que de nobles aspirations. Les habitants de l'est du Congo souhaitent que la protection et les normes élémentaires d'assistance décrites dans ce document révolutionnaire deviennent réalité. »

La Congo Advocacy Coalition appelle les signataires de l'accord de paix de Goma, les bailleurs de fonds internationaux, ainsi que les facilitateurs internationaux des États-Unis, de l'Union européenne, de l'Union Africaine et des Nations unies qui ont contribué à la conclusion de l'accord, à redoubler d'efforts afin de mettre en place l'accord de Goma et d'assurer que les Principes directeurs de l'ONU relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays soient respectés dans l'une des situations d'urgence humanitaire les plus graves du monde.

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