Human Rights Watch (Washington, DC)

Congo-Kinshasa: La reprise des combats déplace à nouveau 100 000 civils dans l'est du Congo

24 Septembre 2008


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La coalition appelle plus précisément ces acteurs à :

- Faire appliquer les engagements relatifs à la protection des civils et au respect des droits humains énoncés dans l'accord de paix de Goma et le communiqué de Nairobi. Nommer un conseiller spécial sur les droits humains pour l'est du Congo afin de contribuer à faire en sorte que les préoccupations en matière de droits humains soient au coeur des discussions de la paix.

- Accroître et améliorer de toute urgence et de manière significative l'assistance destinée aux personnes déplacées ainsi qu'aux familles et communautés qui les accueillent.

- Punir ceux qui incitent à la violence contre les travailleurs humanitaires et le personnel de l'ONU. Informer la population au sujet des rôles et des mandats différents de la MONUC et des agences humanitaires.

- Veiller à ce que le mandat de protection de la MONUC soit considéré comme une priorité pendant l'allocation des ressources et la gestion des opérations.

- Veiller à ce que les sujets de l'exploitation illégale des ressources naturelles et des intérêts économiques des parties au conflit soient abordés explicitement dans les dialogues bilatéraux et internationaux.

Contexte

Le 23 janvier 2008, le gouvernement congolais et 22 groupes armés ont signé l'accord de paix de Goma, s'engageant à un cessez-le-feu immédiat et au respect des principes internationaux régissant les droits humains. L'Accord de Goma faisait suite à l'accord de novembre 2007 entre les gouvernements congolais et rwandais, connu sous le nom de Communiqué de Nairobi, qui cherchait à résoudre le problème de la présence des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé rwandais, dans l'est du Congo. En avril 2008, le gouvernement congolais a mis en place le Programme Amani, visant à coordonner les efforts de paix dans l'est du Congo.

Les Principes directeurs de l'ONU relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays énoncent les droits élémentaires de toutes personnes déplacées, mais la mise en place de ces principes reste faible dans l'est du Congo. Au Nord et au Sud-Kivu, une majorité de personnes déplacées n'a pas accès à des soins de santé, à une alimentation, ou à une éducation suffisants. Dans certaines zones, le taux de malnutrition a atteint des niveaux alarmants et plusieurs maladies sont endémiques. Depuis début septembre, une multiplication inquiétante des cas de choléra, par exemple, a été enregistrée dans six zones de santé du Nord-Kivu.

Le prix des produits alimentaires dans le pays a haussé, exacerbant davantage la pauvreté et la malnutrition. Cependant, le Programme alimentaire mondial a été obligé de réduire les rations alimentaires des déplacés dans l'est du Congo en raison de pénuries alimentaires. Les personnes déplacées et d'autres groupes vulnérables recourent à des stratégies à haut risque pour nourrir leurs familles. Suite aux risques d'abus par des militaires ou des combattants des groupes armés, certains se trouvent obligés de retourner chez eux pour cultiver leurs champs. Les femmes et les filles sont les plus touchées : beaucoup ont été violées alors qu'elles tentaient de retourner chez elles ou d'aller chercher du bois de chauffe ou de l'eau. D'autres personnes ont été arrêtées arbitrairement ou forcées de payer des taxes illégales. Ceux qui parviennent à retourner chez eux trouvent souvent leurs maisons pillées, occupées par des groupes armés ou des bandits.

Les enfants des familles déplacés ont souvent peu d'accès à l'éducation ou en sont totalement privés, soit parce que leurs familles n'ont pas d'argent pour payer les frais scolaires ou à cause du manque d'écoles dans les environs des camps de déplacés. Dans la lutte pour survivre, les enfants sont obligés de travailler. Comme un jeune garçon l'a expliqué à un travailleur humanitaire : « Si tu ne travailles pas, tu ne manges pas ». De même que les femmes, les enfants sont vulnérables, et sont des victimes faciles des attaques des combattants. Dans les zones autour de Masisi centre, par exemple, les enfants sortent pour chercher du bois de chauffe à 3 heures du matin pour éviter de subir les exactions des milices, d'être capturés en vue d'un recrutement ou d'être violés.

La vaste majorité des personnes forcées de fuir leurs maisons vivent dans des familles d'accueil qui, pour beaucoup, sont aussi pauvres que les personnes qu'elles accueillent. A ce jour, ces familles d'accueil, dont beaucoup accueillent des nombres importants de personnes déplacées depuis des mois, voire des années, ont bénéficié de peu d'attention et d'assistance. La population des villages se trouve parfois multipliée par deux, ce qui grève les maigres ressources locales et forcent souvent les personnes déplacées à se remettre en route vers d'autres lieux.

La Congo Advocacy Coalition, composée d'organisations non gouvernementales locales et internationales, a été créée en juillet 2008 pour attirer l'attention sur la protection des civils et le respect des droits humains dans le processus de paix dans l'est du Congo. La coalition appelle les signataires de l'Accord de Goma, du Communiqué de Nairobi et du Programme national du gouvernement congolais Amani à honorer leurs engagements, à savoir respecter les principes internationaux régissant les droits humains et assurer la protection des civils. Les organisations suivantes sont membres du comité de pilotage de la Coalition : ActionAid, ENOUGH, Human Rights Watch, International Rescue Committee (IRC), Mercy Corps, Norwegian Refugee Council (NRC), Oxfam, Conseil Régional des Organisations Non Gouvernementales de Développement (CRONGD) - Nord-Kivu, Promotion et Appui aux Initiatives Féminines (PAIF) - Nord-Kivu, Initiative Congolaise pour la Justice et la Paix (ICJP) - Sud-Kivu, Association des Femmes Juristes du Congo (AFEJUCO) - Sud Kivu.

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