Parfait Tabapsi
3 Octobre 2008
C'est en 1991 aux championnats du monde d'athlétisme de Tokyo que Maria Mutola se révèle au monde. Encore junior en effet, elle terminait alors quatrième du 800 m, à cinq centièmes de la médaille de bronze, battant au passage le record du monde de sa catégorie d'âge.
Après cette performance, la Mozambicaine allait entamer un long bail de victoires inauguré deux ans seulement après à Stuttgart où elle remporte le titre mondial de la discipline avec un chrono d'une min 55,43 s. Après avoir participé à tous les Mondiaux depuis, elle a glané trois titres (1993, 2001, 2003), sept victoires en salle, gagné la première médaille olympique du Mozambique en 1996, puis l'or à Sydney et à Athènes. Devenant sans doute la meilleure coureuse de 800 m de l'histoire.
Au fil des meetings, on a pu découvrir son visage émacié, carré et fermé ; son cou rentré dans des épaules de déménageur adossé sur du muscle. Elle fera donc main basse sur la discipline jusqu'en juillet 2007 où elle chute à Lausanne (Suisse) au lendemain de 36 victoires d'affilée.
De toutes ces années, la Française Patricia Djaté dit que " Maria était la patronne du 800. Sur un meeting, les courses étaient montées pour elles. C'était elle qui imposait le rythme des courses, des rythmes qu'on ne pouvait pas tenir. Pour moi, c'est la plus grande. Son aura faisait qu'elle en imposait, mais elle n'était pas là pour écraser les autres. Hors piste, elle n'essayait pas d'en mettre plein la vue. C'est quelqu'un d'assez timide, très gentille. Humainement très bien, qui mène beaucoup d'actions humanitaires dans son pays."
Et dire que cette terreur des tartans a commencé sa carrière par le football où elle courait vite et marquait des buts. Au point de figurer dans une équipe qui remporta le championnat de sa ville en 1987. Mais après une querelle, l'adolescente de 15 ans comprit qu'on ne la laisserait jamais poursuivre une carrière de footballeuse professionnelle.
C'est dans la foulée de cette déception qu'elle rencontrera le poète José Craveirinha qui lui permettra de faire corps avec l'athlétisme, lui qui allait la confier à son fils Stélio, entraîneur d'athlétisme. A peine quelques mois après son premier entraînement, Maria Mutola décrochait une médaille d'argent du 800m lors des Championnats d'Afrique de 1988.
Après s'être consacrée à l'athlétisme pendant près de 20 ans, Maria estime qu'elle a encore beaucoup à faire pour le sport. C'est pourquoi elle a créé une fondation éponyme qui finance des cours et des entraînements pour les enfants défavorisés. Une Fondation qui a permis depuis 2001 à plus de 30 jeunes athlètes mozambicains de participer à des compétitions internationales.
Elle encourage également l'intégration du sport dans les programmes scolaires, et prévoit la construction d'un centre d'entraînement professionnel à Maputo.
"Tous les enfants du Mozambique devraient avoir un Craveirinha dans leur vie, quelqu'un qui ait foi en leur talent et soit prêt à les aider. C'est la raison d'être de ma fondation. Je veux que les gosses comprennent que la combinaison de l'éducation et du sport peut être la clé du succès", commente laconique celle qui s'est retirée des terrains au lendemain des jeux de Pékin et dont l'une des rues de Maputo porte le nom.
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