Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso: Hommage à ces enseignants "damnés de la brousse"

Par Ibrahiman SAKANDE

6 Octobre 2008


opinion

La majorité des Burkinabè est issue du milieu rural. La plupart de ces ruraux qui vivent en ville ont fréquenté des écoles de villages. Les animateurs de ces "temples du savoir", les enseignants, ont su informer, former et transformer de nombreux enfants qui connaissent une vie meilleure comparativement à celle des autres enfants qui, eux, n'ont pas eu la chance de faire "l'école du Blanc", moyen de promotion sociale.

Ces maîtres (instituteurs), au prix de multiples sacrifices divers, ont accompli leurs missions avec rigueur et passion. Enfants, nous avons tous été marqués par les exigences de nos maîtres. Ils ont donné à leurs élèves l'amour du travail bien fait et de la culture de l'excellence. "Ces damnés de la brousse" ont connu des temps de gloire, mais aussi des périodes de frustrations. Souvent incompris par les populations à la base, ils ont souvent eu du mal à être acceptés dans leur milieu de travail. Malgré tout, la conscience professionnelle a permis à nombre d'enseignants de surmonter les difficultés. Ils ont obtenu des résultats hautement satisfaisants. Certains ont attendu en vain, à l'exemple de Godo de Samuel Becket, la moindre reconnaissance de leurs autorités de tutelle. Ces oubliés de la brousse, qui Å"uvrent sans relâche à la lutte contre l'ignorance, la première cause de la pauvreté, méritent plus d'attention de la part de tous : encadreurs, administrateurs du système éducatif, des parents d'élèves, des autorités politiques, des élèves ...

Il faut saluer ces enseignants qui ont su concilier leur métier avec celui d'agriculteur en devenant des producteurs-modèles dans les villages où ils servent. "Hommes du Blanc", ils ont réussi leur intégration. Venir à Ouagadougou, "la ville natale" des fonctionnaires burkinabè, n'est pas devenu le but suprême pour ces enseignants - agriculteurs. Par leur exemple, ils montrent que l'école n'est pas, contrairement à certaines idées reçues, un cadre qui contribue à la perte des valeurs ... de la jeunesse.

Il est vrai que certains enseignants sont loin de constituer des exemples. Soucieux de poursuivre leurs propres intérêts, ils négligent des générations d'élèves pour se consacrer essentiellement à la préparation de leurs concours et examens professionnels. Leur principal objectif étant d'abandonner la craie. La plupart de ceux qui ont échoué à plusieurs reprises ont simplement choisi les bureaux des inspections et autres administrations du système scolaire. D'autres font l'expérience d'un changement de métiers (...). S'ils réussissent tant bien que mal dans ces fonctions, il faut reconnaître que leurs comportements nuisent à l'image de l'enseignant burkinabè.

Plus grave encore sont ces enseignants qui s'illustrent comme de véritables marginaux, victimes de l'alcool et des dettes. Ces maîtres fragilisent l'image de l'Etat dans les villages reculés où seuls les enseignants incarnent la présence des institutions républicaines, au quotidien... Les autorités de tutelle doivent prendre des mesures idoines pour empêcher des habitus de jeter l'opprobre sur une profession garante de l'avenir de toute société. En effet, le métier d'enseignant est à la fois noble et ingrat, mais ceux qui le choisissent (par vocation) savent qu'ils ont besoin d'une solide motivation relayée par des aptitudes pédagogiques et une belle capacité de don de soi.

Il faut une politique volontariste de prise en charge de "ces damnés de la brousse" afin de leur donner le goût de vivre et de servir. Ces maîtres qui consacrent toutes leur énergie à transmettre le savoir, éclairer nos enfants méritent plus de reconnaissance. Ils constituent un maillon essentiel de la consolidation de notre démocratie et Å"uvrent pour la paix et le développement. Ils sont les premiers acteurs de la lutte contre l'obscurantisme, contre l'ignorance, contre la pauvreté intellectuelle, morale et spirituelle. Ces hommes méritent d'être désignés par les termes "d'éducateurs", de "guides", de "maîtres" au sens noble de ces concepts. Leurs conditions de vie et de travail doivent être améliorées.

Les efforts consentis par leur ministre de tutelle sont réels, mais davantage de sacrifices ou de moyens ne feraient que le bonheur de cette noble profession. C'est une question de gestion des ressources humaines, notamment la réponse à la question des suppléants qui peuplent les écoles publiques des grandes villes. La bonne gouvernance éducative passe aussi par de telles mesures rigoureuses pour que chaque enseignant vive l'expérience de damné de la brousse.

Disons simplement que "quand on choisit son métier, on choisit aussi ses exigences"

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