S. Nadoun COULIBALY, Envoyé spécial à Accra (Ghana)
6 Octobre 2008
Le Premier ministre, Tertius Zongo, a pris part au VIe Sommet du groupe Afrique- Caraïbes-Pacifique, les 2 et 3 octobre 2008 à Accra au Ghana. L'avenir du groupe, les Accords de partenariat économique, la stabilité politique et les crises alimentaire, énergétique ou financière ont alimenté les débats entre les 79 délégations membres du groupe.
Irrémédiablement, la politique semble avoir pris le pas sur les grandes questions de l'heure (flambée des prix des denrées alimentaires et du baril de pétrole, crise financière, APE, Objectifs du millénaire, etc.) inscrites aussi à l'agenda du VIe Sommet du groupe Afrique-Caraïbes-Pacifique, tenu les 2 et 3 octobre 2008 à Accra,
Les 79 délégations ont débattu de l'épineuse question des APE, l'atteinte des OMD, les changements climatiques, la hausse des prix...
capitale du Ghana. Politique, parce que les ACP se trouvent à une période critique de leur histoire. Les 79 délégations de haut niveau des pays membres du groupe ayant participé aux travaux dont trois chefs d'Etat (John Kufuor du Ghana, Yayi Boni du Bénin et Omar El Béchir du Soudan) et le Premier ministre burkinabè, Tertius Zongo, accompagné du ministre des Affaires étrangères, Alain B. Yoda de l'ambassadeur du Burkina à Bruxelles, Kadré Désiré Ouédraogo, ont tenté de tracer une voie pour l'avenir de leur organisation. Après la cérémonie d'ouverture au Centre de conférence international d'Accra suivi d'un huis clos de plus de trois heures dans l'après-midi, les différents groupes régionaux ont exposé sur l'avenir du groupe. Tertius Zongo a ainsi introduit les débats sur l'avenir du groupe au nom du président du Faso, président en exercice de la CEDEAO. Pour lui après 33 ans d'existence, l'on est en droit de se demander si le groupe ACP au regard des mutations survenues dans l'espace européen et africain répond encore au contexte actuel de l'évolution du monde (l'élargissement de l'UE à 27 membres, la transformation de l'OUA en UA, etc.). Car, plus que jamais, les ACP ont besoin de se "relooker" pour avoir une identité politique acceptée par tous. Malmené par la flambée des prix des denrées et du pétrole, endeuillé par les ouragans et autres cyclones, divisé sur les questions politiques (Darfour, Mauritanie, mandat d'arrêt contre El Béchir, etc.), le groupe des ACP est appelé à recadrer ses priorités, à renforcer son unité et sa coopération en vue de disposer d'un pouvoir collectif de négociation. C'est cette vision qui sous-tend l'adoption de la déclaration dite d'Accra, qualifiée par le Premier ministre Tertius Zongo, de déclaration forte qui fait à la fois une rétrospective et trace une ligne pour l'avenir. Elle rappelle d'autant plus la nécessité de tenir les engagements pris au sommet de Libreville en 1997 pour donner aux ACP les moyens de parler d'une seule et unique voie dans les enceintes internationales. Parties prenantes dans les négociations des APE, les ACP ont mis à rude épreuve leur solidarité en raison de divergences d'intérêts. Ce sont des questions que"(...)si on ne les résout pas, on ne voit pas en quoi notre solidarité et notre partenariat ont un contenu". Principal regroupement des pays en développement, le groupe des ACP s'est en effet efforcé depuis sa naissance en 1975 par l'accord de Georgetown, de répondre aux préoccupations des Etats membres en matière de développement. Mais, l'évolution actuelle du monde conjuguée à la conjoncture mondiale (crise financière, flambée des prix et du pétrole, ouragan et cyclones dévastateurs, etc.) imposent au groupe de revoir sa copie pour être désormais à l'image de l'Union africaine une force de négociation. D'autant plus que l'Accord commercial de Cotonou (Bénin) qui le lie à l'UE expire en 2020. "Il faut qu'on commence à réfléchir, qu'on cesse d'être des Africains qui sont toujours surpris par le temps car il nous reste douze ans et douze ans, ce n'est pas grand-chose...", a d'ailleurs indiqué le Premier ministre. Par ces propos, Tertius Zongo justifie la pertinence des débats du sommet d'Accra qui visent à anticiper sur l'avenir du groupe ACP. Il pense que l'avenir du Groupe ACP se pose en termes de défis que "notre Organisation est amenée à relever pour un meilleur positionnement sur la scène internationale". C'est en cela que le conseil des ministres a proposé de redéfinir les missions et la vision du groupe ACP dans la perspective de recentrer les objectifs de l'organisation et de lui donner plus de visibilité sur la scène mondiale. Cela doit s'adosser sur le dialogue politique intra-ACP et avec l'UE, sur la coopération au développement, la coopération commerciale et les APE mais aussi sur la culture, les questions de migration et la protection de l'environnement. Ces défis ne peuvent être relevés que par le biais d'une volonté politique et la restructuration du secrétariat général du groupe des ACP. Selon le secrétaire général sortant, John Kaputin, la réunion d'Accra devrait donner les orientations politiques pour tracer la voie à suivre afin que l'UE demeure un partenaire privilégié des ACP. Et M. Kaputin d'ajouter que les pistes dégagées à Accra sur la vision de l'avenir du groupe permettront de façonner et de réviser l'accord de Cotonou.
Parler désormais le même langage
La présente rencontre, au-delà des questions économiques, a suggéré aux ACP de revisiter leurs relations avec l'Union européenne. Cela va permettre aux ACP de mieux aborder les objectifs sur les questions commerciales et politiques afin d'avoir une position commune lors des instances internationales. En effet, les ACP peinent de la divergence de leurs points de vue, en attestent les négociations sur les APE qui ont fini par fragiliser le groupe du fait que certains Etats ont paraphé des accords intérimaires alors que la majorité tablent sur un accord juste, équitable, conciliant commerce et développement.
Sur l'épineuse question des négociations pour la signature des APE avec l'Union européenne, ce sommet d'Accra sur le thème "Promouvoir la sécurité et le développement humains" a indiqué qu'en dehors des Caraïbes, les autres ACP ne sont pas prêts à signer des accords. Des voix s'élèvent même du côté européen pour demander la prise en compte du volet développement dans le contenu des textes en négociation. La co-présidente de l'assemblée parlementaire ACP-UE, Mme Gleneys Kinnock a dit que l'UE doit faire preuve de flexibilité et ne pas seulement voir en l'APE un accord d'égal à égal tandis que les ACP pensent au développement. Embouchant la même trompette, le président ghanéen dans son discours d'ouverture a affirmé que les ACP sont déterminés à donner à leurs populations les moyens pour tirer profit de la mondialisation. A ce propos, John Kufuor soutient "qu'exiger la réciprocité dans l'APE n'est pas faire preuve de bonne foi". Car dit-il, les APE menacent de léser nos membres qui n'auront pas signé à la date butoir. La réunion a débattu également des questions relatives à l'atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), l'inefficacité de l'aide au développement, la flambée des prix des denrées alimentaires et du pétrole, les changements climatiques et les migrations. Il en est de même de la situation politique au sein du groupe. Les chefs d'Etat et de gouverneemt ont fait les points des missions envoyées par les ACP dans les zones de tension : Tchad, Soudan, Fuji, Djibouti et aussi celle qui va partir en Mauritanie. Condamnant le mandat d'arrêt international contre le président soudanais qualifié "d'être source de grande préoccupation", ils se sont par contre réjouis de la reprise des relations normales entre le Togo et l'UE.
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