L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Burkina Faso: Kadré Désiré Ouédraogo, ambassadeur du Burkina à Bruxelles, président du Comité des ambassadeurs ACP "Les APE doivent être un instrument

O.I

5 Octobre 2008


interview

Excellence, quels sont les grandes conclusions de ce somment auquel vous venez de prendre part ?

Les sommets, qui se tiennent tous les deux ans, sont l'occasion de passer en revue la vie du groupe des pays ACP qui sont en partenariat avec l'Union européenne dans le cadre des Accords de Cotonou. Ils sont aussi l'occasion d'aborder l'actualité internationale. A cet effet, les chefs d'Etat et de gouvernement ont débattu de sujets aussi importants que les négociations sur les Accords de partenariat économique (APE), la hausse des prix des produits alimentaires ainsi que celui du pétrole qui pose problèmes à nos économies.

Ils ont aussi discuté de l'important dossier de l'avenir du groupe ACP et de la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Naturellement, c'est aussi l'occasion de passer en revue certaines situations du dialogue politique entre les Etats ACP et entre ces derniers et l'UE. C'est à ce titre qu'ils ont abordé les missions que les ACP ont envoyées au Tchad, au Soudan, à Djibouti, à Fidji et celle qui s'apprête à aller en Mauritanie sur la base de l'article 96 de l'Accord de Cotonou.

Où en sont aujourd'hui les négociations sur les APE qui étaient bloqués entre-temps ?

En dehors des Caraïbes, aucune autre des six régions ACP n'est prête en ce moment à signer. Les négociations continuent donc parce que nous pensons que certaines composantes essentielles de la dimension développement ne sont pas encore prises en compte dans les textes proposés. Je pense que c'est normal que les régions s'assurent que leurs préoccupations sont prises en compte avant de signer des APE complets. Selon les régions, le calendrier varie, mais je sais que la région Afrique de l'Ouest est activement occupée pour parvenir à négocier avec l'Union européenne quelque chose qui soit mutuellement bénéfique. Car pour les ACP, l'important est que les APE soient un instrument de développement avant tout et je crois que c'est ce qu'ils tentent de faire inscrire dans les Accords et c'est pour cela que les négociations sont toujours en cours ; mais je pense qu'on arrivera à des Accords acceptés par les deux parties.

On sent quand même qu'il y a une ligne de fracture au sein du groupe, certains Etats ayant signé des Accords complets ou intérimaires comme c'est le cas du Ghana et de la Côte d'Ivoire. Y a-t-il encore une possibilité d'aller en rangs serrés pour obtenir quelque chose de substantiel ?

Bien sûr. Les accords intérimaires, qui ont été paraphés par certains pays, l'ont été pour contrer l'urgence qu'il y avait de parvenir avant la fin 2007 à un Accord qui soit compatible avec l'OMC, pour éviter que les pays ACP ne soient attaqués au titre de l'article 24 du GATT. Et permettre au régime préférentiel d'échange de l'UE d'être appliqué à partir du 1er janvier 2008. Il reste entendu que ces Accords intérimaires ne sauraient remplacer les APE et lorsqu'un APE complet sera trouvé, il remplacera ces Accords intérimaires. Tout le monde est unanime là-dessus.

Et qu'en est-il de la hausse généralisée des prix des produits agricoles.

La réunion a passé en revue les mesures prises par les différents Etats pour contrer cette situation, qui est très difficile, et s'est félicité des mesures prises par l'UE qui s'apprête à débloquer 1 milliard d'euros au profit des pays ACP pour lutter contre les effets de la flambée des prix. Mais il y a un débat préalable au Parlement européen qui doit approuver le déblocage de ce milliard d'euros. Nous pensons que cela sera fait et ce sera une assistance conséquente pour permettre aux pays ACP de faire face aux conséquences dès la hausse des produits agricoles.

L'une des préoccupations, c'est l'avenir même du groupe ACP au regard de l'évolution de l'environnement international et de l'expiration, en 2020, de l'Accord de Cotonou. Ce regroupement a-t-il véritablement un avenir au-delà de cette échéance-là ?

Vous avez raison et c'est pour cela que la rencontre s'est penchée sur cet important dossier. Il faut dire que déjà depuis 2006, le Conseil des ministres ACP avait invité le Comité des ambassadeurs à engager une réflexion sur l'avenir du groupe, compte tenu des changements qui interviennent dans l'environnement européen (élargissement de l'UE à 27 membres). L'UE a d'ailleurs élaboré, avec l'ensemble de ces entités régionales, des partenariats stratégiques : Europe-Afrique, Europe-Caraïbes et Europe-Pacifique. Dès lors, on se demande quelle est la perspective d'ensemble du groupe ACP surtout après 2020. C'est vrai que l'Accord de Cotonou peut être renouvelé, mais naturellement on doit réfléchir à l'après-2020 et après le travail préliminaire du Comité des ambassadeurs, le Conseil des ministres vient de rendre compte à la conférence des chefs d'Etat et de gouvernement.

En gros, il s'agit de dire que ce groupe dont le principe est la solidarité entre ses 79 Etats membres a été bénéfique à nos pays surtout dans les enceintes de négociations internationales telle l'OMC où cette solidarité a permis de faire passer notre point de vue. Et nous n'aurions pas pu faire autrement si nous abordions ces négociations en rangs dispersés.

Liens Pertinents

C'est déjà un atout considérable et les chefs d'Etat ont estimé qu'il fallait le conserver. Mais les ACP ne peuvent pas tout faire. D'où l'idée qu'ils se concentrent sur des questions au sujet desquels ils ont un avantage comparatif tel le dialogue politique, la culture, la protection de l'environnement et les changements climatiques, etc. Pour me résumer, il a été convenu que le groupe ACP va être renforcé comme une Organisation internationale qui, tout en privilégiant les relations avec l'UE, va s'ouvrir à tous les autres acteurs, et notamment les puissances émergentes.

Sur le devenir du groupe, le Burkina, par la voix de son premier ministre, a fait quelques propositions. Comment celles-ci ont-elles été accueillies ?

Favorablement, et c'est sur les axes que le Premier ministre a mis sur la table que nous allons travailler dans le futur pour faire en sorte que les pistes dégagées soient consolidées et qu'on puisse rendre compte, à la prochaine rencontre des chefs d'Etat, des solutions qui auront été trouvées.

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