Le Messager (Douala)

Cameroun: Ngoro - L'eau et l'électricité manquent, l'hôpital sans médecin

Edouard Tamba Envoyé Spécial à Ngoro

7 Octobre 2008


Eau, électricité, santé, téléphonie, marché, résultats scolaires etc., l'arrondissement de Ngoro souffre d'un manque criard d'infrastructures et de services de bas.

Route défoncée, boueuse en saison de pluie, cahoteuse en saison sèche Le développement de Ngoro est à l'image de la route qui y mène. Cet arrondissement du Mbam et Kim souffre de l'absence de tous les services de base. Il ne faut surtout pas se fier aux sonorités que crachent les haut-parleurs des bars au centre de la ville (?). Tous tirent leur énergie électrique des groupes électrogènes.

Et pour cause, le réseau de Aes Sonel s'arrête à Bafia. Du coup, les moins nantis se débrouillent à l'aide des bougies et autres lampes à pétrole. C'est quand se pointe la soif qu'apparaît l'autre problème, l'eau potable. La question de l'eau se pose aussi avec acuité à Ngoro. Quelques bornes-fontaines parsèment l'arrondissement. Fruits des accords entre l'ancien exécutif communal et la Cellule d'appui et de formation (Cafor).

Il en sort une eau de couleur blanchâtre. Presque identique au liquide issu des puits creusés dans le sol argileux de la contrée. Les onze mille âmes de Ngoro n'ont pas le choix. Cette eau colorée et odorante leur sert de boisson quotidienne, en plus de servir pour la lessive, la vaisselle et la toilette corporelle. Ce qui les expose à diverses maladies et infections. Mais il se trouve que " le centre de santé de Ngoro n'a pas de médecin depuis sept ans déjà ", observe un natif de la localité. Au-delà des maladies d'origine hydrique, il est difficile de faire face aux autres problèmes de santé.

" Nous avons évacué à nos frais deux femmes qui étaient en situation d'accouchement difficile à Bafia. Parce que nous n'avons pas de médecin ", raconte le magistrat municipal de Ngoro, Kouta Faustin. " Ces évacuations ne sont pas faciles, parce que parfois on arrive au bord du Mbam et le bac est en panne ", renchérit un autre natif de Ngoro.

" Nous sommes à 32 Km de Bafia, mais, les populations de Ngoro meurent tous les jours à cause de ce manque de médecin. Le médecin ne traite pas la mort, mais il peut, tout au moins, assister ses malades sur les plans psychologique et médical ", observe le maire. Il dit avoir engagé des démarches auprès du préfet. "J'ai écrit directement au ministre de la Santé publique Mais nous restons sans réponse.

Pourtant, il y a des structures médicales dans la province du Centre qui comptent plus de six médecins qui ne font rien. Parallèlement à cela, je crois que d'autres élites ont initié des démarches similaires. Le gouverneur nous a fait des promesses dans ce sens. Vous vous imaginez, des malades sont parfois obligés d'aller à Obala pour consulter un médecin qui a travaillé ici à l'époque ", relève-t-ila

Néant s'invite au baccalauréat

Les difficultés s'étendent aussi à d'autres domaines. Un seul opérateur de téléphonie mobile arrose la zone, mais les téléphones doivent en plus être munis d'antennes supplémentaires. A Ngoro, pas l'ombre d'un marché, encore d'une banque ou un quelconque établissement de finance. " On va à Yaoundé toucher nos salaires ", confie un enseignant du lycée. Les performances de la première promotion de candidats au baccalauréat de ce lycée resteront dans les annales. Cinq candidats présentés, zéro pointé en réussite.

" Les résultats ont seulement été mauvais pour le bac, c'était notre première cuvée ", relativise le proviseur, Abena Emmanuel. 41 candidats sur 65 ont été admis au Bepc, contre 13 sur 29 au probatoire. " On a quand même forcé pour avoir un enseignant de philosophie. Il n'y avait pas de professeurs d'allemand et d'espagnol ", relève le proviseur. Et d'ajouter que " ces enfants [élèves de terminales, ndlr], n'avaient pas de salles de classe. J'ai dû les loger dans les bureaux du censeur, puisque nous n'avons pas de censeur ".

Les élèves des autres classes ont aussi souffert de l'absence des professeurs d'anglais, d'espagnol, d'allemand, de sciences de la vie et de la terre etc. Un enseignant de mathématiques et un autre de français ont dû se taper toutes les classes. Alors que le seul professeur de sciences physiques affecté n'a jamais rejoint son poste. " Nous avons fait recours à 8 à 10 vacataires.

Ca coûte extrêmement cher à l'Association des parents d'élèves, environ 10 000 Fcfa par élève. On leur demande désormais 12 500 Fcfa ", révèle Emmanuel Abena. A cela s'ajoute le problème des infrastructures. " Nous sommes parfois obligés d'utiliser le système des classes volantes, c'est vraiment pénible ", se plaint-il. Sans omettre de soulever les difficultés qu'ont les filles à suivre leurs études à cause des mentalités, et de l'appât du gain vers les exploitants forestiers.

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