Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Déchets toxiques - Gossio Marcel et Gnamien Konan rejettent tout en bloc

Marc Yevou

7 Octobre 2008


Abidjan — Le directeur général du Port autonome d'Abidjan, Marcel Gossio, et l'ancien directeur général des Douanes, Gnamien Konan, ont comparu, hier, à témoins devant la Cour d'assises.

Les deux personnalités ont systématiquement rejeté toute implication de leurs différentes administrations dans le déversement des déchets toxiques dans le district d'Abidjan en août 2006.

L'ancien patron des douanes n'y est pas allé avec le dos de la cuillère pour dénoncer l'accusation injuste dont font l'objet ses trois anciens collaborateurs, inculpés pour complicité. A l'en croire, les trois douaniers qui, ce jour- là, «ont travaillé et très bien travaillé» conformément à la réglementation des douanes, ne devaient pas se retrouver dans le box des accusés.

Pour la simple raison que la douane, qui joue un rôle purement fiscal, qui consiste à se prononcer sur les positions tarifaires et les valeurs des produits, n'a aucun moyen de déterminer la toxicité d'un produit. Parce qu'elle n'a ni les moyens, ni les compétences de cette tâche.

Les agents désignés ce jour-là avaient pour mission d'assister à l'enlèvement des slops tel qu'indiqué sur la déclaration. Aussi devaient-ils identifier la quantité et donner la valeur totale des slops enlevés. Les taxes douanières en la matière étant de 1 F le litre et 250F la tonne. L'ancien directeur général des douanes a, cependant, regretté l'absence de Trafigura, le principal importateur des déchets toxiques au procès.

«C'est dommage que l'exportateur qui savait que son produit tuait ne soit pas ici », déplore Gnamien Konan. Qui a demandé à la cour de ne pas faire de confusion entre la note de service du 22 octobre 2004, interdisant aux douaniers d'avoir accès aux navires pour les contrôles, et le scandale des déchets toxiques. Car, selon lui, d'ordinaire la douane ne monte jamais sur les navires pétroliers comme le Probo Koala.

Même son de cloche pour Marcel Gossio, le directeur général du Port autonome d'Abidjan, qui estime que ses services ont fonctionné comme il se devait en la matière. Car, poursuit-il, dans toute la chaîne de déclaration, il n'a été mentionné nulle part que les slops qui étaient annoncés, comportaient des composantes nocives à la vie humaine. C'est alors que le dossier a été traité comme cela se fait d'ordinaire. S'expliquant sur la composition des déchets toxiques, Marcel Gossio indique que c'est le Ciapol qui en a la qualité et non le Port autonome.

A ce titre, poursuit-il, le directeur général du Ciapol, Doh André, qu'il a reçu à son bureau, après la découverte des déchets toxiques, avait émis le voeu de bloquer le navire Probo Koala, pour des prélèvements en vue de faire des analyses. Chose pour laquelle il devait fournir une mise en demeure le même jour pour que la capitainerie du port exécute son souhait. Malheureusement, ce document a été faxé à la direction générale autour de 18h. Alors qu'il devait arriver au bureau du commandant Bombo qui attendait. Finalement, pour des questions sécuritaires, la capitainerie a été dans l'obligation de libérer le navire.

Le directeur général du Ciapol, Doh André, initialement programmé pour être entendu à qualité d'expert, est finalement comparu à témoin devant la cour. Le Dg du Ciapol reconnaît qu'il a eu un entretien avec le commandant du port, au terme duquel il était convenu de bloquer le Probo Koala.

Pour ce faire, le Ciapol devait obtenir une réquisition du procureur ou une mise en demeure pour permettre à la capitainerie de l'exécuter. A la question de savoir pourquoi c'est à la direction générale du Port qu'il a adressé le fax de la mise en demeure au lieu du bureau du commandant du port, Doh André répond : «La direction générale est la porte d'entrée du port. Donc tout document officiel, pour moi, doit passer par là-bas».

Il reconnaît paradoxalement qu'il y avait urgence en la matière. Par ailleurs, pendant que la capitainerie attendait le fameux fax, Doh André dit avoir eu accès au navire accompagné d'un huissier et des gendarmes. Là encore, il dit n'avoir pas soumis la mise en demeure au capitaine du Probo Koala, pour le contraindre à rester sur place.

S'agissant du contrôle des slops, le Dg du Ciapol indique que sa structure joue un rôle de conseil. Elle n'intervient que lorsqu'elle est informée de l'entrée d'un produit. Argument battu en brèche par la défense qui a produit un texte réglementaire qui fait obligation au Ciapol de procéder à des prélèvements systématiques pour analyse.

Abordant les conditions de délivrance de l'agrément de la société Tommy, Kotcha Bénié et Dan Pascal, deux agents de la police maritime, ont confirmé qu'à cette période, la commission d'attribution ne fonctionnait pas. C'est la direction de la police maritime qui s'en occupait.

Le gouverneur du district, Amondji Pierre est attendu ce matin à la barre.

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