Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Autonomisation et participation des femmes à la gouvernance locale -

H. Sagna

7 Octobre 2008


Les femmes membres des conseils ruraux ou municipaux ne courent pas les rues. Une marginalisation qui trouve ses racines dans la pauvreté et nombre de croyances traditionnelles, entre autres.

Pour inverser la tendance, l'Unifem, en partenariat avec l'Ong Fodde, a mis en place un projet d'un an dans quatre collectivités locales de Kolda (Pata, Ndorna, Médina El Hadj et Vélingara). L'objectif est d'atteindre une représentation d'au moins 20 % des femmes dans les instances de décision et de tisser un réseau solidaire pour la défense des intérêts de toutes les femmes de la région de Kolda.

'Pourquoi il n'y a aucune femme conseillère rurale ?' Cette question a, presque, fait bondir d'indignation la centaine de femmes venues, ce jeudi, à Ndorna, arrondissement situé à une trentaine de kilomètres de Kolda.

Elles étaient là pour assister à la séance d'information et de partage destinée à la mise en place d'une plate-forme locale, puis régionale des femmes de Kolda. 'Ce sont les hommes qui ne nous ont pas investies', tranche net Mme Tacko Sané, venue de Kokolé, un village situé à quelques encablures de Ndorna. 'Si tu n'es pas associée à une chose, comment tu peux en être membre ? Ce n'est pas possible !', renchérit Maty Guèye du village de Bourouko, une autre participante à la rencontre.

Réunies à l'ombre du gigantesque fromager du village, dans la cour de l'école, les populations de l'ex-communauté rurale de Ndorna, érigée en arrondissement avec le dernier découpage administratif, discutaient, ainsi, des obstacles à leur participation à la gouvernance locale.

La rencontre marquait les activités de démarrage du projet Gouvernance et Autonomisation de la femme dans la région de Kolda. Un projet né du partenariat entre l'Unifem et le Forum pour le développement endogène durable (Fodde), une Ong basée à Kolda, avec le soutien financier de l'Agence catalane de coopération au développement (Accd).

'Le projet a pour objectif de créer les conditions de l'autonomisation des femmes et de garantir leur participation effective à la gouvernance locale', explique le coordonnateur du projet Amadou Yéro Diallo.

'Dès les prochaines élections locales de 2009, nous voulons voir des femmes élues dans les conseils ruraux et municipaux', lance la responsable du volet Genre et services sociaux de base de Fodde, Mame Yacine Diop. Elle s'exprimait ainsi en marge de la réunion des femmes de la communauté rurale de Médina El Hadj, située à une quinzaine de kilomètres de Kolda.

'Pour y arriver, nous construirons avec les femmes et les hommes les mécanismes qui puissent porter les femmes aux instances de décision'.

Si à Médina El Hadj, il y a deux conseillères rurales, à Ndorna, par contre, c'est le vide. 'Représentant 52 % de la population régionale, les femmes de Kolda sont faiblement présentes dans les instances de décision. Elles sont, en effet, 7,1 % dans les conseils ruraux, 14,89 % aux conseils municipaux et 15,38 % au conseil régional', souligne Amadou Yéro Diallo ajoutant qu'aucune femme originaire de la région n'est député.

Pour s'en expliquer, le coordonnateur régional du projet évoque les difficultés de la femme koldoise, mère en moyenne de sept enfants. Dans cette foulée, il cite pêle-mêle l'analphabétisme (48 % chez les femmes), la pauvreté (20 % seulement des revenus leur sont attribués contre 80 % d'efforts), les accouchements rapprochés, la mortalité maternelle estimée à 1 200 décès pour 100 000 naissances vivantes.

A cela, les femmes de Médina El Hadj et de Ndorna ajoutent la corvée quasi quotidienne des céréales à moudre au coups de pilon et celle de l'eau. 'Nous sommes fatiguées, nous voulons des moulins', ont-elles toutes répété lors de leur intervention.

Pour Mamadou Mballo du village de Saré Koubé, 'ce qui nous fatigue, ce sont les mariages précoces. Les filles vont à l'école, mais à partir de 12 ans on les donne en mariage', dénonce-t-il.

'Cet état de fait accentue les inégalités entre les hommes et les femmes, tenues hors des instances de décision', regrette Amadou Yéro Diallo. 'Mis en place, le programme va renforcer les capacités des femmes à se positionner comme candidates aux élections locales et leur permettre de peser sur les décisions les concernant.

Des actions de plaidoyer et de lobbying ainsi que le contrôle citoyen de l'action publique seront déroulés. Les institutions décentralisées seront sensibilisées et formées sur les budgets sensibles au genre', précisant que les partis politiques seront aussi accompagnés dans cette prise de conscience.

Prévu pour durer un an, le projet ambitionne d'atteindre une représentation d'au 20 % des femmes dans les instances de décision et de former un réseau solidaire pour la défense des intérêts de toutes les femmes de la région de Kolda.

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