Junior Binyam Et Leyla Kaigama
8 Octobre 2008
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Est-ce-à-dire que les banques qui avaient prêté sur le long terme, parce qu'il y a cette croissance au niveau des prêts immobiliers, elles sont donc en train de perdre de l'argent?
Toute période de hausse des taux d'intérêt est difficile pour les banques qui n'ont pas une base de ressource stable et peu coûteuse. Par ailleurs, . Ces banques sont obligées de passer une provision pour dépréciation des titres mais ça ne veut pas dire que les banques ont déjà perdu cette somme ; ce sont des provisions pour dépréciations des titres si les taux d'intérêts devaient rester en l'état. Dans l'exercice de calcul de provision, le risque de marché est aussi évalué et pris en compte.
La solution pour y remédier c'est donc comme dans le cas des Etats-Unis d'avoir un Etat qui vient combler le gap qui s'est créé?
A côté de l'outil d'analyse qui est le taux d'intérêt, il y a les outils d'intervention. Aux Etats-Unis il y a plusieurs intervenants et il y a le concept de prêteur de dernier ressort. La Federal Reserve Bank, le FED, est la banque centrale qui fixe le taux de base et peut irriguer l'économie en jouant le rôle de prêteur de dernier ressort quand l'ensemble du système financier ou monétaire est menacé parce que le marché interbancaire est soit asséché de liquidités, soit sous le coup de la méfiance entre les banques. C'est la situation actuelle car plus d'une banque se méfie de prêter à sa consÅ"ur. Dès lors c'est prévu que le FED est le prêteur en dernier ressort (lender of last resort) qui intervient en créant ex-nihilo de la monnaie pour résoudre les problèmes de liquidités. Pour sa part, le Trésor américain est un gros intervenant parce qu'il émet des bons de Trésors susceptibles d'exercer une pression sur les taux d'intérêts, selon l'ampleur des émissions, d'une part ; le Trésor est un prêteur en dernier ressort parce qu'il peut émettre des bons pour redresser les banques, et de telles émissions sont adossées sur le Budget fédéral des années à venir.
Se retrouve t-on dans une situation où l'Etat est obligé de battre monnaie pour combler le déficit ?
C'est le FED qui bat monnaie. La restriction à une telle création monétaire est la peur de raviver l'inflation, ce qui oblige l'Etat à négocier la création monétaire avec les autorités monétaires du FED, en promettant d'apporter des revenus dans le renflouement, le cas échéant. Mais ça ne veut pas dire que l'Etat va rembourser les prêts à la place des emprunteurs demain. La restructuration bancaire consiste à aider les banques à se recapitaliser, et substituer temporairement les bons du Trésor aux actifs mis en cause. Le Trésor américain va effectuer un portage temporaire des actifs en cause, et ces derniers devraient retourner aux banques une fois la tempête calmée et les comptes assainis.
Ca veut dire que l'Etat met de l'argent pour stabiliser une situation et retire cet argent par la suite...
Les actifs qui sont actuellement en difficulté dans les bilans de ces banques seraient remplacés par des bons du Trésor de moindre rentabilité pour les banques. Mais une banque en détresse peut se satisfaire de cette modalité parce les bons du Trésor peuvent être revendus à tout moment quand elle ressent un besoin de liquidités ; et surtout les bons du Trésor sont revendus sans perte puisqu'il n'y a pas de risque de taux sur les bons à court terme. Dans les mois à venir, les banques en détresse vont faire un portage des bons du trésor pour pouvoir équilibrer leur bilan et chercher une solution pour stabiliser le côté droit du bilan c'est-à-dire pour renforcer les fonds propre et améliorer la base de ressources pendant cette période. Pendant ce temps les banques qui ont déclaré faillite peuvent continuer de fonctionner car elles sont sous la protection du Chapter 11 de la loi américaine sur les faillites. Pendant ce temps on négocie avec un repreneur comme c'est le cas de Merrill Lynch rachetée par Bank of America. Avec le temps et la diminution du risque de marché, quelques banques peuvent se redresser avec succès et recouvrer progressivement leur autonomie ; c'est ce qu'on espère de Fannie Mae et Freddie Mac qui sont de très grosses agences de prêts hypothécaires.
On a l'impression que lorsque le système financier américain éternue, c'est le monde entier qui s'enrhume. Comment donc expliquer ce système de vase communicant qui fait qu'une crise financière qui se déclenche aux Etats-Unis inquiète une bonne partie du monde occidental et même asiatique ?
Les places financières occidentales ont toujours été assez intégrées. Nous avons une situation nouvelle depuis une dizaine d'année. Les pays asiatiques ont accumulé de très larges excédents dans leur commerce avec les Etats-Unis ; or il se trouve qu'ils choisissent de replacer leurs excédents commerciaux aux Etats-Unis. Selon Miller Samuel, une agence immobilière qui publie un indice des prix des maisons de Manhattan à New York, il s'avère qu'en 2007 un acheteur sur trois était un investisseur étranger. La Chine a de gros placements, on avance le chiffre de 455 milliards de dollars ; la Russie, pays exportateur de pétrole et gaz, aurait 155 milliards. La Chine a de gros dépôts à Lehman Brothers, précisément, banque menacée de faillite. Dès lors une menace sur la dépréciation de leurs placements aux Etats-Unis inquiète les investisseurs du monde entier. Mais des banques sont en crise en Europe pour les mêmes causes qu'en Amérique, mais en Europe les solutions impliquent davantage le Trésor et l'apport de l'argent du contribuable, alors que le système américain repose en partie sur les fonds de garantie du FDIC. En Asie, l'ampleur de la crise actuelle est moindre parce que le risque de taux ne s'est pas matérialisé dans deux pays phare. Au Japon, les taux d'intérêt sont proches de zéro car ce pays est englué dans la déflation depuis deux décennies ; donc l'amplitude de variation de taux est affaiblie. En Chine le taux d'intérêt est fixé par l'Administration, tout comme le taux de change.
Comment analysez-vous cette ingérence de l'Etat américain dans une économie libérale ou ultra libérale ?
"Dans le schéma américain, vous avez quatre institutions différentes qui ont le mandat d'intervenir pour apaiser la situation et les quatre ne sont pas toutes issues du Gouvernement". Actuellement on voit surtout les intervenants qui sont en première ligne, à savoir le Trésor et la Federal Reserve Bank ; la raison en est que ces deux institutions se partagent le rôle de prêteur en dernier ressort du système bancaire et financier. Le FED n'est pas aux ordres de l'Administration. En seconde ligne se trouve la Security and Exchange Commission, organisme qui fut créé en 1934 avec pour rôle de gendarme du marché afin d'en corriger les excès. Les membres de cette commission sont des personnalités indépendantes du Gouvernement et des partis politiques ; leur processus de nomination passe par le Sénat. Toujours en 1934 fut créée le Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), dont le rôle est de procurer une assurance des dépôts et indemniser les épargnants en cas de faillite bancaire. Cette assurance est basée sur une prime entièrement versée par les banques. Le FDIC n'est pas un organisme étatique. Signalons que dans tous les cas de faillite bancaire à ce jour, les épargnants ont été indemnisés. Pour faire face à la situation qui prévaut, le plafond d'indemnisation vient d'être relevé de 100.000 dollars à 250.000 dollars.
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