Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Crise financière - Les atouts de la Zone franc

Brice R. Mbodiam

8 Octobre 2008


L'arrimage du Fcfa à l'euro et la surliquidité bancaire présentés comme boucliers pour les pays de cet espace monétaire.

Bien que n'ayant pas expressément été inscrite à l'ordre du jour de la réunion des ministres de l'Economie et des Finances de la zone franc qui s'est achevée hier, 7 octobre 2008 à Yaoundé, la crise financière internationale qui secoue les Etats-Unis et l'Europe a hanté les travaux de la capitale camerounaise. La preuve : nonobstant le rapport final de ces assises, qui a conclu à une bonne tenue globale des économies de la zone franc dans un contexte marqué non seulement par la hausse des prix des denrées alimentaires sur le marché international, mais aussi par l'embellie des prix du pétrole pour les pays producteurs de cette zone monétaire ; la conférence de presse de clôture de cette réunion des ministres de la zone franc n'a tourné qu'autour de la crise financière.

Les journalistes ont, par exemple, voulu savoir si l'arrimage du franc Cfa à l'euro, monnaie utilisée par les pays de l'Union européenne actuellement frappés de plein fouet par la crise financière internationale, ne constitue pas un danger pour les pays ayant en commun l'usage du franc Cfa. "Si l'euro résiste à cette crise, je crois que le franc cfa a un [bon ?] parapluie. Nous avons une monnaie qui est soutenue par une monnaie plus forte", a répondu Essimi Menyé, le ministre des Finances du Cameroun, soutenu dans cette thèse par Philippe-Henry Dacoury Tabley, le gouverneur de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Bceao), pour qui "la santé de la monnaie est le reflet de l'économie. Nous avons une monnaie qui a la confiance du public à l'extérieur".

Conclusion : la dépendance du franc Cfa au franc français puis à l'euro, considérée comme une faiblesse par certains experts africains qui empruntent ainsi aux thèses du panafricanisme, est aujourd'hui salvatrice, dans ce sens qu'elle permet à la zone franc d'être plus ou moins à l'abri de la crise financière internationale qui fait trembler le monde.

Autres faits présentés comme des faiblesses des pays en développement, mais qui s'avèrent aujourd'hui être des forces pour les pays de la zone franc face à la crise financière internationale : le développement insuffisant du secteur bancaire, d'une part, et la surliquidité des banques, d'autre part ; sans cesse dénoncés par les opérateurs économiques pourtant en quête perpétuelle de financements.

En tout cas, c'est ce que laissent entendre ces déclarations du gouverneur de la Bceao. "La crise est planétaire ; mais nous sommes épargnés parce que notre marché financier n'est pas développé comme en Europe et aux Etats-Unis", a affirmé Dacoury Tabley, avant de prononcer comme une sorte de satisfecit sur la surliquidité des banques classiques de la zone franc, et même l'abondance des dépôts des Etats dans les coffres des banques centrales (Beac et Bceao) : "Nous avons des réserves. Si la bourrasque arrive, nous résisterons". L'avenir leur donnera-t-il raison ?

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