Dorine Ekwè
9 Octobre 2008
C'est l'avis de certains proches d'écrivains décédés qui déplorent le manque d'initiatives nationales pour pérenniser les oeuvres.L'incident est resté gravé dans la mémoire de toutes les personnes ayant pris part à l'inhumation de l'écrivain camerounais Alexandre Biyidi Awala, Mongo Beti en littérature, le 12 octobre 2001 dans son village natal à Akometam à une dizaine de kilomètres de Mbalmayo.
La veuve de l'illustre écrivain disparu refusa la décoration à titre posthume de son mari par le gouvernement camerounais. Depuis lors, aucune initiative officielle n'a été mise sur pied. Alors que ce fait est souvent relaté le sourire et/ou plus ou moins d'ironie selon les circonstances, il dénote, selon les proches du disparu le manque de sincérité qui guidait ce geste.
Son épouse, Odile Tobner, que nous avons rencontrée à l'occasion de la célébration du 7ème anniversaire du décès de l'auteur le 07 octobre dernier partage le même avis.
Selon elle, que ce soit pour son défunt époux ou pour ces écrivains ayant marqué l'histoire du Cameroun, le gouvernement n'a pas engagé des actions de pérennisation des oeuvres.
Elle confie, péremptoire : "Il n'y a aucune volonté du gouvernement camerounais de revaloriser l'oeuvre des illustres écrivains camerounais décédés et de Mongo Beti en particulier. Tenez, une délégation de la Sambe [Société des amis de Mongo Beti] s'est rendue au ministère des enseignements de base en vue d'insérer ses oeuvres dans le programme scolaire du pays.
Nous étions partis sur la base de ce que, depuis 1994, il n'y avait plus eu aucun livre de cet écrivain au programme. Malheureusement, nous n'avons rien tiré de cette rencontre car le ministre nous a fait comprendre que ce n'est pas à elle que revenait la charge de prendre ce type de décision."
La preuve donc, pour Odile Tobner que l'oeuvre de son époux reste frappée d'ostracisme au Cameroun alors que dans plusieurs autres pays africains, elle est inscrite aux différents programmes scolaires et vulgarisée.
Une position que tient à nuancer Pabé Mongo, écrivain qui réaffirme sa proximité avec René Philombe. Selon le précurseur de la Nouvelle littérature camerounaise (Nolica), "Il existe trois lieux de conservation, de traitement et de conservation de la mémoire d'un grand homme.
Il faut savoir qu'en plus de l'Etat, les proches du décédé doivent pouvoir s'assurer que son patrimoine littéraire est bien inventorié d'autant que dans la législation, c'est le légataire qui bénéficie du droit d'auteur. Ces trois niveaux de conservation vont des amis littéraires du décédé au cercle familial en passant par les actions nationales".
Familles
De ce fait, pense-t-il, les amis littéraires de l'auteur décédé peuvent, à travers la publication des manuscrits de ce dernier, d'hommages ou de recueils de textes entretenir sa mémoire et aider à la publication à titre posthume des écrits de ce dernier.
Par contre, les initiatives nationales regroupent toutes ces actions mises sur pied par l'Etat pour faire vivre la mémoire d'un écrivain. Malheureusement, elles ne courent pas les rues.
Et Odile Tobner de dénoncer le fait que " pas grand-chose ne soit fait pour conserver la mémoire d'un René Philombe dont l'oeuvre croupit sous un toit qui prend de l'eau. Toute cette bibliothèque qu'il a mis des années à construire s'en va à vau-l'eau et aucune mesure sérieuse n'est prise".
La faute n'est pas qu'à l'Etat. Pabé Mongo regrette que " le cercle familial chez René Philombe ne s'est pas assez intéressé à ses oeuvres et je ne suis pas sûr qu'on puisse en faire le tour malgré le fait que son fils essaie depuis quelques temps de reconstituer le patrimoine littéraire de son père".
Pour d'autres écrivains cependant, en dehors des actions gouvernementales, les cercles des amis et/ou familial s'évertuent à restaurer la mémoire des écrivains.
C'est le cas du revérend père Engelbert Mveng dont les élèves ont annoncé la création d'une fondation en son nom depuis 2007.
La veuve de Sévérin Cécile Abéga décédé au mois de mars dernier, qui s'active à la pérennisation de cette oeuvre comme c'est le cas avec certaines maisons d'édition , Clé notamment, qui préparent la sortie des oeuvres de cet auteur.
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