Inter Press Service (Johannesburg)

Sierra Leone: Les hauts et les bas de Zainab Bangura

Lansana Fofana

9 Octobre 2008


Sa réputation d'oratrice fougueuse est mise en valeur chaque fois qu'elle est sur le podium, son punch adouci par ses larges sourires et ses vêtements somptueux du style ouest-africain.

Zainab Bangura, ministre des Affaires étrangères de la Sierra Leone, est sans doute la femme politicienne et l'activiste de la société civile la plus connue du pays. Elle faisait la une depuis les années 1990, d'abord en dénonçant la corruption et plus tard en étant la première femme qui a osé se présenter au poste le plus élevé du pays -- la présidence -- en 2002.

"C'est un chemin difficile qui présente des défis", a-t-elle déclaré à IPS. "Ce que j'ai fait est simplement d'inspirer d'autres femmes à s'approcher et à occuper d'importants postes dans la gouvernance, et à prendre le contrôle de leur destin".

Zainab Bangura, qui boucle 49 ans en décembre, n'a pas commencé en tant que politicienne.

Après avoir obtenu son diplôme à l'Université de Sierra Leone en 1993 avec une licence en sciences politiques et en histoire, elle a rejoint une compagnie d'assurance locale en tant que superviseur du règlement des plaintes et des disputes, et s'est élevée au rang de directrice des services d'appui technique.

Elle a épousé le politicien vétéran Sheki Bangura et a un fils, actuellement à l'université.

Mais ceci n'était pas suffisant pour une femme dont la vision et l'ambition transcendaient le monde d'entreprise de courtage d'assurance.

En 1996, lorsque le premier gouvernement civil a été élu après des décennies de règne du parti unique et d'interventions militaires, elle a fondé la Campagne pour la bonne gouvernance (CGG), une organisation de la société civile qui préconisait la démocratie, les droits de l'Homme, l'autonomisation des femmes et la bonne gouvernance.

"Il était temps pour la société civile d'agir en tant que la voix du peuple, faisant pression sur les autorités et le gouvernement pour rendre compte devant le public", dit-elle.

En six ans, la CGG est devenue un puissant acteur de la société civile et une source fiable pour les donateurs en vue d'évaluer la bonne gouvernance.

Abdul Tejan Cole, l'actuel président de la commission anti-corruption du pays, avait travaillé comme responsable des droits de l'Homme avec la CGG. "La capacité organisationnelle de Zainab est énorme et sa force en tant que défenseuse des causes démocratiques est remarquable", a-t-il déclaré à IPS.

En 2002, Bangura a formé son propre parti politique, le Mouvement pour le changement (MOP) et était candidate à la présidence. Les principaux thèmes de sa campagne étaient la lutte contre la corruption, la garantie des droits égaux aux femmes et l'éradication de la pauvreté.

"Je savais ce qui m'attendait dans cette société à dominance masculine", indique-t-elle. "Mais le fait est que les femmes doivent commencer quelque part et progressivement, nous changerons beaucoup de choses. "Voilà pourquoi j'ai donné le top".

Malgré le bourdonnement engendré par sa candidature, Bangura a perdu les élections et son parti n'a pas pu gagner un seul siège au parlement.

Son talon d'Achille était sa manière de gérer la pratique répandue de la mutilation génitale féminine (MGF), consistant à couper le clitoris des adolescentes dans le cadre d'un rite d'initiation dans les puissantes sociétés secrètes composées uniquement de femmes connues sous le nom de Bondo.

Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) estime que 90 pour cent des femmes de la Sierra Leone ont subi cette pratique -- dont Bangura elle-même.

Ses opposants ont allégué qu'elle voulait abolir cette pratique, qui est un précieux élément de l'héritage culturel. Du jour au lendemain, la championne anti-corruption est devenue une traîtresse de la tradition. Les sociétés Bondo se sont retournées contre elle; sa campagne s'est effondrée.

Bangura, qui nie avoir jamais voulu abolir la MGF, a déclaré à IPS que "Certains de ses aspects doivent être modifiés ou abolis. Il doit y avoir un âge de consentement. Par exemple, une fille âgée de dix ans ne doit pas être initiée de force".

Toutefois, elle ne discutait pas de l'ablation même, ni ne la critiquait. "Ce sont tous des mensonges propagés par des opposants hommes. Ils savaient que c'était un moyen par lequel ils pourraient gagner les suffrages des femmes", affirme-t-elle.

Battue mais non vaincue, Bangura a créé le 'National Accountability Group', une organisation non gouvernementale qui milite pour la transparence dans la gouvernance.

En 2005, elle a rejoint la Mission des Nations Unies au Liberia en tant que responsable des affaires civiles. Là, elle était encore en contact avec la personne qu'elle admire le plus au monde, Ellen Sirleaf-Johnson, la présidente du Liberia et la première femme chef de l'Etat en Afrique, qu'elle connaissait depuis qu'elle était activiste.

Mais elle ne resterait pas loin de la politique nationale pendant longtemps. En 2007, le gouvernement nouvellement élu du président Ernest Bai Koroma l'a ramenée au pays en tant que ministre des Affaires étrangères.

En tant que femme au poste le plus élevé dans l'administration, elle ne cache pas son sentiment d'accomplissement.

"Je suis l'architecte des relations multilatérales et bilatérales de la Sierra Leone avec la communauté internationale et ceci est un défi que je me suis préparée à relever, déclare Bangura.

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Malgré tout, la controverse la poursuit toujours. Avant les Jeux olympiques de Beijing, elle a encore fait la une lorsque les médias ont rapporté qu'elle supportait la répression du peuple du Tibet par la Chine. La Chine est un principal donateur de la Sierra Leone.

L'observateur politique Isha Kamara, qui a suivi Bangura tout au long de sa carrière affirme : "Le succès politique de Zainab réside dans ses positions et sa franchise controversées. Elle peut discuter de tout sujet sous le soleil, sans se soucier du peu qu'elle en sait. Néanmoins, elle aime apprendre".

Avec quatre ans à passer avant les prochaines élections, Zainab Bangura garde ses cartes politiques près de sa poitrine. Mais elle n'écarte pas son ambition présidentielle.

"J'ai encore un long chemin à faire dans la politique. L'idée qu'une femme dirige ce pays? Oui, j'y crois toujours. Seul le temps le dira".

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