L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Burkina Faso: Système électoral américain - Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

12 Octobre 2008


A jour J-22 de la présidentielle américaine, l'Observateur paalga, à travers cette nouvelle rubrique intitulée Sur la route de la Maison Blanche, se propose, et chaque fois que l'actualité y relative le commande, de vous faire une relation, une analyse ou un commentaire de cet événement planétaire. Nous la débutons par un décryptage du processus qui déterminera l'issue du duel du 4 novembre.

Le combat cathodique du 7 octobre dernier à Nashville entre les deux candidats aura permis encore aux sondeurs de donner les statistiques, à savoir les chances chiffrées de Barack Obama et de John McCain de remporter cette course à la magistrature suprême. A la date d'aujourd'hui, c'est le sénateur de l'Illinois qui arrive en tête avec pour la première fois, selon Gallup, 11 points de différence avec son rival. Mais encore une fois, à trois semaines du jour J, rien n'est donné de façon tranchée. Au regard des dédales du système. Tentative de décryptage :

Selon la loi de 1843, les Américains de 18 ans et plus se rendent tous les premiers mardis de novembre des années bissextiles pour choisir leur président. Après le vote populaire, c'est le Collège des grands électeurs qui décident du résultat définitif. Qui sont ces grands électeurs au fait ?

Chacun des 50 Etats des USA vaut un certain nombre de points qui est fonction de ses habitants qu'on identifie à ces grands électeurs. A chacun de ces points, on ajoute deux points de plus pour suppléer la faiblesse des Etats peu peuplés et donner l'illusion à chaque Etat qu'il est aussi important que les autres. En fait, les grands électeurs sont aussi nombreux que l'Etat compte de sénateurs et de représentants à la chambre fédérale.

Le candidat vainqueur dans un Etat gagne donc tous les points de cet Etat .Donc tous les grands électeurs. En faisant la sommation au niveau national, est élu celui qui obtient la majorité des points. Le vainqueur est celui qui remporte la majorité des suffrages des citoyens au niveau national. Même si, cas rare, il peut arriver qu'un président minoritaire entre à la maison ovale comme en 2000 au premier mandat de Georges W. Bush qui avait obtenu 47,8% des suffrages contre 48,3 pour Al Gore.

Un aspect institutionnel insolite du système qui incite à la réserve sur les pronostics car si les Pères fondateurs ont voulu par là que le président soit élu en toute indépendance par des hommes de confiance, il est à signaler que les Américains ignorent royalement les noms de ces grands électeurs, tout juste savent-ils ceux des candidats à la présidence.

Ainsi, un candidat doit batailler dur pour se tailler la part du lion dans les Etats à grands électeurs tels la Californie, le New York, le Texas, la Floride, la Pennsylvanie, l'Illinois, l'Ohio, le Michigan, le Massachusetts, le Washington et le Tennessee.

Sans pour autant négliger les Swings States, ces Etats traditionnellement hésitants qui font mentir les sondages, car souvent négligés alors que l'addition de leurs grands électeurs pèsent lourd dans la balance des 270 mandats requis.

Le présidentiable, pour gagner, doit ressembler à monsieur-tout-le -monde, tout en affichant son originalité. Il doit avoir été, dans sa vie politique, vice-président, sénateur ou gouverneur d'un Etat, ou encore héros de guerre, appartenir jusqu'à une date récente au sexe masculin (l'odyssée Hillary contre Obama ou Sarah Palin ayant fait remonter McCain dans les sondages ont remis ce critère en cause), être protestant ou à la limite catholique, s'entourer d'une équipe d'amis et de copains compétents, être de préférence un Blanc (jusqu'à l'irruption de l'OVNI Obama) et pouvoir lever beaucoup de fonds.

Faire la cour aux groupes de pression ou d'intérêt public ou si vous préférez aux lobbies : écologistes, défenseurs des femmes, juifs Arméniens Noirs...

Souhaiter que les « ordinateurs à voter » pourvus d'écran tactile ne se plantent pas, ce qui ferait retourner au décompte manuel, porte ouverte à toutes les triches même s'il est vrai que la Federal Election Commission (FEC), l'équivalent de notre CENI, veille au grain.

Enfin, il y a l'ultime décision de tout électeur, seul devant l'urne, qui produit des surprises, à l'image des « obamacons », ces Noirs républicains conservateurs dont le coeur est avec Obama mais la raison... avec McCain. Avec ça, qui peut donc donner à présent, même avec cette nette avance du candidat afro-américain, le nom du vainqueur le 4 novembre ? Toutes choses qui ajoutent davantage de l'inédit à ce scrutin malgré certains confettis, car ailleurs, le nom du gagnant est connu d'avance, de nombreux candidats faisant figure d'accompagnateurs.

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