Aps (Dakar)

Sénégal/Gambie: Le film du 'deuxième match' entre forces de l'ordre et casseurs

13 Octobre 2008


Le dernier coup de sifflet de l'arbitre tunisien, Benaceur Kacem sanctionnant la fin de la rencontre Sénégal - Gambie a déclenché samedi le début d'un autre match. Celui qui opposa durant trois heures d'horloge les forces de l'ordre aux supporters mécontents du match nul (1-1) des 'Lions', synonyme d'élimination en Can et Mondial 2010.

Venus en masse dès les premières heures de la matinée, les inconditionnels de l'équipe avaient occupé les gradins du Léopold Sédar Senghor et s'étaient mis en dépit de la forte canicule qui régnait de chauffer le stade avant l'arrivée les 'Lions'. L'apparition des deux équipes sur la pelouse pour la traditionnelle séance d'échauffement crée une situation indescriptible : banderoles, drapeaux et tee-shirts sont exhibés accompagnés de cris et de sifflets pour encourager les 'Lions'. Ainsi, la bataille de la mobilisation est d'office remportée par le 12e Gaïndé.

Il en sera ainsi au début du match, mais au fil de la première mi-temps, la ferveur baisse d'un cran devant la maîtrise technique des Gambiens, apparemment plus forts. Quand elle se termine par un score vierge (0-0), le public garde son calme. Il se réveillera bruyamment lorsque Kader Mangane, à la réception d'un centre d'Issiar Dia, ouvre le score à la 65e mn.

Hélas, les manifestations de joie furent de courte durée. Pour faire la place à la fin du rêve des supporters de voir El Hadj Diouf, Khalilou Fadiga et compagnie se qualifier pour la douzième fois en Coupe d'Afrique des nations, quand Aziz Kor Niang fusille de près Tony Sylva à la 85e mn, suite à un corner cafouillé dans la surface de réparation sénégalaise.

Comme un coup de massue, le silence s'abat tout d'abord sur le stade, puis retrouvant la voix, des spectateurs commencent à rouspéter, là où d'autres laissent échapper des insultes. Les occupants de la tribune découverte envoient les premiers projectiles, obligeant les forces de sécurité à prendre position autour de la pelouse. En avant pour l'intifada !

Les escaliers sont arrachés et les pierres jetés sur les éléments du Groupe mobile d'intervention (Gmi) qui réagissent en larguant des grenades lacrymogènes. Eparpillés aux quatre coins du stade, les supporters, surtout des jeunes, poursuivent leur saccage des infrastructures. Le tunnel de passage est mis à sac. Regroupés au milieu de la pelouse, les joueurs gambiens regardent avec surprises les scènes de vandalisme.

La Brigade d'intervention polyvalente (Bip) parvient à évacuer les deux équipes du terrain vers les vestiaires. A la grande colère des vandales qui veulent lyncher les 'Lions'. Sur ce, de grosses pierres sont jetées sur les vitres des vestiaires. Au four et moulin, les éléments des Gmi repoussent l'assaut des supporters. Le commissaire Ndiaye, responsable de la sécurité au sein du Comité de normalisation du football (Cnf), demande aux forces de l'ordre de sortir les casseurs de Léopold Sédar Senghor.

Debout à la loge officielle, le ministre de l'Intérieur Cheikh Tidiane Sy et ses collaborateurs installent un poste de commandement. Pendant ce temps, un autre front est ouvert dans le parking des cars des deux équipes. Les vitres du véhicule de la société Sénécartours affrété pour la délégation gambienne sont cassées en moins de deux minutes.

Dehors, l'unité 26 des Parcelles assainies, Grand-Médine et Grand-Yoff prennent la relève. Un nuage de fumée noire se dégage des pneus brûlés un peu partout. Les deux équipes, leur staff et les officiels sont toujours dans les vestiaires, de même que quelques spectateurs squattent encore les tribunes, le temps que les forces de l'ordre déployées à la sortie du stade ramènent le calme et portent secours à des spectateurs évanouis ou blessés par les projectiles.

Les supporters gambiens sont isolés dans un coin de la tribune annexe loge par les éléments du Légion d'intervention de la gendarmerie (Lgi). Les renforts des Lgi venus de Mbao et de Thiès remplacent les Gmi. Ils font des patrouilles à travers les quartiers aux alentours du stade pour décider les derniers manifestants à rentrer à la maison. Il faut savoir finir un match, aussi grande que soit la déception

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