Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Wasis Diop envoûte le public dakarois

Avec trois guitares, un accordéon, une batterie et un clavier, Wasis Diop et ses musiciens distillent une musique inclassable. Vendredi dernier, sur la scène de l'Institut français Léopold Sédar Senghor, ils ont fait voyager le public à travers un univers musical où se côtoient rythmes africains, mélodies occidentales et « groove » latino.

De sa voix grave et inimitable, Wasis Diop ne chante pas. Il psalmodie des mots, débite des vérités si ordinaires mais bourrées de philosophie. Il raconte la vie de tous les jours : le voyageur en quête de gîte, la femme obligée de vendre son corps pour aider ses proches, l'amour innocent des enfants, l'espoir d'une existence meilleure, les désillusions d'une vie qui s'écoule comme un fleuve tranquille...

Sur scène, le jeune frère du cinéaste Djibril Diop Mambety ne joue pas à la star. On se demande même si cet homme à la taille imposante et aux lunettes qui lui donnent un air d'intello, est réellement un artiste tant son look est si ordinaire.

Chemise bleue, pantalon orange, écharpe jaune nouée autour du cou et guitare en bandoulière, il souffle sur le micro, le sourire au coin des lèvres, sans l'air d'y toucher. Parfois, il arrête de chanter et se lance dans un long discours digne d'un sage africain.

Vendredi dernier, sur la scène de l'Institut français Léopold Sédar Senghor, Wasis Diop et ses cinq musiciens ont joué des titres qui ont fait le succès de cet artiste qui, depuis les années 1970 et ses débuts dans le West African Cosmos aux côtés de Umban Ukset, poursuit une expérience musicale qui séduit un public de plus en plus nombreux.

Le cercle des initiés s'agrandit et depuis son premier album « Hyènes », bande originale du film du même nom réalisé par Mambéty, il enchaîne les chansons à succès : Toxu, Digge, (un hommage à l'ancien champion de lutte sénégalaise Issa Thiaw), NOP (Ngor Ouakam Pikine), No sant... Lors de son concert de vendredi soir, il a surtout joué des chansons tirées de Judu Bek (la joie de vivre), son nouvel album sorti récemment.

Le public a ainsi eu droit à Gudi Diop, Tuti Sop, Jiné Ji (reprise d'une chanson de El Hadj Ndiaye), Kula Soxla, Anna Mou... L'accordéon tient une grande place dans la musique de Wasis Diop et imprime à ses compositions une certaine originalité, une fraîcheur. Les sonorités qu'émet cet instrument se mélangent agréablement à la voix suave du musicien sénégalais installé à Paris depuis des décennies. Une voix qui accroche de par son timbre si particulier.

En écoutant chanter Wasis Diop, on a parfois l'impression d'entendre des moines bouddhistes réciter des prières dans un monastère perché au sommet des montagnes asiatiques. Un certain mysticisme se dégage de cet homme et de sa musique, une atmosphère envoûtante qui s'est emparée du nombreux public venu le voir jouer et s'amuser sur la scène de l'Institut français Lépold S. Senghor.

Même si son répertoire n'incite pas à la danse, le spectateur se surprend parfois à taper des mains ou à bouger du pied pour accompagner le tempo qui swingue bien en certains moments. Ses compositions sont plus cérébrales que physiques. Elles donnent naissance à une musique que l'on peut écouter les yeux fermés, l'esprit rempli d'une sorte de spleen euphorisant, sauf si l'on a envie de voir les facéties de l'accordéoniste assis sur sa chaise mais qui n'hésite pas à se lever pour esquisser des pas de danse.

Pendant plus d'une heure trente minutes, Wasis Diop a tenu en haleine les centaines de personnes qui avaient pris d'assaut les gradins et les chaises de l'Institut français devenu du coup trop étroit. Le temps est passé trop vite. Et lorsque les six musiciens du groupe décident de mettre fin à la fête, le public a applaudi à tout rompre pour battre le rappel et les faire revenir. Et c'est reparti pour trois autres titres en guise de bonus. Ce fut assurément une belle soirée d'octobre...


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