Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Henri Djombo : «La forêt participe activement, plus que tout autre secteur, à la lutte contre la pauvreté»

13 Octobre 2008


interview

Kinshasa — A la tête du ministère de l'Économie forestière depuis le début du septennat qui s'achève, le ministre Henri Djombo estime que la filière forêt-bois connaît un essor sans précédent qui a permis à la République du Congo de se hisser parmi les grands producteurs de bois africains et d'être leader dans la promotion de bonnes pratiques forestières en zone tropicale.

Henri Djombo a dressé pour Les Dépêches de Brazzaville, le bilan de ce programme du président de la République dans ce secteur.

A quelques mois de l'élection présidentielle, quel bilan faites-vous du secteur forestier au moment où s'achève la Nouvelle Espérance?

Ce bilan a été présenté par le président de la République dans son discours sur l'état de la nation fait il y a quelques semaines devant le Parlement. En considérant les choses dans le temps, il faut savoir que la vision du chef de l'État sur le développement du secteur forestier date des années 1980.

Tout ce qu'il a conçu en 2002 n'en est donc qu'une nouvelle étape. Revenu aux affaires, il a relancé sa politique forestière en 1998, et encouragé un investissement important dans la filière forêt-bois et une gestion durable de la ressource : l'attribution de grandes concessions forestières, la généralisation des plans d'aménagement, l'industrialisation de la filière bois et l'implication des opérateurs économiques disposant de capitaux, de savoir-faire et de marchés ont permis au Congo de se hisser parmi les grands producteurs de bois africains et d'être leader dans la promotion des bonnes pratiques forestières en zone tropicale.

L'afflux des capitaux nouveaux et diversifiés a permis de mettre en valeur plusieurs concessions dans les secteurs nord, centre et sud du pays. De grands pôles de développement économique et démographique dans les zones forestières ont été ainsi créés et l'industrie du bois de notre pays s'est beaucoup densifiée.

Sous le président Denis Sassou N'Guesso, nous avons multiplié par trois la production des bois bruts par rapport à son niveau de 1997, et par quatre la production des débités. L'industrie du déroulage et du contreplaqué détruite par la guerre, a été réhabilitée et vient de s'étendre à Pointe-Noire, Hinda, Makabana et Dolisie.

La filière eucalyptus, alors en difficulté, a repris ses activités et vient de se doter d'une usine de copeaux, avant de réunir à moyen terme les conditions de production de la pâte à papier à Pointe-Noire. Des zones autrefois enclavées sont reliées par route, parfois par avion, et se sont ouvertes au commerce, à l'éducation et aux services de santé.

La forêt est devenue un secteur structurant par ses effets induits et joue un rôle d'entraînement économique en milieu rural. En couvrant les 2/3 du territoire congolais, la forêt participe activement, plus que tout autre secteur, à la lutte contre la pauvreté. Elle est devenue la première branche économique pourvoyeuse d'emplois, après la fonction publique.

Ce développement impétueux est irréversible et se poursuivra qualitativement par itérations successives, quand le problème des transports intérieurs sera résolu. Pour le moment, nos bois empruntent des voies de substitution pour être exportés sur le marché international, dont celles du Cameroun et de la République démocratique du Congo.

Pourquoi les bois congolais passent-ils par ces voies de substitution, notamment par le Cameroun ?

Comme vous le savez, le Chemin de fer Congo-océan (Cfco) est en panne depuis deux décennies et ses difficultés pénalisent énormément la compétitivité de nos bois à l'extérieur.

Nos concurrents dans la sous-région, notamment le Gabon et le Cameroun, sont avantagés avec des distances réduites (autour de 400 km en moyenne), tandis que, obligés de passer par le Cameroun, les bois de Pokola sont transportés sur 1400 km et ceux de Bétou sur 1700 km.

Auparavant, les bois de l'est camerounais, du sud-ouest centrafricain et de l'ouest gabonais transitaient par Pointe-Noire. Actuellement, le Cfco n'arrive pas à assurer le transport des bois nationaux, même pas ceux du sud du pays, alors qu'ils ont toujours été le principal produit de son trafic.

Depuis cinq ans, nous avons pris toutes les dispositions pour contrôler les exportations de nos bois : la Société générale de surveillance suisse (Sgs) a été mandatée pour cela et exerce rigoureusement ce contrôle à tous les points de sortie du pays et au port de Douala, au Cameroun, pour les bois provenant de la Likouala et de la Sangha, principales zones productrices du pays. Aucun bois n'y échappe. En outre, à cause de l'enclavement de la Cuvette-Ouest, les bois de la concession Kellé-Mbomo sortiront par le Gabon, à partir de l'année prochaine.

Les recettes forestières sont-elles bien reversées au Trésor ?

Oui, les recettes que mes services recouvrent, qui ne proviennent que des taxes forestières, sont intégralement reversées au Trésor public.

Elles sont bien suivies et sont exclusivement liquidées par chèque au nom du directeur général du Trésor. Il vous suffit de vous informer auprès du Trésor public et des douanes avec lesquels mes services travaillent quotidiennement, de se référer aux audits réalisés par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international qui confirment la transparence dans la collecte de ces recettes et leur centralisation au Trésor public.

Malgré de gros investissements dans la forêt, les forêts du sud du pays occupées par des opérateurs nationaux ne sont pas mises en valeur par manque de moyens. Que fait le gouvernement ?

Cette situation nous interpelle, car elle tend à perpétuer des modes anciens de prélèvement minier, qui ne favorisent pas la création d'une valeur ajoutée importante et ne permettent pas de sécuriser les emplois ni de respecter les règles exigées par une gestion durable de la forêt.

Depuis longtemps, l'État s'est désengagé des activités productives et marchandes et ne s'occupe que de réguler l'économie. Les entreprises qui opèrent sont donc privées et soumises à la loi de la concurrence, et les plus faibles finissent par disparaître.

Dans les années 1980, l'État avait octroyé des crédits et une assistance en gestion aux entreprises privées congolaises. L'expérience n'a pas été encourageante, nous ne saurions la reproduire. Cependant, nous conseillons aux nationaux de s'associer à des personnes physiques ou morales possédant des capitaux suffisants et une bonne expérience technique, encourageons ainsi ceux qui sortent de l'ornière à se développer.

Des retours au domaine des concessions forestières ne respectant pas les dispositions de la loi forestière et les clauses contractuelles, ont eu lieu et se poursuivront. Seules comptent pour l'économie forestière, la contribution de celle-ci à l'économie nationale et les garanties d'une gestion durable de la forêt. Telle est notre mission.

A côté de cette expansion de la filière forêt-bois, le secteur de la faune fait office de parent pauvre. Comment entendez-vous l'élever au même niveau?

Selon la Nouvelle Espérance, nos réserves naturelles et nos parcs nationaux qui regorgent d'une diversité biologique abondante, riche et variée, doivent servir de ressort pour le développement de l'écotourisme.

Nos aires protégées n'ont pas encore bénéficié d'investissements appropriés à cet effet et nos parcs nationaux continuent d'être gérés par des programmes de recherche sous le contrôle des Ong qui reçoivent directement les moyens financiers et techniques de la communauté internationale, moyens qui figurent sur la liste des aides à nos pays.

Partout en Afrique, ces Ong ont tendance à imposer la protection intégrale de la nature et à s'éloigner de l'utilisation durable de la biodiversité, donc des préoccupations du développement durable des pays détenteurs de biodiversité. C'est pourquoi l'écotourisme se développe très timidement dans la sous-région d'Afrique centrale.

Au Congo, nous avons décidé de promouvoir cette activité dans les parcs nationaux, en mettant en concession des parties de ces aires protégées. C'est un secteur à promouvoir où il faut intéresser des investisseurs, de bons professionnels, afin qu'ils construisent et exploitent les infrastructures touristiques, ce que nous avons commencé à faire pour Conkouati-Douli et Odzala-Kokoua.

Il va falloir relancer les activités cynégétiques dans les réserves de chasse et les concessions forestières qui regorgent d'espèces attrayantes, et développer le tourisme de vision ainsi que le tourisme scientifique dans les parcs nationaux. Les promoteurs ne se bousculent pas au portillon.

Pour les stimuler et favoriser ce développement, le gouvernement aménagera les voies d'accès, notamment les routes et les pistes d'atterrissage. Les activités dans ce domaine reposeront sur la loi en cours de promulgation, portant gestion de la faune et des aires protégées.

Biodiversité et tourisme ne sont-ils pas les domaines d'intervention du ministère de l'Environnement et du Tourisme ?

Il s'agit ici de la mise en valeur d'un domaine dont nous avons la gestion, comme la forêt, où nous nous sommes engagés dans un long processus de promotion avant d'aboutir aux résultats actuels.

L'industrie du bois intégrée à l'exploitation forestière n'est pas sous la tutelle du ministère de l'Industrie qui y opère sur le plan normatif. Celui de l'environnement et du tourisme interviendra pour émettre ses avis sur la nature des infrastructures touristiques, percevoir les taxes y relatives et veiller au respect des normes environnementales et touristiques dans les parcs nationaux concernés.

C'est le même rapport à d'autres secteurs comme les travaux publics, l'industrie, les transports, les hydrocarbures, l'hydraulique, la santé, l'éducation, les collectivités locales, etc. Nous sommes dans une phase délicate où la polémique sur les questions de simple tutelle risquerait de compromettre la confiance dont notre pays a commencé à jouir auprès de certains promoteurs.

La présence de partenaires étrangers dans les parcs nationaux ne constitue-t-elle pas un réel obstacle à la promotion de l'écotourisme, par crainte d'une certaine concurrence sur le terrain ?

Les partenaires tels que Wcs et Écofac qui nous assistent dans la gestion de Conkouati-Douli, Nouabalé-Ndoki, Lac Télé et Odzala-Kokoua, mènent un travail de recherche, de maîtrise technique et d'aménagement de ces aires protégées.

Ce travail préalable nous sert à intéresser les opérateurs économiques qui, sur la base des informations disponibles, élaborent les propositions de mise en valeur des parties du parc concédées ou à concéder.

Il ne devrait pas y avoir de concurrence entre les acteurs, car nos partenaires actuels ont une mission claire, ils ne sont et ne seront pas des promoteurs touristiques chez nous. Ils concourent à la réalisation de la politique du gouvernement en matière de conservation et ne nous imposent pas leur volonté.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2008 Le Potentiel. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Congo-Kinshasa

Rubriques