Le Soleil (Dakar)

Sénégal/Gambie: Bien des choses à ... normaliser

B. Khalifa Ndiaye

13 Octobre 2008


Les « Lions » n'ont donc pas été à la hauteur des attentes de leurs supporters. Leurs déclarations d'intention n'ont pas connu de suite. La réalité du terrain leur a été fatale. Les Gambiens semblaient plus en vouloir. Ils ont eu gain de cause et vont poursuivre le chemin vers « Angola 2010 » et « Afrique du Sud 2010 ». Le Sénégal a ainsi raté le wagon et devra se mettre en marge du football continental de haut niveau pour deux longues années au moins. Jusqu'au moment d'entrer dans les éliminatoires de la CAN 2012 prévue au Gabon et en Guinée équatoriale, certainement dans la deuxième moitié de l'année 2010.

Et l'on ne peut pas dire que ce soit totalement immérité. Samedi, les « Lions » avaient leur destin en main. Il ne dépendait que d'eux pour continuer la route. Il fallait tout simplement gagner. Comme ils avaient pris la bonne habitude de le faire. Face à un adversaire, la Gambie, qui a dû aller consulter les archives et dégotter sa seule victoire sur le Sénégal dans les temps immémoriaux, alors même qu'elle n'avait pas accédé à la souveraineté internationale. Mais, cette fois, c'était apparemment trop demander aux « Lions ». Leur coach Lamine Ndiaye avait prévu que le match serait difficile, il était à mille lieues de la réalité. Ce fut bien laborieux le plus clair du temps. Et ça finit par être simplement calamiteux.

En effet, le Sénégal qui n'avait plus raté de phase finale de CAN depuis 2000 et celle co-organisée par le Nigeria et le Ghana et qui avait disputé le finale de la CAN 2002 au Mali et les quarts de finale du Mondial en Corée du Sud et au Japon, la même année, ne sera même pas de la 3ème et dernière phase des éliminatoires combinées CAN/Mondial 2010.

De retour de Monrovia, suite à la 3ème journée et le nul (2 - 2) concédé face au Libéria dans le dernier quart d'heure, on avait dit que les 2 points ainsi lâchés risqueraient de coûter cher au décompte final. Voilà qui est fait. Une équipe qui se fait remonter 2 buts dans les 15 dernières minutes, même en déplacement, n'a assurément pas de caractère. Ce que le « gros trou noir » de Blida, en Algérie, lors de la 5ème journée, vint confirmer : 3 buts pris entre la 59ème et la 73ème mn et une défaite (2 - 3) qui plaçait l'équipe de Lamine Ndiaye en situation de s'imposer ... tout simplement à domicile contre la Gambie pour passer. Passe encore que l'équipe ne gagne pas à l'extérieur (nuls en Gambie et au Libéria et défaite en Algérie) ! Mais, à domicile, purée ! comme aurait dit Lamine Ndiaye...

Il savait qu'il jouait son avenir sur ce match. Tout comme son staff et nombre de ses joueurs. D'autant qu'il s'était mis une pression supplémentaire en ne convoquant pas Mamadou Niang, l'attaquant - vedette de l'OM (et accessoirement Souleymane Diawara, le solide défenseur de Bordeaux). Il disait pouvoir compter sur les éléments qu'il avait choisis et était sûr de son affaire. Il est finalement mort avec ses idées, car, c'est sûr qu'il ne sera pas reconduit à son poste au terme de son contrat, à la fin de ce mois.

Et s'ouvre pour le Sénégal une délicate période de transition qu'il faudra gérer au mieux pour éviter de rester trop longtemps en marge de la crème du football international. Plus que jamais, le CNF aura à ... normaliser le football sénégalais qui vient de déraper dangereusement. Ce « nul - défaite » signe forcément la fin d'une génération qui avait fait rêver tout un peuple, voire même un continent.

Les « derniers Mohicans », Diouf, Henri, Tony, Diao et Fadiga vont devoir céder la place par la force des choses. D'autres joueurs pourraient être tentés de les imiter d'eux-mêmes. Et forcément, le personnel de la Tanière devra se renouveler avec des plus jeunes : binationaux qu'il va être bien plus compliqué de faire venir maintenant qu'il n'y aura pas grand-chose à se mettre sous la godasse pendant deux ans, ou locaux et jeunes expatriés qu'il va falloir mettre en confiance et armer pour aller à la reconquête des cimes africaines.

Ce qui passera en grande partie par une meilleure prise en charge du football local. Le championnat non-amateur annoncé en grande pompe puis renvoyé aux calendes sénégalaises, devrait profiter de ce coup dur pour montrer le bout du nez. Encore que, les partenaires potentiels seront peut-être désormais moins enclins à y mettre leurs billes. Les catégories de jeunes ?

C'est également le moment de leur accorder l'importance qu'il faut pour le développement du football sénégalais. Il y a quelques mois, les juniors nigérians éliminaient à Dakar leurs homologues sénégalais et leur coach avait expliqué les raisons de la permanence des « Flying eagles » au plus haut niveau africain et international : le travail depuis la base. Détection, formation et suivi ! La Gambie vient d'y ajouter une couche avec une équipe à base d'anciens cadets champions d'Afrique et d'anciens mondialistes juniors.

Et pendant qu'on y est, pourquoi ne pas postuler à l'organisation au Sénégal d'une CAN juniors ou cadets ? Sur ces mêmes colonnes, on a déjà écrit il y a quelques années, au lendemain d'une énième élimination de jeunes Sénégalais, qu'il n'y avait aucune honte à se qualifier à une CAN des petites catégories comme ... pays organisateur. Cela a porté bonheur à la Gambie et au Congo, non ? Et cela permettrait de pouvoir travailler sur le long terme sans trop de pression. Faudrait-il cependant pour cela avoir les infrastructures qu'il faut ! Ce qui n'est pas actuellement le cas du Sénégal. Mais puisqu'il existe un projet chinois de réhabilitation de onze stades régionaux...

Par deux fois seulement, en 1993 à Maurice (Tony Sylva est le seul rescapé encore en service) et en 1995 au Nigeria (seul Salif Diao a survécu du lot), le Sénégal s'était qualifié en phase finale de CAN juniors. Jamais chez les cadets. C'est bien peu suffisant.

Cette élimination, pour amère et dure à avaler qu'elle soit, peut-être un mal pour un bien. A condition de s'attaquer aux vrais problèmes du football avec la ferme volonté de leur trouver des solutions. Bien de grandes nations de football sont passées par là. Pour ne pas sortir de ce satané Groupe 6 qu'on disait tout taillé pour les « Lions », l'Algérie au palmarès nettement plus garni que celui du Sénégal, puisque vainqueur en 1990 chez elle et deux fois de suite mondialiste, ne s'était pas qualifiée lors des 2 dernières CAN. Là voici qui termine en tête de la poule, en attendant la suite. C'est simplement qu'elle a travaillé durant sa traversée du désert. Alors, si l'on se mettait enfin au boulot...

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