Des habillages de fauteuils et mousses complètement déchirés d'où s'échappent des ressorts qui s'accrochent à vos vêtements. Des sièges humides d'eau, d'urines ou de vomissures, des coquilles d'arachides et peaux de bananes qui traînent un peu partout, des nappes de boue ou de la poussière sur les portières et les sièges. En empruntant un taxi à Yaoundé c'est là un ensemble de choses que Mariana Abessolo a recensé.
Pour elle, nombre de taxis de Yaoundé sont devenus de véritables poubelles. " Il est récurrent qu'une fois monté dans un taxi, vous soyez surpris et manquiez de vous étouffer à cause d'une odeur de viande, de poisson ou de fruits pourris ", se plaint Mariana une étudiante en première année de gestion d'entreprise à Supdeco, habituée des taxis.
" Des taxis pareils j'en vois tout le temps ; une fois j'allais en cours, j'ai emprunté un taxi. La banquette arrière était complètement mouillée, j'ai dû m'asseoir sur mon classeur pour ne pas être salie comme les autres passagères."
La crasse est parfois tellement incrustée que l'on a l'impression " qu'elle fait partie du décor ", regrette Béatrice Edomba, usager de taxis. Elle confie d'un air excédée : " quand on monte dans un taxi soit on est Sali, soit on en ressort mouillé, il m'est même déjà arrivé d'avoir une robe déchirée parce que les coussins des sièges étaient détériorés et les ressorts en sortaient. " Phillipe, un autre usager des taxis ne fait pas que se plaindre. " Je m'interroge, dit-il, sur les intentions des pouvoirs publics pour ce qui est de contraindre les taximen à maintenir leurs autos propres.
Quand on voit la carrosserie vieille et rouillée de certains véhicules vecteurs de tétanos, qui continuent de rouler et de transporter des gens, on se demande ce que les pouvoirs publics font pour arrêter ça ? ". Selon des sources à la cellule de communication du ministère des Transports cependant, le rôle du ministère est de sensibiliser les syndicats. Pour ce qui est de la tâche de contraindre les taximen à offrir des services propres aux usagers ou de les convaincre de maintenir leurs véhicules propres, elle revient également aux syndicats.
Thomas Ondoua, ancien taximan et coordonnateur départemental du Syndicat national des conducteurs des transports urbains, interurbains et routiers du Cameroun (Synactuircam), ne souhaite pas que l'on juge durement ses confrères. Selon lui, la précarité de la vie et les multiples charges familiales dont ils ont l'obligation de s'acquitter, sont les seules responsables de ce phénomène. " Il faut chercher à les comprendre, plaide M. Ondoua.
Il y a des taximen qui aimeraient bien entretenir leurs véhicules mais ils n' y arrivent pas. Au cours de la journée, il leur faut payer le carburant, en fin de soirée remettre la recette au patron propriétaire du véhicule. Si vous avez gagné 13.000Fcfa, vous donnez 10.000 Fcfa au patron, vous lavez le véhicule à 500Fcfa et vous mettez du carburant dans la voiture, il vous reste combien pour vous nourrir ou entretenir votre famille ? ".
Gaston Nkoa pourtant, un taximan de Yaoundé, assure qu'il n'offre que des services propres à ses clients. " Tout dépend du ministère des Transports qui, devrait prendre la responsabilité d'enlever de la circulation tout les taxis qui ont un an et huit mois ou plus cela résoudrait ce problème d'insalubrité.
" Ce phénomène prend de l'ampleur pourtant selon le président du Syndicat national des conducteurs des transports urbains, interurbains et routiers du Cameroun (Synactuircam) Patrice Samen, il existe un code de conduite pour tous les taximen qui exige qu' " un conducteur de taxi doit être propre et son taxi aussi, car c'est son lieu de travail ". " Il est temps que les taximen ignorants se rendent compte qu'un service propre offert aux clients les attire mais également les emmène à nouer des contacts, voir à solliciter, les chauffeurs concernés pour d'autres occasions ", rétorque Mariana Abessolo.

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