Z. Dieudonné Zoungrana
14 Octobre 2008
analyse
Macky Sall doit peut-être regretter ce jour de février 1989 où il s'est rendu au Point E pour répondre à l'appel du secrétaire général et fondateur du PDS, lequel avait, quelques jours plus tôt, lancé un appel, au cours d'un meeting à Niarry Tally, invitant les cadres sénégalais à rejoindre sa formation. Séduit deux ans plus tôt par la prestation et la conviction de Me Abdoulaye Wade à l'Assemblée nationale, l'homme n'avait pas hésité à aller prendre la carte du parti libéral. Ironie du sort, 21 ans plus tard, c'est de cette même Assemblée nationale que dégringole Macky avec ce replâtrage constitutionnel du 13 octobre 2008, en fait, un débarquement de première classe qui ramène son mandat de 5 à 1 an.
Certes, 3 mois après son adhésion de 89, il sera au poste de Secrétaire général adjoint du PDS chargé des mines, et douze ans après, il occupera un portefeuille similaire, pour ensuite prendre la primature (avril 2004 à juin 2007) et enfin la tête de l'hémicycle. Certes, ce tronçonnage de mandat touche aussi Pape Diop, patron du Sénat, mais les signes ne trompent pas, c'est bien au maire de Fathick qu'on en veut.
En réalité, l'étoile politique de Macky Sall a commencé à pâlir depuis plus d'un an. Il est vrai que les luttes de succession du chef âgé aujourd'hui de 82 ans ont exacerbé les conflits de positionnement entre les dauphins constitutionnels ou putatifs. Notamment entre Idrissa Seck, Pape Diop... et Macky Sall.
Mais les nuages ont commencé à s'amonceler sur la tête de l'encore président de l'Assemblée nationale le jour où il s'est piqué le devoir de vouloir entendre devant la commission des finances le fils du chef de l'Etat Karim sur sa gestion des fonds alloués à l'Agence nationale pour l'organisation de la conférence islamique(ANOCI). Ce jour marque le début de l'immolation politique de Sall :
d'abord en privé lorsqu'il l'a appris, « Ablaye Wade » est entré dans un grand courroux. Finis les éloges et les projections pour le futur du genre « Macky Sall est très modeste et discret... je compte réaliser beaucoup plus de projets avec lui que dans les quatre premières années de mon mandat ». Puis vint une convocation manu militari à la présidence pour intimer au patron de l'Assemblée nationale de démissionner, ce à quoi opposera un refus poli de Sall. Nous sommes en fin décembre 2007.
Pendant ce temps, le cousin du président, Doudou Wade, député, initie une pétition qui doit montrer que ses collègues ont désavoué Sall et qu'il doit se démettre. Et s'il refuse, les élus nationaux bloqueront le fonctionnement de l'institution. Une pétition qui a fini en eau de boudin, puisqu'aucun de ces scenarii n'a abouti.
Il n'est pas jusqu'aux jeunes du PDS regroupés autour de l'ex-ministre de la jeunesse Aliou Sow qui ne menacent de façon tacite l'occupant du perchoir de démissionner. Finalement, Macky Sall échappera à cet impeachment à la sénégalaise grâce au nouveau khalife des mourides, Mouhamoudou Lamine M'Backé, qui, depuis Touba, intercédera en sa faveur auprès de Wade. La trêve n'aura duré que 10 mois, puisque ce raccourcissement de son mandat est un renvoi qui ne dit pas son nom.
Car les 172 députés sur les 174 présents qui ont voté cette loi savent pertinemment que sa promulgation par le chef de l'Exécutif ne sera qu'une formalité. Macky Sall sera débarqué ! Dommage pour cette démocratie sénégalaise qui était un phare, comme nous l'affirmions dans un de nos éditoriaux, un phare qui devient blafard chaque jour sous Wade.
Les démocrates et les Sénégalais sont d'autant plus dépités qu'avec cette première alternance intervenue en mars 2000 et le renouvellement du bail du locataire du palais de l'Avenue Léopold-Sédar-Senghor beaucoup s'étaient mis à espérer que le sopi (changement en Wolof) allait être une réalité. Après des décennies du règne sans partage du PS qui s'était encroûté, grisé par le pouvoir, l'avènement du PDS sonnait comme une sorte de révolution démocratique.
En effet, après 25 ans de lutte politique, voilà un opposant qui accède par les urnes à la tête de l'Etat. L'espoir était permis que les choses allaient évoluer. Hélas, les Sénégalais se sont résolus de mauvaise grâce à un pouvoir, qui se confine aux antipodes de la démocratie, avec des opposants qu'on emprisonne pour un rien, et des journalistes qui subissent la fureur des zélés du pouvoir pour une ligne ou une virgule dans un article, bref nul ne sait si c'est le même Wade qui, il y a quelques années, brillait par sa clairvoyance politique.
Un discernement qui aurait dû lui dicter, surtout en tant qu'avocat, que toute loi est par essence impersonnelle et que ce toilettage constitutionnel ad hominem ne devait pas prospérer, puisqu'à l'évidence elle vise une personne : Macky Sall.
« Je veux des réalisations qui résistent au temps... je lance de grands travaux parce que je veux épargner à la génération qui va venir d'avoir à tout refaire ». Tel est le résumé que le chef de l'Etat sénégalais donne lorsqu'on lui demande ce qu'il veut que le monde retienne de lui. Il est vrai qu'il a réalisé de grands projets et que son bureau est plein de maquettes et d'autres projets de développement.
Mais le seul projet qui l'a amené là où il est ne se porte plus bien : la démocratie. Assurément, l'avènement de Wade au pouvoir s'apparente à un opposant historique qui a mal tourné. Car rien, absolument rien, ne justifie ces travers politiques, et comme d'autres avant lui, les opposants légitimes à l'épreuve du pouvoir offrent une image presque renversée de ce que le peuple avait d'eux.
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