Infos Plus Gabon (Libreville)
Maude Malengrez
15 Octobre 2008
Les biocarburants devraient continuer d'exercer une pression à la hausse des prix alimentaires à l'avenir, malgré la crise. Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), à condition de créer des filets de sécurité pour protéger les plus pauvres de la faim, les biocarburants pourraient, à long terme, représenter une opportunité pour le développement rural en Afrique. C'est ce que rapporte l'agence Syfia Belgique
La médaille et son revers : tel aurait pu être le titre générique du dernier Rapport sur la situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture 2008, de la FAO, consacré aux biocarburants, tant le développement de ce secteur peut être une arme à double tranchant. Tout dépend de qui la détient et pour en faire quoi.
Parmi la batterie de recommandations qu'il contient, le rapport de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture en souligne une plus urgente : la création "de filets de sécurité appropriés afin de permettre aux populations pauvres et vulnérables d'accéder à l'alimentation". La part de responsabilité des biocarburants dans la hausse des prix des produits agricoles varie fortement selon les instituts de recherche : entre 3 et 70 %.
La demande de cultures (sucre, maïs, oléagineux) pour les biocarburants, censés réduire la dépendance aux énergies fossiles, pourrait contribuer à renverser la tendance à la baisse des prix de ces matières premières agricoles, baisse qui avait pesé sur la croissance de l'agriculture dans la plupart des pays en développement au cours des dernières décennies.
Même si on assiste avec la crise financière actuelle à une nouvelle chute des cours, la perspective de la FAO qu'ils restent élevés durant les dix prochaines années ne semble pas remise en cause. Toutefois, "les agriculteurs pauvres ne devraient pas profiter de l'essentiel des retombées positives [de la hausse des prix] et seront la population la plus vraisemblablement exposée à ses effets négatifs".
Une place pour les petits agriculteurs
Si des mesures sont prises pour garantir l'accès à l'alimentation des plus vulnérables, les biocarburants pourraient à terme, selon la FAO, se révéler une opportunité de redynamiser l'agriculture dans les pays en développement, "avec des conséquences positives en matière de croissance économique, de réduction de la pauvreté et de sécurité alimentaire".
Les premières projections, bien qu'hypothétiques, laissent entrevoir quelques lueurs d'espoir. Dans un premier temps, les investisseurs dans les biocarburants vont rechercher une certaine sécurité d'approvisionnement, via le développement de grandes plantations, qui créeront de l'emploi, des revenus, mais qui font planer le spectre du modèle de monoculture d'exportation et paraissent peu compatibles avec le soutien aux petits exploitants et avec les impératifs de sécurité alimentaire.
Pour la FAO, "la participation des petits agriculteurs par le biais de l'agriculture contractuelle (ou "sous-traitance agricole") est peut-être le système le plus simple pour créer le marché nécessaire tout en préservant la production des denrées de base et en assurant une croissance favorable aux pauvres". Elle cite en exemple le modèle brésilien de "carburant social" grâce auquel les fabricants de biodiesel qui achètent aux petits producteurs défavorisés bénéficient d'une exonération d'impôt partielle, voire totale.
Les États, s'ils développent les infrastructures nécessaires à l'utilisation locale de ces biocarburants, pourraient voir leur facture énergétique réduite et les agriculteurs trouver des débouchés, des emplois et un accès à l'énergie. Selon la FAO, "l'expérience a montré que le développement des cultures commerciales des petits exploitants ne se fait pas forcément aux dépens de la production vivrière ou, plus généralement, de la sécurité alimentaire", faisant référence au coton malien qui a stimulé la production de céréales secondaires.
Des politiques concertées
Le principal enjeu actuel et à venir pour une majorité d'États en Afrique est de mettre en place des politiques de développement du secteur sur la base d'études approfondies de leur contexte spécifique, car il n'existe pas de modèle prêt à l'emploi. Le rapport de la FAO ne fait pas l'économie de quelques conseils en terme de politiques publiques à mener, comme investir dans les infrastructures, l'irrigation, la vulgarisation et la recherche, mais aussi améliorer les marchés d'intrants et de produits en zones rurales, afin que les petites exploitations ne soient pas désavantagées, et établir des contrats de sous-traitance.
Les conditions sont nombreuses à réunir pour que les biocarburants soient une opportunité pour le développement rural, mais ils augurent de possibilités d'investissement presque inédites. Pour que l'Afrique puisse en profiter, des politiques nationales et régionales sont à construire, en concertation avec les producteurs agricoles, comme le réclame la Fédération des ONG au Sénégal, afin de trouver ensemble les méthodes stratégiques pour cultiver et exploiter ces biocarburants.
Dans la plupart des pays africains qui n'ont pas élaboré de politique de développement du secteur, les investisseurs ont les coudées franches. Au Burkina Faso, par exemple, certains incitent les paysans à cultiver des biocarburants dans le but de les exporter. Le risque d'affecter des terres vivrières à la culture de biocarburants et de renforcer ainsi l'insécurité alimentaire est alors élevé.
En Afrique du Sud, en revanche, l'action de la société civile sur les autorités s'est révélée payante. Selon le réseau des Citoyens unis pour les énergies renouvelables et la durabilité, le document stratégique sur les biocarburants du gouvernement sud-africain, après avoir été guidé par une approche industrielle en vue de l'exportation, se concentre désormais davantage sur l'intégration des petits exploitants et sur la consommation locale.
Alors que la réduction des gaz à effet de serre est un des objectifs de la production de biocarburants, la FAO fait là le constat d'un bilan mitigé et d'écarts importants selon les cultures et modes de production utilisés : la canne à sucre brésilienne affiche des réductions d'émissions de 70 et 90 % par rapport aux carburants fossiles, tandis que le maïs américain les diminue d'à peine 10 %.
Scénario imprévu, la crise actuelle et son corollaire, la baisse de 40 % du prix du pétrole brut depuis juillet dernier, pourraient compromettre la rentabilité économique du secteur et freiner les investissements. Mais le débat ne se refermerait pas pour autant.
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