Oumar Ndiaye
15 Octobre 2008
interview
Ministre directeur de cabinet politique du président de la République, secrétaire général national adjoint chargé de la communication et porte-parole du Pds. C'est avec ses multiples casquettes que Babacar Gaye s'est présenté comme invité de la rédaction du « Soleil » ce jeudi 9 octobre 2008. Occasion ne pouvait être plus belle pour l'interpeller sur les grandes questions qui agitent la formation au pouvoir et, partant, le pouvoir qui en est l'émanation. Succession du président Wade, refondation du Pds, "affaire Macky Sall", élections locales, place de la « Génération du concret », etc. Autant de questions auxquelles M. Gaye a répondu parfois avec mesure, souvent franchement, mais toujours sans souci d'esquive.
Le Pds avait annoncé sa refondation au lendemain des dernières élections législatives, mais on n'a pas senti une évolution depuis. Où en êtes vous concrètement ?
Il n'a jamais été question de refondation au Pds si on part du principe que refonder un parti politique, c'est recréer sur une nouvelle base, une nouvelle idéologie et, certainement, d'autres structures. Il s'agissait à l'époque de faire le diagnostic de nos insuffisances. Nous sommes un parti fort, massif, mais dont l'organisation laisse à désirer. Le Secrétaire général national du parti a estimé nécessaire de demander au Comité directeur de réfléchir sur la nécessité de recentrer le mode de fonctionnement de notre formation politique et son organisation. Nous avions l'obligation de donner de la place à des forces politiques qui soutenaient le président de la République, mais qui n'étaient pas encore prêtes à accompagner le Pds dans un projet politique plus cohérent, bien structuré et organique.
Le président a estimé qu'avant de s'ouvrir à une large majorité, il fallait faire du Pds un parti grand qui devait aller en fusion avec d'autres formations politiques, il fallait d'abord organiser le Pds. C'est dans ce sens que notre frère Abdou Fall avait été choisi pour mener la réflexion en interne avec une commission chargée de voir dans quelle mesure, le Pds pouvait se préparer à ce mariage. On a tout de suite parlé de refondation. C'est un concept très chargé. Le Pds ne pouvait bâtir son avenir sur des stratégies qui ne marchent pas. Nous avons préféré parler de réorganisation du parti pour le préparer à une ouverture aux forces qui soutiennent le Pds et aux autres partis politiques qui acceptent de fusionner avec nous, mais aussi à tous les mouvements qui sont nés pendant et après la campagne électorale pour qu'ensemble nous puissions gérer l'avenir. Voilà ce qu'il fallait retenir de cette vision du Secrétaire général à l'époque.
Parfois on l'impression que le Pds se nourrit du tumulte. Après Idrissa Seck, il y a aujourd'hui « l'affaire Macky Sall ». Partagez-vous cette impression ?
Effectivement. Nous sentons que nous avons un parti politique très dynamique qui connaît des remous. A différentes périodes de notre histoire, nous avons constaté qu'il y a eu souvent des dissensions, soit pour des divergences dans la manière de gérer soit par la formation de groupes ou de camps antagoniques autour du leadership. Ce qui a été constant, il faut le dire, c'est que le Pds ne s'est jamais départi de sa conviction qu'il a besoin de Me Abdoulaye Wade comme Secrétaire général national.
C'est une icône. Et il n'est pas envisageable que cela soit contesté ou contestable. Je pense qu'à chaque fois que le parti a senti que certains militants ne partageaient pas cette évidence qui s'impose à tous, le parti s'est organisé pour faire face. C'est sûrement ce qui explique cette impression que vous venez de décliner. Espérons cette fois-ci que nous vivons la dernière affaire qui oblige notre parti à faire l'actualité simplement parce qu'il y a une crise en son sein. S'il y a une dynamique de crise perceptible dehors, nous maîtrisons bien le Pds en interne.
On sent pourtant de sérieux problèmes dans l'animation de votre formation politique. A quoi est-ce dû ?
Je ne partage pas votre impression. Le Pds vit de sa vie militante au sein de structures décentralisées, dans les fédérations, les sections et les sous-sections. A Dakar, nous avons démarré les renouvellements, la vente des cartes. Nous sommes en train de renouveler les secteurs dans la région de Dakar et à partir du 1er novembre, ce processus va se poursuivre à l'intérieur du pays. Cela n'a pas empêché le parti de continuer à vivre.
C'est pourquoi d'ailleurs vous constatez souvent dans des localités comme Kaffrine, Tambacounda, Ziguinchor et autres, qu'il y a des remous, parce que le parti vit. Il y a des ambitions qui s'affichent. Les uns et les autres sont en train de s'organiser pour avoir le maximum de représentativité. On a l'habitude de dire que c'est un lion qui dort. A chaque fois qu'il faut aller à la chasse ou à chaque fois qu'il faut donner un coup de patte à l'animal perturbateur, en général, le Pds se réveille.
Le facteur bloquant est-il bleu ou d'une autre coloration politique ?
Il peut être interne comme il peut être externe. C'est d'ailleurs cette problématique qui fait que nous perdons souvent beaucoup de temps à réagir, parce que nous pensons que le parti réagira toujours à temps. Le deuxième facteur bloquant, il faut le reconnaître c'est que nous sommes un parti qui gère le pouvoir. Nous ne pouvons pas avoir le même comportement politique que ceux qui n'exercent aucune responsabilité. Ceux qui n'ont pas été désignés par les Sénégalais pour leurs idées, le Pds ne peut pas se comporter comme eux.
Nous sommes au pouvoir, nous avons des responsabilités étatiques cela influe forcément sur le management du parti d'une part et sur la vie militante de l'autre. Quand on est dans l'opposition, on travaille pour accéder au pouvoir, mais dès qu'on est au pouvoir, on oublie ce pourquoi on avait été militant pour s'occuper du quotidien. C'est ce qui fait que souvent les partis qui sont au pouvoir vivent dans des turbulences. Heureusement, nous avons compris cela et avons pris les devants avec cette équipe qui encadre le Secrétaire général avec la direction des structures, l'administrateur et les commissaires.
Après Idrissa Seck, c'est autour de son successeur au poste de N°2, Macky Sall, d'être en conflit avec la direction du parti. Qu'est-ce qui perd les N°2 du Pds ?
Je ne l'expliquerai de manière synthétique, simple, que par cet empressement que le N°2 manifeste pour devenir le N°1. Les militants du Pds ne sont pas prêts à changer de N°1. Il faut que le N°2 ou ceux qui ont eu la chance ou le privilège d'arriver à ce niveau comprennent que nous ne sommes pas encore prêts à changer de N°1.
Que reproche-t-on exactement à Macky Sall ?
Ca va être très long d'épiloguer sur les désidératas de la direction nationale du parti vis-à-vis de Macky Sall qui, je le rappelle, est un militant du Pds. Je donnerai une réponse simple. Comme c'est affirmé et réaffirmé, il y a ce que l'on appelle la confiance en politique, elle se mérite. Il y a une rupture dans la chaîne de confiance entre le Secrétaire général national du Pds et le président de l'Assemblée nationale. Mieux, il y a un problème de confiance entre Macky Sall et la direction nationale du Pds. Nous avons constaté depuis son départ de la Primature qu'il y a presque un gel de l'ensemble de ses activités au sein du parti. Nous avons senti et nous avons des preuves probantes qu'il y a des éléments identifiés répondant à son nom et qui mènent des activités fractionnistes par rapport à l'orientation du parti.
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