B. R. M.
15 Octobre 2008
Les capacités de production de Sosucam lui permettent-elle de satisfaire la demande des Camerounais en sucre ? Telle est la question que l'on est fondé à ce poser, bien au-delà des intérêts commerciaux propres pour lesquels se battent à priori cette entreprise française et ses concurrents que sont les importateurs de sucre et les deux transformateurs (Nosuca et Sumocam) installés sur le territoire camerounais.
Cette question est d'autant lancinante que la filiale camerounaise de la multinationale Somdia n'a jamais hésitée à brandir le spectre du licenciement d'une partie de ses 6000 employés pour des raisons économiques (cela a encore été observé en août dernier) pour contraindre le gouvernement camerounais à bloquer les importations de sucre, au travers d'une tarification draconienne : application de la valeur de référence en douane à tous les importateurs (pratiquement 458.000 Fcfa par tonne), au mépris d'une recommandation formelle issue de la réforme fiscale de 2007.
Pourtant, au regard de certaines réalités, le Cameroun a grand besoin des importations pour satisfaire la demande. Durant le jeûne du Ramadan 2007, voyant le prix du kilogramme de sucre passer de 600 à 1000 Fcfa dans les échoppes du fait d'une pénurie que refusait de reconnaître Sosucam, le gouvernement n'avait-il pas été obligé d'appeler à la rescousse Soacam, entreprise de distribution à laquelle il avait été expressément autorisée d'importer d'urgence 5000 tonnes de sucre pour faire fléchir les prix sur le marché ?
En plus, pour une consommation annuelle estimée à 150.000 tonnes (dont à peine 30.000 tonnes produites par Nosuca et Sumocam lorsque Sosucam consent à leur livrer la matière première), la production de Sosucam qui culmine officiellement à 120.000 tonnes, inclus un important pourcentage de sucre importé.
En effet, selon un relevé statistique de la direction générale des douanes dont Mutations a pu obtenir copie, au cours de l'année 2007, sur les 67.000 tonnes de sucre importés sur le Cameroun, 34.960 tonnes ont été le fait de Sosucam (20.000 tonnes venues du Brésil et 14.960 tonnes venues du Congo, sans droits de douane dans ce cas).
Soit près de 50% des importations globales. Cela signifie aussi que, à la vérité, la production de Sosucam sur le territoire camerounais est d'à peine 90.000 tonnes, pour un marché de 150.000 tonnes dans lequel les importateurs sont subrepticement exclus par le biais d'une sorte de protectionnisme appliqué en faveur de Sosucam.
Au nom de la protection de l'industrie sucrière nationale, dont la majorité des avoirs et des bénéfices reviennent plutôt au groupe français Somdia, détenteur majoritaire des actifs de Sosucam. Le simple fait d'importer (au 31 juin 2008, le volume des importations de Sosucam est estimé à 8650 tonnes) pour faire tourner ses usines installées au Cameroun n'est-il pas un aveu d'incapacité à pouvoir répondre à la demande des Camerounais en sucre?
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