L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Allégations de corruption contre un Inspecteur sanitaire

Jane L. O'neill And Kursley Thanay

15 Octobre 2008


Port Louis — Dans une lettre adressée à la Santé, un importateur parle d'actes de corruption. Selon lui, un inspecteur lui aurait demandé de l'argent pour dédouaner ses produits en provenance de Chine.Le "Food Act" préconise le port de gants pour servir de la nourriture.

Ça sent le roussi au bureau sanitaire de Port-Louis. Une lettre de dénonciation d'un importateur habitant àPlaine-des-Papayes, datant du 6 octobre 2008, a atterri au ministère de la Santé. Elle contient des allégations de corruption à l'encontre d'un haut responsable.

L'importateur allègue que l'inspecteur lui aurait demandé Rs 10 000 pour dédouaner son premier container venant de la Chine. Ensuite, il aurait eu à débourser Rs 4 000 pour chaque nouveau container.

Il indique aussi que le haut fonctionnaire ne respecterait pas la procédure qui veut que les résultats des tests de laboratoire soient connus avant de donner le feu vert. Selon lui, des documents du pre-market approval seraient obtenus avant les résultats des analyses.

Les vérifications à la douane confirment l'identité du signataire de la lettre comme étant un importateur. Son adresse est également similaire à celui indiqué dans la lettre. Cependant, nos tentatives de le joindre, hier, ont été vaines.

En revanche, le haut fonctionnaire a accepté de nous parler. Il réfute ces allégations. «Je ne connais pas cette personne. Etant un responsable, je ne suis pas en contact avec les importateurs et je ne suis pas à la douane pour les vérifications. Je ne suis donc pas en mesure de prendre de l'argent pour les dédouanements.» Aucune sanction jusqu'ici

Il se dit prêt à faire face à une enquête interne au niveau du ministère de la Santé. «Il y a une lettre et les autorités sont appelées à faire une enquête pour faire la lumière sur ces allégations.»

Une autre lettre de l'inspectorat sanitaire contre ce même haut fonctionnaire a été rapporté au ministère de la Santé. C'est la disparition de 25 kg de riz, sur les 50 kg saisis chez des importateurs, qui a alerté son chef hiérarchique. Il est soupçonné d'avoir rendu les 25 kg non détruits aux importateurs contre paiement. Le fonctionnaire a eu à s'expliquer mais il n'y a eu aucune sanction jusqu'ici.

Ce qui ne manque pas d'irriter un autre haut fonctionnaire du même département. «Comment voulez-vous que la santé publique soit une préoccupation quand on sait que ceux qui reçoivent de l'argent sont protégés ?

Malgré toutes les dénonciations, il n'y aura aucune mesure pour remédier à cela dans les bureaux sanitaires.»

Cette affaire vient relancer les nombreuses allégations visant ce groupe de fonctionnaires. Elle apporte aussi de l'eau au moulin des fonctionnaires «révoltés» qui ont témoigné dans un récent papier que l'express avait publié sur le «laxisme» des départements sanitaires.

Un responsable explique les pratiques qui ont cours. «Ceux qui veulent mettre de l'ordre sont persécutés et accusés par les malhonnêtes.

Il y a des cas à l'Independent Commission against Corruption et à la police contre ceux qui sont déterminés à mettre de l'ordre» Cette guerre intestine des sanitaires ne fait que paralyser le système.

Au marché de Flacq, des snacks vendent de la nourriture dans des conditions déplorables. Dans d'autres marchés, les conditions d'hygiène ne sont pas respectées concernant la vente de la viande et du poisson.

Hier, une tournée dans la capitale a prouvé que les inspecteurs sanitaires ferment souvent les yeux. Le ministère de la Santé devrait bientôt les avoir dans sa ligne de mire

Ces nourritures vendues dans la rue

Treize ans qu'il est «sur la place» à vendre des «briani» sous sa tente placée en bordure de route. «Jamais finn gayn contravention», dit Naushad. Tout en reconnaissant qu'il n'a pas de permis de la municipalité pour éventuellement vendre sa nourriture dans la rue, il dira qu'il doit bien gagner sa vie pour pouvoir subvenir aux besoins de ses quatre enfants.

Naushad emploie aussi trois autres pères de famille qui s'apprêtent à travailler jusqu'à 23 heures si le besoin se fait sentir. «Mem si vann ziste 5 briani bisin travay.» Un inspecteur sanitaire explique que la loi interdit la vente de nourriture sur place, en l'occurrence dans la rue.

Trois clients de Naushad assis sur un banc sous sa tente semblent loin d'être préoccupés par le problème d'intoxication alimentaire lié au manque d'hygiène. Manger dans la rue fait partie des moeurs locales avant tout.

Naushad est inquiet lorsqu'il parle d'une réunion avec des officiers du poste de police d'Abercrombie lundi sur les normes que les «marchands» comme lui sont tenus de respecter Yousuf Manally, marchand de «dholl puri» trouve, lui, inacceptable que l'inspection sanitaire ne réprimande pas les nombreux marchands qui cuisinent dans la rue.

Alors que, lui, doit se conformer aux dispositions du «Food Act» en cuisinant chez lui. «Bann inspecteurs inn dire moi qui pou sa pas pou capave faire nanien», lâche-t-il, amer. Un peu plus loin de l'emplacement de Naushad, un marchand de «gâteau piment» prépare ses gâteaux dans un «tricycle» situé sur un drain.

Ce qui n'est pas conforme à la loi. Et des cocos posés à même le sol sont mis en vente Dix mètres plus loin, une fourgonnette blanche s'est arrêtée. Deux personnes s'affairent à préparer des grillades. Des morceaux de poulets entreposés sur un appareil à grillade attendent...

La loi pourtant interdit toute cuisson dans la rue. Les occupants sont au courant de leur situation illégale. «Nounn apply pour enn permi mobile food seller, couma bann qui vendent manze dan van lors la plage pann gayner», lâchent les commerçants.

Et les normes d'hygiène à respecter ? Le «chef» du business explique qu'il connaît un rayon sur cet aspect. Cela pour avoir été cuisinier dans un hôtel de Grand-Baie. «Intoxication alimentaire dans l'hôtel aussi arriver.

Pas ziste bann marchands kebab lors sime ki en tort ladan», souligne-t-il.

Pratiques douteuses

Il ne faut pas mettre tous les inspecteurs dans le même panier mais certains sont assez astucieux pour se faire des avantages en nature ou en espèces.

Exemple :

ils sont aveugles sur les conditions d'abattage et en retour, ils reçoivent en cadeau des produits des élevages concernés ; au lieu de prendre des échantillons, ils prennent de l'argent pour ne pas prélever des échantillons ; ils jouent au mouchard en prévenant des marchands et autres commerçants qui sont sur la liste des inspections etils font pression pour activer les dédouanements

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