15 Octobre 2008
Port Louis — Tel un corps humain qui n'est pas immunisé contre la grippe mais qui est résilient face au virus, l'économie mauricienne a du ressort pour amortir l'impact de la crise financière mondiale. La chute des marchés internationaux d'actions, comme celle de la Bourse de Port-Louis, a produit des effets anxiogènes sur les Mauriciens, comme en témoigne le fort taux de pessimisme parmi les analystes interrogés dans le présent baromètre.
Mais il faut être assez fou pour ajouter de la panique à l'anxiété. On reconnaît du leadership politique et économique dans la capacité à tirer les leçons d'une crise, à en faire bon usage et à en développer une pédagogie.
Toute crise représente une belle occasion pour les chercheurs de votes de faire de la récupération politique et, pour les chercheurs de rentes de l'industrie de quémander de l'aide de l'État.
Un gouvernement responsable doit, lui, rester sobre, sachant que les réactions excessives sont plus dangereuses que l'inaction. Il faut certes agir, mais suivant le principe thomiste de négativité qui définit ce qui est contraire au bien plutôt qu'il n'impose une conception du bien.
En quête de sécurité, on a tous envie de poser la question que Lénine avait empruntée à Tchernychevski : «Que faire ?». Mais il est plus facile de savoir ce qu'il ne faut pas faire. Aucun pays n'est à l'abri d'une récession mondiale, à plus forte raison Maurice, une économie orientée vers l'exportation.
Mais il n'est pas nécessaire d'avoir un MBA pour comprendre qu'une analyse SWOT (forces, faiblesses, opportunités et menaces) se construit dans un contexte donné.
Nous pouvons transformer nos faiblesses en forces grâce à notre flexibilité ; et les menaces peuvent être des opportunités pour nous, moyennant que nous sachons apprendre des erreurs des autres.
Ce n'est pas le moment de tenir un discours anti-secteur privé quand on n'a pas été capable de démocratiser l'économie. C'est le secteur privé, et non l'État, qui continuera à assurer la croissance économique si nécessaire à la création d'emplois.
Dans une économie où la productivité multifactorielle n'a connu qu'une croissance annuelle moyenne de 0,2 % durant la période 1997-2007, le gouvernement a certes le droit de soutenir des entreprises privées, mais seulement dans le sens d'un accroissement de la productivité.
Cela suppose que nos opérateurs, notamment textiles et touristiques, adoptent une attitude positive après avoir toujours été négatifs même au temps des vaches grasses.
Il convient au gouvernement de faire bénéficier à des entreprises viables, pas celles qui sont mourantes, de mesures fiscales ponctuelles. Celles-ci doivent cibler des firmes qui acceptent de se restructurer pour améliorer leur compétitivité.
Il revient à «Enterprise Mauritius» d'identifier celles ayant un potentiel d'avoir un rendement sur capital immobilisé (ROCE) supérieur au coût moyen pondéré du capital (WACC).
L'argent n'est pas un problème : il suffit au ministère des Finances de revoir ces milliards de roupies que le budget 2008-2009 a alloués à divers fonds de développement.
Avec un prix du brut qui retombe autour de 80 dollars le baril, le Grand argentier peut bien faire preuve de pragmatisme budgétaire.
Personne ne lui reprochera d'ignorer le déficit budgétaire quand les Européens et les Américains eux-mêmes ne s'en soucient guère. L'arme fiscale est la seule qui soit efficace pour prévenir une récession dans le contexte mauricien.
Une politique fiscale expansive ne peut, évidemment, pas s'accommoder d'un assouplissement de la politique monétaire. Ceux qui hurlent une baisse du repo rate n'ont rien compris de la crise financière mondiale.
La cause première de celle-ci est le taux d'intérêt réel négatif qui a créé une bulle immobilière aux États-Unis, grâce à la politique de l'argent facile de la Réserve fédérale.
À Maurice, creuser davantage l'écart entre le taux d'intérêt à l'épargne et le taux d'inflation tuera la confiance des déposants et les encouragera à placer leur argent dans des actifs immobilisés, d'autant que les prix immobiliers baisseront.
Différentes causes peuvent avoir les mêmes effets qu'un retrait massif des dépôts bancaires. Si elles ne sont pas exposées au marché des «sub-primes», il demeure que les banques mauriciennes seront fragilisées par une hausse constante du taux d'intérêt réel négatif
. De même, une quelconque action de l'État de renflouer les caisses des banques et des compagnies d'assurances ou de garantir tous les dépôts ne ferait que paniquer les épargnants.
Dans le climat de soupçon actuel, une réduction du «Repo rate» en dépit d'une inflation à deux chiffres sera un mauvais signal indiquant que les autorités savent quelque chose que la population ne sait pas.
Il serait plus approprié pour la Banque de Maurice d'acheter des euros pour soutenir l'exportation et de vendre des dollars pour caler l'inflation.
Une détente monétaire ne va pas stimuler les commandes textiles ni les arrivées touristiques. On ne peut rien faire contre des chocs exogènes, sauf relancer la demande domestique.
Mais il n'y a pas lieu d'assouplir le taux d'intérêt quand la consommation et l'investissement privés sont actuellement en forte croissance. De surcroît, les crédits bancaires au secteur privé ont enregistré une croissance annuelle de 21 % à août 2008.
Ailleurs, il est loisible aux banques centrales de baisser leur taux directeur en raison de la contraction du crédit. Ici, le maintien du repo rate va de soi pour l'instant.
Voilà une option qui devrait faciliter la tenue d'une conférence de presse commune où l'on verrait côte à côte le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque de Maurice. Cela projetterait une image forte qui rassurerait la population que la situation est sous contrôle.
Ce serait aussi un gage d'indépendance de la politique monétaire. Tant il est vrai que la crédibilité de nos institutions reste le meilleur vaccin contre la crise
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