Najib Sagna
15 Octobre 2008
La ville de Mame Coumba Lamb vient d'être secouée par une rocambolesque histoire de pédophilie, avec en vedette un maître coranique qui six mois durant a fait vivre l'enfer au jeune S. S, habitant la 'Cité Gabon' à Rufisque.
Le Daara Ahmadiyya est situé sur la route de Sangalcam, tout près du quartier Dangou. Vu de loin, le Daara de Thierno Amadou Diop est un joyau qui surplombe le quartier.
Le minaret, en marbre, rappelle les mosquées de l'Arabie. Son architecture arabesque est unique dans la région. Mais derrière ce luxe, le lieu de culte, qui est un complexe, accueille des maîtres coraniques indignes du système éducatif.
Dans la communauté musulmane, l'on se demande même s'il serait bon de fréquenter le Daara Ahmadiyya, après le scandale qui a défrayé la chronique.
En effet, depuis hier matin, Abdou Salam, maître coranique dans l'institut arabe, séjourne au commissariat urbain de Rufisque. Il est accusé d'avoir abusé à plusieurs reprises de S. S, un enfant habitant la 'Cité Gabon' à Rufisque. La plainte a été déposée depuis un mois au commissariat urbain de Rufisque.
Et les choses ont traîné. Mais depuis que les journalistes ont été informés du drame, la police a diligenté l'affaire. Personne ne sait réellement pourquoi les limiers de la vieille ville, très prompts dans les enquêtes, ont laissé perdurer l'affaire.
Pour beaucoup d'observateurs, ce sont les menaces du fils du marabout, administrateur de l'école en ce moment, Mamadou Lamine Diop, pour ne pas le nommer, qui font que les policiers ont eu peur de continuer l'enquête. Et le comportement de Mamadou Lamine Diop, lorsque les journalistes l'ont rencontré, confirme la crainte des populations.
En effet, Mamadou Lamine menace de tuer toute personne qui écrira un mot sur l'acte de pédophilie de son enseignant. Aux parents, il a signifié qu'il allait maudire la victime, si toutefois ces derniers s'ouvriraient aux journalistes et à la police.
C'est donc dans la peur que s'est effectuée l'enquête. Les journalistes ont décidé alors de porter le combat. L'Ong Avenir des enfants et le collectif des journalistes de Rufisque se sont rendus à la police. Et Abdou Salam a été arrêté.
Présenté aux journalistes, le jeune S. S, tout de rouge vêtu, l'air désemparé, a répondu difficilement aux questions des confrères qui voulaient reconstituer l'affaire. Il est visiblement rongé par ce qu'il a enduré pendant les six mois d'apprentissage du Coran au Daara.
C'est avec les larmes aux yeux que S. S raconte sa mésaventure. Le maître coranique, selon le récit du talibé, le possédait chaque jour que Dieu fait. Il l'amenait dans les toilettes pour abuser de lui après s'être enduit de savon ou d'autres produits gluants. Parfois il faisait faire des fellations ou encore de la sodomie à l'enfant qui souffrait à chaque coup.
Le pédophile continuait ainsi sa sale besogne chaque jour. L'enfant souffrait sans pour autant pouvoir se confier à quelqu'un. 'Il me menaçait de mort, si je sortais un mot de ma bouche.
Un de mes amis, qui était mis au courant, a été sauvagement battu. Il n'a dû son salut qu'à son parent, venu lui rendre visite ce jour... J'avais très peur de mourir', explique S. S à ses interlocuteurs. La maman de l'enfant talibé du Daara Thierno Abdoulaye Diop n'a pas voulu piper mot.
Elle a voulu également garder le silence en s'en remettant à Dieu, jusqu'au jour où S. S lui signifie son intention de rentrer après le cours, car ne se sentant pas bien dans le Daara.
Six mois de souffrance sont passés et l'enfant a pris ses vacances pour regagner la maison. C'est durant ces vacances qu'il s'est confié à ses parents qui portent plainte et avisent le directeur de l'école Mamadou Lamine Diop.
Ce dernier ne trouve rien d'autre à dire qu'il mènera sa 'propre enquête' avant de répondre. Sa dernière réponse 'très virulente et déplacée a énervé tous les parents', s'indigne-t-on. L'enquête est ouverte pour voir si S. S est la seule victime des pédophiles du Daara Ahmadiyya.
Abdou Salam n'a-t-il pas de complice dans cette affaire ? Et pourquoi le directeur de l'école continue-t-il de protéger son enseignant. Ce sont autant de questions qui devront trouver réponse.
Daara Ahmadiyya de Rufisque : La direction roule sur l'or, les pensionnaires meurtris par la gale
C'est un contraste qui sévit dans le Daara Ahmadiyya de Rufisque. La direction, composée des fils du marabout Thierno Abdoulaye Diop, roule sur l'or, tandis que les élèves vivent dans le besoin.
L'internat, qui coûte 25 mille francs Cfa par mois aux parents, ne permet pas d'installer de meilleures conditions de vie. Outre, ce cas de pédophilie, des dizaines d'enfants ont la gale.
S.S n'a pas échappé à la maladie. Sur son corps, les traces de la maladie sont déjà visibles. L'enfant en a souffert pendant cinq mois.
Des sources concordantes rapportent que certains parents continuent toujours de soigner leurs enfants qui ont été contaminés au niveau du Daara. C'est le cas de Gorgui Kandji qui s'étonne que les autorités médicales ne puissent pas réagir en temps opportun pour assainir le Daara.
Quant à la direction de l'internat, elle refuse de communiquer sur le sujet. Et pourtant la situation est inquiétante, selon les observateurs.
Copyright © 2008 Wal Fadjri. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.
Read comments. Write your own.