Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Mauvais traitement fait au Colonel (Er) Mamadou Diop -" Pourquoi je suis inquiet"

Moumar GUEYE

15 Octobre 2008


opinion

C'est avec beaucoup d'émotion et une profonde tristesse que j'ai lu récemment dans la presse, les différentes relations informant les Sénégalais de cette malheureuse aventure qui est arrivée au colonel (Er) Mamadou Diop, par ailleurs avocat, ancien officier supérieur de la gendarmerie, ancien ministre et haut dignitaire de la collectivité léboue.

Ma tristesse a été exacerbée quand j'ai entendu sur les antennes d'une radio de la place (Rfm), le communicateur traditionnel Ndiouga Dieng raconter les hauts faits accomplis par le colonel Mamadou Diop pour l'honneur et le bonheur de la République.

J'ai également mesuré la gravité de la blessure morale qu'il a subie, en sa qualité d'ancien élément du prestigieux corps d'élite que constitue la gendarmerie nationale dont la devise est justement : Honneur - Patrie.

Pour que nul ne verse dans l'amalgame, je voudrais préciser que l'objet de cette contribution n'est pas de critiquer des agents de l'Etat dans l'exercice de leur fonction régalienne, encore moins de jeter le discrédit sur des institutions comme la justice, la police ou la gendarmerie dont je connais personnellement les plus hauts dirigeants que je compte parmi mes amis et pour qui je garde un profond respect.

Cependant, force est de reconnaître que quand un citoyen libre est informé d'actes de nature à porter atteinte à l'honneur, à la dignité et au moral d'un autre citoyen, particulièrement quand ce citoyen, du reste peu ordinaire, a tout fait et tout donné pour son pays, obligation lui est faite d'appeler les pouvoirs publics à la réflexion, à la prise de décision et à la mise en place de mesures urgentes et salvatrices contre ces pratiques inacceptables, pour le prestige et l'honneur de la République.

Tout le monde sait et admet que 'dura lex sed lex' (la loi est dure mais c'est loi) et c'est à coup sûr, la raison pour laquelle, derrière cette même loi, la société a formé et désigné des auxiliaires de justice pétris de sagesse et de clairvoyance, afin d'éviter une application aveugle, sans nuance ni discernement, de cette dure loi.

Je n'ose pas croire que ceux qui ont jeté l'officier supérieur et l'avocat Mamadou Diop, à demi nu, dans une chambre de sécurité, ne se sont pas fondés sur une loi de la République.

Autrement, le fait serait d'une extrême gravité. Ainsi, si par extraordinaire, une telle loi existait, il serait alors plus que temps de la déclarer obsolète et inhumaine et de la retourner de toute urgence au temple des législateurs, afin que les honorables élus du peuple la convertissent en loi conforme aux valeurs, à la dignité, aux droits humains et à la démocratie.

Il convient de rappeler que ceux qui sont chargés de rechercher, d'arrêter, d'interroger et de détenir provisoirement leur compatriote pour le compte de la justice, ne doivent jamais perdre de vue qu'un 'accusé' ou un 'suspect' n'est pas forcément un 'coupable', encore moins un 'condamné'.

A ce titre, il doit bénéficier de la 'présomption d'innocence' jusqu'à ce que le juge, seul habilité à statuer en la matière, en décide autrement, au nom de la Loi.

Cet accusé serait-il reconnu coupable et condamné par le juge compétent, nul n'a le droit de porter atteinte à son intégrité physique, à son honneur ou à sa dignité, pour quelque raison que ce soit.

L'éminent islamologue et conférencier Elhadj Tamsir Sakho me disait un jour avec beaucoup de pertinence et d'euphémisme : 'L'arbre le plus utile et dont Dieu a gratifié l'humanité et qui s'appelle en wolof 'soutoura', fait désormais partie des espèces en voie d'extinction'.

Et pour me prouver que le 'soutoura' que l'on pourrait traduire par 'égard' ou 'discrétion', est fondamental dans une société, il me rappela la sourate 35 (le Créateur), verset 45 qui dit ceci : 'Si Dieu avait voulu punir les hommes selon leurs oeuvres, il n'aurait laissé aucun être vivant à la surface de la terre )'.

En d'autres termes, notre Créateur sait mieux que quiconque, que les hommes sont presque tous des fautifs, des fauteurs ou des pécheurs. Mais Dieu préservé ces fautifs et ces fauteurs de son 'soutoura' au lieu de les livrer à la vindicte populaire.

Jésus l'a confirmé en ces termes, quand un jour une foule surexcitée a tenté de lapider une victime. Le Saint Homme leur a alors lancé le défi suivant : 'Que celui qui n'a jamais péché, lui jette la première pierre !' Nul n'a osé parce que tous étaient des pécheurs !

El Hadji Tamsir a également raison dans la mesure où si le 'soutoura' n'était pas en voie d'extinction, le colonel (Er) Mamadou Diop, du fait de son parcours exemplaire et des nombreuses distinctions honorifiques qui lui ont été décernées au Sénégal et à travers le monde, aurait sûrement bénéficié d'égards, de discrétion et de considération exceptionnelle, même si au demeurant, il est justiciable au même titre que tous les citoyens de ce pays.

Le Sénégal a certes aboli la peine de mort, à tort ou à raison. Mais il persiste dans notre pays, des traitements et pratiques que l'on inflige secrètement et parfois en toute légalité à des citoyens et qui sont pires que la peine de mort.

En effet, il y a des humiliations gratuites et inopportunes et des tortures sournoises qui souillent à jamais l'honneur et la dignité d'un humain. En un mot, on tue moralement la personne et on la jette en pâture à la société souvent ingrate et méchante.

Et si cette personne n'a pas la foi, le courage et la patience du colonel Mamadou Diop, elle serait capable de se donner la mort ou de la donner à ses tortionnaires, quoi qu'il advienne.

C'est donc pour moi l'occasion de saluer le grand courage dont a fait preuve Me Mamadou Diop, pour faire face avec autant d'endurance et de patience, à ce qu'il appelle avec une profonde amertume 'une extrême humiliation'.

Je demeure malgré tout plein d'espoir de ne plus voir pareille chose se reproduire dans notre pays, dont le premier magistrat et gardien de la Constitution lui-même, a maintes fois été victime d'injustice, d'arbitraire et de mauvais traitements.

Mais je demeure tout de même inquiet, car nul n'est à l'abri d'une faute ou d'une erreur fatale pour se retrouver un jour sous les liens de la prévention.

Dans ce cas, s'il doit être traité sans ménagement comme un malfrat et jeté nu au fond d'un cachot sale, puant et infesté de moustiques, c'est bel et bien une condamnation à une mort morale, sans peloton d'exécution, sans potence ni effusion de sang, mais une véritable condamnation à mort tout de même !

Que Dieu garde mon pays, le Sénégal, et nous préserve contre l'injustice et l'arbitraire !

Copyright © 2008 Wal Fadjri. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

Read comments. Write your own.


SELECT
SELECT

Le top des actualités