Nord-Sud (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Procès des déchets toxiques - 7 audiences pour rien

Cissé Sindou

14 Octobre 2008


Depuis le 29 septembre, 7 audiences des assises se sont succédé au palais de justice du Plateau autour de l'affaire des déchets toxiques déversés à Abidjan en août 2006. Mais comme on le craignait, ce procès est loin de faire éclater la vérité.

Ils n'avaient pas tort. Les faits sont en train de donner raison à ceux qui ont estimé, dès le départ, que le procès en Cour d'assises sur le scandale des déchets toxiques ne se réduirait qu'à un coup d'épée dans l'eau. Depuis son ouverture le 29 septembre, les 7 audiences qui ont polarisé l'attention nationale n'ont rien apporté de nouveau dans l'affaire, sauf de donner un poids supplémentaire à la thèse qui dit que les vrais coupables ne seront jamais désignés, encore moins sanctionnés.

Ces deux semaines de débats à la barre n'ont jusque-là servi qu'à replonger les nostalgiques dans l'ambiance d'août 2006 où, juste après la découverte des produits toxiques sur plusieurs sites d'Abidjan, les responsables des administrations impliquées dans leur déversement ont tous dégagé leur responsabilité, s'accusant mutuellement. De même, la multinationale Trafigura qui a fait venir les déchets à Abidjan reste muette.

Elle a conclu avec la présidence ivoirienne un arrangement dans lequel elle s'est définitivement mise à l'abri de toute action judiciaire émanant de l'Etat, contre un dédommagement d'un peu plus de 100 milliards de Fcfa. Après ce deal, le représentant de Trafigura à Abidjan, N'Zi Kablan, alors écroué à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan(Maca), a été relâché et accompagné à l'aéroport de Port-Bouët. Sans surprise, son nom ne figure pas sur la liste des accusés. Trafigura n'a même pas été convoqué à la barre.

Contrairement aux patrons présumés responsables. Il s'agit de Marcel Gossio, DG du Port autonome d'Abidjan où les produits ont été débarqués, Doh André, directeur du Centre ivoirien anti pollution(Ciapol) dont les services étaient censés déterminer la dangerosité des slops avant le déchargement, Amondji Pierre le gouverneur du district d'Abidjan, tutelle de la décharge d'Akouédo où une bonne quantité de la cargaison a été déversée.

Par ailleurs, une campagne de démoustication annoncée par le district avec usage de produits chimiques a curieusement coïncidé avec le déversement des produits polluants. Mais en l'absence de Trafigura, seule partie à l'affaire à pouvoir expliquer réellement les conditions et les circonstances dans lesquelles les déchets ont été accueillis au Port d'Abidjan et répandus à travers la capitale économique, ces témoins dont la liste n'est pas exhaustive ne pouvaient que se dédouaner.

On croirait que l'envoyeur a été écarté à dessein pour que cette vérité n'éclate jamais. En tout état de cause, ce procès aux assises ne vaut que par son nom. Et si la « mise en scène » doit aller jusqu'à son épilogue, il faut craindre que les subalternes qui comparaissent en ce moment ne finissent pas par se voir imposer le rôle de moutons de sacrifice. Au grand dam des victimes qui continuent de souffrir.

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