Kimp
15 Octobre 2008
Les sportifs congolais maudissent le sélectionneur national, Patrice Neveu, depuis la double élimination des Léopards de la coupe d'Afrique des Nations et de la Coupe du monde de football, le samedi 11 octobre au Malawi. Le onze national congolais, rappelons-le, a perdu le match de la dernière chance face aux « Flames» (1-2).
L'échec a d'autant fait mal aux filles et fils de la République démocratique du Congo que c'est la seconde fois consécutive, que notre pays va être pointé absent de la coupe d'Afrique des Nations, la dernière déconfiture datant de septembre 2007, à la suite d'un match assassin avec la Libye, au stade des Martyrs.Quant à la dernière participation des Léopards à une coupe du monde, elle remonte à 1974, à l'époque de la belle et historique phalange des Kidumu, Kakoko, Mana, Mayanga, Lobilo, Bwanga, Kazadi, Kibonge, Kembo, Kilasu, Tshinabu, Mukombo, Mwepu, Ndaye, Mavuba, Ntumba « Pouce », conduite par le mythique entraîneur Blagoge Vidinic.
Patrice Neveu est au devant de la scène en raison de sa position privilégiée à la tête de la sélection nationale mais aussi d'immenses espoirs placés dans le groupe qu'il a amené à Blantyre, pour une croisade que tous pensaient victorieuse. Pour n'avoir pas rempli son contrat, l'homme est condamné à « mort », sans appel, par le tribunal populaire. Selon toute vraisemblance, il n'a plus d'autre alternative que de rendre volontairement le tablier, au lieu d'attendre qu'on le lui retire de force.
Les faiblesses de Neveu
En cinq mois de travail, les sportifs congolais ont le sentiment que Patrice Neveu n'a rien apporté à l'équipe nationale : ni fond de jeu, ni esprit d'équipe, ni résultats. L'une de ses grandes faiblesses était son ignorance des joueurs, locaux comme professionnels. A chaque rencontre, il donnait l'impression de présélectionner les athlètes, de les aligner et de procéder aux changements sous la dictée d'un souffleur très mal inspiré.
On l'a vu par exemple faire jouer deux avants centres Nonda et Mbokani, et garder sur la touche les coéquipiers qui pouvaient « arroser » l'un ou l'autre en ballons, à savoir Matumona, Mputu Trésor et Mbala « Biscotte ». A propos de ce petit génie fort prisé par l'un de ses prédécesseurs, Claude Le Roy pour ne pas le citer, l'on continue de s'interroger sur les raisons de son éloignement du groupe Léopards. Pourtant, selon les échos en provenance de Suisse, « Sauvons le Congo» est en forme.
Beaucoup se sont mis à douter de son coaching après la défaite du Caire contre l'Egypte (1-2) et surtout celle de Kinshasa contre les mêmes Pharaons (0-1), lorsqu'il s'est permis de faire jouer un Trésor Lualua incapable de tenir sur ses deux jambes. Samedi dernier, il a réédité la même erreur d'appréciation en alignant deux malades, Dieumerci Mbokani et le gardien Kidiaba, dans un match qui exigeait un engagement physique de tous les instants et du souffle à revendre.
Patrice Neveu était passé maître en essai- erreur, disqualifiant et rappelant Bokese Gladys, Mputu, Matumona, Mbayo, Lofo, Kulukuta et autres au gré des circonstances. Il a plusieurs fois appelé Lelo Mbele sans l'utiliser à bon escient, allant même jusqu'à chercher à intégrer Bokungu dans une équipe en fin de parcours.
S'agissant des professionnels ou ceux prétendus tels, les Congolais ont constaté qu'ils sont presque tous absents des équipes des premières divisions des championnats européens qui comptent : Angleterre, Espagne, Italie, Allemagne, France. Tout le monde suit les matches de la Champion's League Européenne : les joueurs congolais y sont totalement absents. L'unique qui y avait tenté une brève apparition est Mbokani, éliminé avec Standard de Liège par Liverpool dès les préliminaires. On peut ainsi se demander si l'on ne peut pas trouver au pays mieux que Yenga, Sami Joël, Tshiolola, Mbayo, etc.
Championnats nationaux: nivellement par le bas
Lorsque l'ex-Zaïre terrorisait toute l'Afrique du football, durant la décennie '70, avec ses Saio Mokili, Kalala, Katumba, Kibonge, Kazadi, Bwanga, Lobilo et autres Ndaye, c'était avec les locaux. Mais alors, il existait dans chaque ville importante du pays des championnats de tous les âges (minimes, cadets scolaires, universitaires, militaires, juniors non bottés, juniors bottés, seniors), lesquels opposaient des équipes d'égal niveau à tous les échelons. A Matadi, à Kinshasa, à Kananga, à Mbuji-Mayi, à Lubumbashi, à Mbanza-Ngungu, à Kisangani, comme à Bukavu, les talents en herbe comme des « artistes » confirmés se rencontraient à foison.
On voyait ainsi des « étoiles » succéder à d'autres au fil des générations. Aux « ancêtres » tels que Mokuna Trouet, Bonga-Bonga, Balondo, Assaka, Mayunga étaient substitués plus tard les Mawa, Kalala, Kassongo, Kabamba, Kibonge, Mokili, Ngenibungi, Kankonde, Tshiamala « Machine », Ndaya, Ndaye, Kanyinda, etc. Ceux-ci faisaient plus tard la jonction avec les Mayanga, Mayaula, Mbabu Zumbel, Kembo, Kidumu, Kakoko, Bwanga, Pépé Mvukani, etc. Puis, on a enregistré la vague des Mayele, Kiyika, Lofombo, Muntubile Santos, Massengo, Bobutaka Bobo, Merikani, Mbala Covo, Mobati, Kabongo Ngoy, etc.
Depuis leur fin de carrière, et la désorganisation qui marque la Coupe du Congo ainsi que le championnat de la Ligue Nationale de Football, une terrible cassure se constate dans la détection de nouveaux talents. La faiblesse de l'opposition entre équipes dans les différents championnats locaux prive la RDC d'être compétitive au plan tant des clubs que de l'équipe nationale en Afrique.
Or, la force des Léopards aurait dû venir des compétitions nationales de haut niveau, dans le style du « Championnat national direct » imaginé en 1980 par feu Frédéric Kibassa Maliba, avec le concours des pionniers créateurs de la Ligue Nationale de Football (Linafoot). Dans la conjoncture actuelle, il n'est plus possible d'avoir un Daring fort, un Mazembe fort, un V.Club fort, un Lupopo fort, un Sanga Balende fort, un Tshinkunku fort, un Malekesa fort, un Bukavu Dawa fort, un Vutuka si ces équipes ne peuvent se rencontrer, de manière régulière, dans une compétition nationale unique.
A Kinshasa, il a été décidé de fragiliser davantage Daring, V.Club et Dragons en les empêcher de jouer un même championnat. Le fait de réunir en fin de saison deux ou trois équipes de Kinshasa, de Lubumbashi, de Kisangani ou de Mbandaka participe davantage au nivellement par le bas de notre football. Par ces temps des cinq chantiers, il est souhaitable que chaque chef-lieu de province soit doté d'un stade répondant aux normes internationales et capable de rentabiliser le produit football. Sans cela, on va continuer à tourner en rond, dans un amateurisme des pauvres, facteur principal de l'évasion des talents vers l'étranger.
Relance du football d'âge, aménagement d'installations sportives, sponsoring transparent, formation des cadres techniques et administratifs, encadrement et gestion responsable des clubs, réorganisation des compétitions locales, provinciales et nationales sont autant de préalables à la renaissance du football congolais. Maintenant ou jamais, l'Etat congolais devrait penser à financer de grands travaux dans le secteur du sport en général et du football en particulier. Les résultats sportifs se préparent aussi.
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