E. Massiga FAYE et Omar NDIAYE
16 Octobre 2008
Ses débuts de stage photographique au journal Le Soleil, son expérience musicale avec le West African Cosmos (WAC), la relation entre l'image et le son dans sa démarche artistique, son succès auprès du public sénégalais et à l'étranger, son penchant pour le Bouddhisme ou encore sa relation avec son frère, le cinéaste Djibril Diop Mambéty.
Ce sont entre autres les grandes lignes qui ont rythmé les échanges à bâton rompu entre le musicien sénégalais Wasis Diop et la rédaction du quotidien Le Soleil dont il était l'invité lundi 13 octobre 2008. Nous vous proposons en grand format, la rencontre avec cet artiste au talent immense qui refuse d'être enfermé dans un registre musical.
« Je suis impressionné, j'ai la pression, mais en même temps je pense que cette pression est relative. Mais c'est curieux, il n'y a pas de coïncidence dans la vie parce que le journal Le Soleil est une publication qui fait partie de mon propre parcours.
Je me souviens, avant d'aller en France, je suis venu faire un stage au Soleil parce que j'étais passionné par le photo-journalisme. Je suis venu, j'étais bien accueilli, à l'époque c'était avec le beau et gentil Bara Diouf qui m'avait permis de faire ce stage d'un mois.
Je me souviens aussi de Guy Carrages, patron de ce journal à l'époque, avec sa belle voiture allemande et son chauffeur. J'avais à peine une vingtaine d'années. C'est vous dire que j'ai vraiment connu cette maison, et surtout les photographes avec qui je travaillais.
Dans cette salle je reconnais d'ailleurs quelques visages. C'est pour cela que je me sens vraiment chez moi. Il y a aussi le film La petite vendeuse de Soleil de mon frère aîné Djibril Diop Mambéty qui vous dit sans doute quelque chose.
Je pense qu'il y a une relation entre ce journal et les artistes que nous sommes. Je suis vraiment honoré de votre accueil. C'est quelque chose que je n'oublierai pas.
Et puis il y a ce garçon (notre confrère Modou Mamoune Faye, ndlr) que je croise souvent dans les aéroports avec une valise, en partance quelque part. Nous échangeons souvent sur mon actualité.
En tant qu'artiste, mon frère (Djibril Diop Mambéty, ndlr) encore plus que moi, je m'efforce tout simplement de perpétuer, de rendre ce que le Sénégal m'a donné quand j'étais enfant. Je sais qu'ici on parle de beaucoup des difficultés.
Moi quand j'étais petit j'avais aussi des difficultés que j'ai vécues plutôt comme un facteur absolument positif. C'est dans la difficulté que les gens se révèlent, que le combat est possible. Sans difficulté on n'a pas grand-chose. Mon frère et moi, on a bataillé pour réaliser ce que l'on voulait faire et je tiens à le souligner.
Et grâce au travail de journalisme que vous faites, cela nous donne, nous artistes, une idée de ce que nous sommes et de ce nous faisons. J'ai la pression en étant devant vous, mais je me rends compte que j'arrive à parler. Je dois donc me sentir un peu chez moi ».
DÉBUTS AVEC LE WEST AFRICAN COSMOS : « Il y a toujours des fondations dans une maison. On ne peut pas construire des murs dans le vide. Moi-même il m'arrive d'oublier le . Il faut qu'on me pose des questions pour que je me mette à en parler.
Ce groupe constitue mes fondations même sur le plan musical et je suis resté complètement fidèle à cette appellation. C'est un groupe que j'ai connu avec Emmanuel Gomez plus connu sous le nom de Umban Ukset et qui était le premier grand chanteur solo du Star Band de Dakar.
Je me rappelle quand j'étais petit, j'étais fan du Star Band et surtout de ce chanteur qu'on appelait Emma. Et le hasard a fait que qu'après mon stage au quotidien Le Soleil, qui était très important pour moi car je voulais devenir photographe professionnel, je suis parti à Paris pour faire un autre stage à Kodak et dans des agences de photo.
Il se trouve que j'ai croisé la musique tout à fait par hasard. J'ai rencontré Umban Ukset et tous les deux nous avons commencé à travailler ensemble. Moi, j'avais ma guitare.
C'est comme cela qu'est né le West African Cosmos. Pendant quelques années, Umban et moi avons évolué en France dans le flux de l'énergie, mais aussi de la naïveté parce que nous étions très jeunes, sans souci, sauf le souci de devenir quelque chose parce que nous étions des étrangers dans ce pays.
Et Dieu sait qu'en tant qu'étranger nous envisagions de revenir chez nous et de porter quelque chose qui nous tenait à coeur et qui était pour moi le Sénégal.
Le nom de West African Cosmos a été trouvé avec Umban. Nous étions assis et nous nous disions qu'il fallait trouver un nom.
Moi j'ai dit West African, je me suis arrêté, je ne pouvais pas aller plus loin, lui m'a regarde et a dit Cosmos. C'est une belle histoire. Pour vous dire à quel point l'idée d'englober l'Afrique dans cette initiative était présente dans nos esprits.
Déjà, nous étions dans le panafricanisme dans cette évocation du WAC si l'on sait que le cosmos englobe une globalité non négligeable.
Très tôt, nous voulions faire de la musique africaine, mais pas uniquement de la musique sénégalaise parce que pour nous cela n'avait pas de sens. Nous nous définissions comme des gens qui voulaient sortir des sentiers battus de la musique africaine, qui était une musique de danse, et nous inscrire dans une perspective un peu plus large, c'est-à-dire une musique qui s'écoute.
C'est vraiment ce qui m'a fondé et jusqu'à présent, il y a des chansons que j'ai faites dans mon dernier album dans cet esprit. Par exemple avec le titre « Juddi Bek » c'est vraiment la musique du WAC. C'est tout simplement mon école de musique.
C'est là où j'ai appris à formater l'idée de la composition, de la rigueur musicale et surtout de la recherche. Souvent la musique africaine moderne était perçue par les étrangers, en dehors des musiques traditionnelles, comme une musique d'ambiance.
Et nous avions le souci de montrer que l'Afrique était une terre de réflexion, de sentiments profonds et qu'on pouvait l'exprimer dans la musique moderne ».
L'EPHEMERE EXPERIENCE DU WAC : « Avec le West African Cosmos dont l'expérience n'a duré que cinq ans, nous avons été rattrapés par notre inexpérience, par notre jeunesse.
Nous manquions complètement de sagesse et étions peut-être grisés par notre succès car notre album qui s'appelait aussi West African Cosmos (sorti en 1975) produit à l'époque par CBS qui était l'une des plus grosses maisons au monde de production au monde.
C'est là-bas où Miles Davis enregistrait ses disques. Avoir était accueilli dans une major comme celle-là représentait déjà une satisfaction et c'est peut être cela qui nous a fait perdre la tête. C'était quand même assez gratifiant. Et je pense que nous avons été tout simplement victimes de notre inexpérience du fait que nous étions jeune et que nous pensions qu'après cet album chacun de nous pouvait faire valoir sa dimension personnelle.
C'était sûrement une erreur. Heureusement que ce groupe a laissé des traces. Le master du premier album est toujours là. En toute modestie, je n'ai rien entendu d'équivalent depuis ce disque. Et aujourd'hui quand nous écoutons cet album, nous sommes étonnés par la dimension musicale et l'ambition qui soutenaient cette entreprise.
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