Adel Latrech
17 Octobre 2008
L'allégeance aux critères égyptiens et africains, Adel El Siwi est un artiste qui nous vient du pays du Nil où il jouit d'une grande renommée dans les milieux de la peinture. Il s'est déjà fait un public en Tunisie où il a exposé à plusieurs reprises, d'une façon toute particulière chez Aïcha Gorgi.
Portrait de la chanteuse égyptienne Leïla Mourad
Dans la vie d'un artiste, il est une règle impérieuse à laquelle il doit se conformer et, même, se soumettre : le retrait du monde, le recul dans ses choix, la démarche.
Ce chemin singulier, Adel El Siwi l'a choisi depuis longtemps déjà, faisant mûrir au soleil de la Haute-Egypte une oeuvre au souffle long, au rythme soutenu, qui en dit long sur ses penchants et ses préoccupations.
Son appartenance à l'Egypte, le pays des Pharaons et berceau de toutes les civilisations, a fait naître en lui un sentiment d'orgueil mêlé à une tendance, assez forte, à l'ethnocentrisme.
Ses oeuvres, exceptionnellement belles et originales, nous révèlent un artiste profondément imbu et pénétré de cette vanité, si caractéristique aux Egyptiens et qui se rapproche beaucoup de l'égocentrisme.
Contre toute attente, l'identité de l'artiste égyptien s'oppose, en vérité, à l'avènement d'une société multiculturelle.
La seule explication à ce phénomène est son souci constant de préserver le lien qui le rattache à ses racines africaines et égyptiennes, les pharaoniques, bien sûr.
Cette double allégeance a été une étape décisive dans la formation de son identité culturelle.
En accordant la primauté de ses dessins à la tradition pharaonique qu'il dépeint fort bien à travers les icônes, les masques évoquant les bas-reliefs ou les portraits de Akhénaton, Aménophis ou Apis, le dieu qui porte le nom égyptien du Nil, Adel El Siwi ne fait que sauvegarder la mémoire de cette Egypte méditerranéenne et africaine.
Une Egypte incompatible avec la vision que des esprits obscurantistes, des illuminés assez fous, tentent, aujourd'hui, de lui coller. Une vision mutilante puisqu'elle fait abstraction de tout ce qui est antérieur au VIIe siècle.
Volupté, glamour et beauté
Il n'y a pas que le passé avec ses images figées qui semble avoir de l'intérêt pour l'artiste. Son présent le ramène toujours aux grandes stars du cinéma arabe des années 40 à 60, les anciennes gloires, beautés fatales, qui ont nourri ses phantasmes d'adolescent.
Des légendes qui avaient pour nom Hind Rostom, Leïla Mourad, Tahiya Carioca, Samia Gamal, Chadia, Faten Hamama, Ismahan, etc.
A voir certains portraits de ces monstres sacrés, on se sent comme saisi par leur charme sensuel.
L'effet subtilement grisant de ces créatures de rêve, le plaisir visuel que suscitent en nous ces images nostalgiques du passé, celui de l'âge d'or du cinéma égyptien, ne peut nous les rendre que plus attrayants.
A l'occasion de l'hommage, rendu par l'Institut du Monde arabe à Paris, à la grande diva égyptienne, Oum Kalthoum, Adel El Siwi a réalisé le portrait de l'artiste qui fleurit un peu partout à Paris et orne les murs des stations du RER.
Un grand artiste à découvrir absolument.
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