La plateforme pour un commerce équitable, qui oeuvre depuis 1997, à la réduction des inégalités engendrées par le commerce conventionnel, s'est muée en plateforme pour une justice économique en 2008. La Confédération paysanne du Faso (CPF), chef de file de la plateforme, a lancé la "Campagne justice économique" (CJE), le jeudi 16 octobre 2008, à Bama (commune rurale située à 25 kilomètres à l'Ouest de Bobo-Dioulasso). Le lancement de cette campagne a été suivi d'un panel sur l'accroissement de la production agricole.
L'agriculture burkinabè, essentiellement de type familial, est la principale activité de production. C'est fort de cette conviction que la CPF, par le truchement de la CJE, plaide pour que les décideurs encouragent la production locale par des décisions politiques efficientes. Dans un mémorandum présenté lors du lancement de la campagne à Bama, les
Rien que du riz local au menu lors du lancement de la CJE. Une façon de stimuler la consommation des produits locaux.
producteurs burkinabè ont exprimé leur souci de pouvoir réduire la vulnérabilité d'une agriculture conditionnée par les aléas climatiques, augmenter la productivité et la compétitivité de leurs spéculations agricoles. La question du foncier, l'accès aux intrants et aux équipements agricoles, la sécurité alimentaire et la protection de l'agriculture familiale sont, entres autres, les préoccupations qui tiennent à cÅ"ur les producteurs.
C'est pourquoi, ils proposent que plus d'efforts soient consentis au profit de l'agriculture familiale plus que l'agrobusiness, "synonyme d'expropriation de paysans". Ils suggèrent même le gel des importations de riz par exemple ou sa taxation, le cas échéant, pour soutenir la production locale. Le représentant des producteurs des différentes plaines rizicoles du pays, Abdoulaye Ouédraogo a d'ailleurs regretté l'époque où l'Etat finançait les intrants agricoles à chaque campagne, facilitait l'écoulement de la production tout en protégeant le marché par l'entremise de la défunte Caisse générale de péréquation (CGP).
Après une période de désengagement durement vécue par les producteurs, ceux-ci saluent le retour de l'Etat à leurs côtés suite à la flambée des prix intervenue en 2007, mais n'oublient pas de rappeler que "l'achat de semences de riz par l'Etat a privé les étuveuses de travail et de revenus et les producteurs n'ont toujours pas été payés intégralement". Le secrétaire général adjoint de la CPF, Marc Gansoré, qui a présenté la "Campagne justice économique", a soutenu que les acteurs s'accordent à dire qu'il faut financer l'agriculture locale pour booster la production nationale d'une part et pouvoir satisfaire voire garantir l'alimentation des populations, d'autre part.
Cela parce que, selon lui, le secteur compte le maximum (92%) de pauvres alors même qu'il participe à hauteur de 80 % aux recettes d'exportation et occupe, dans les mêmes proportions, la population active. Les acteurs de la CJE souhaitent donc pour que la lutte contre la pauvreté accorde davantage de priorités au secteur agricole par un accroissement permanent du financement de l'agriculture, la valorisation et la transformation sur place des produits agricoles, la consommation locale.
Du reste, les étuveuses, les organisations paysannes ont eu des échanges avec les premiers responsables de la CPF et les organisations partenaires, au cours desquels ils ont exposé leurs problèmes du moment. Après une visite commentée sur les parcelles de riz de la vallée du Kou, les invités ont eu droit à un repas dit de "souveraineté alimentaire" à base de riz local assaisonné au "soumbala".
Un dîner a prolongé le débat sur la problématique du riz local dans la soirée du 16 octobre à Bobo-Dioulasso. Les panélistes étaient issus de la CPF, de la Ligue des consommateurs, de la Fédération des agro-industries du Burkina, du ministère du Commerce, de la Promotion de l'entreprise et de l'Artisanat. Les échanges, animés par le modérateur Rémi Dandjinou de la chaîne de télévision Canal 3, ont porté sur l'accroissement durable de la production agricole et sa valorisation.
Procès de la politique agricole de l'Etat
Mais les discussions ont tourné en un procès de la politique agricole menée par l'Etat. Selon le père Maurice Oudet, altermondialiste actif et président du Service d'édition en langues nationales (SEDELAN), "il n'est pas normal qu'on attende une période de crise alimentaire pour voir les ministres dans les rizières". Pour lui, l'engagement de l'Etat doit s'inscrire dans la durée.
Et Marc Gansoré de la CPF d'ajouter que les engagements pris par les chefs d'Etat africains, de soutenir l'agriculture n'ont pas été respectés. Théophile Dipama du Comité interprofessionnel du riz du Burkina (CIR-B), relève quand même que l'Etat a consenti 84 milliards pour l'aménagement de la seule vallée du Kou et "qu'il peut faire davantage s'il le veut". Pour importer du riz, soutient-il, un téléphone portable, un magasin et une secrétaire suffisent, alors que le produire localement implique des investissements, "bénéfiques à terme pour tous les maillons de la chaîne".
Raison pour laquelle certains producteurs ont appelé l'Etat à mettre fin aux importations "sauvages" de riz pour que l'agriculture familiale ne s'effondre pas. "Le Burkina Faso ne représente pas grand-chose dans le commerce mondial et une éventuelle décision des autorités de subventionner son agriculture n'entraînerait pas de plaintes à l'OMC", a rassuré le représentant d'Oxfam international, une Organisation non gouvernementale (ONG) qui lutte pour le commerce équitable.

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