Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: l'Arrestation irrégulière le 7 octobre 2008 d'un citoyen équato-guinéen jouissant du statut de réfugié dans notre pays

Essama Essomba

21 Octobre 2008


Le gouvernement a réagi fermement hier à l'arrestation irrégulière le 7 octobre 2008 d'un citoyen équato-guinéen jouissant du statut de réfugié dans notre pays par deux policiers camerounais indélicats. Le communiqué rendu public par le ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures chargé des relations avec le monde islamique est sans équivoque à cet égard.

« Le ministre des Relations extérieures tient à préciser que le gouvernement du Cameroun n'est, d'aucune manière, impliqué dans cette regrettable opération, qui est une initiative propre de deux personnels de la Sûreté nationale. » Cette regrettable manoeuvre ne pouvait ni passer inaperçue ni laisser indifférent.

Le colonel Cipriano Nguema Mba, réfugié politique équato-guinéen au Cameroun depuis 2003, a été interpellé et arrêté par l'inspecteur de police Ndam-Ibrahim en service à la police judiciaire à Yaoundé et le gardien de paix Ndam Amadou, en service au commissariat central aux renseignements généraux du Mfoundi à Yaoundé, acte commis en marge des conventions internationales signées par le Cameroun et les protocoles y afférents, ainsi que des lois en vigueur dans notre pays.

Des sources concordantes précisent que cette initiative répréhensible aurait été prise contre une promesse de « dessous de table » d'un montant de quinze millions de francs.

Cette arrestation arbitraire pouvait d'autant moins passer dans l'ombre qu'elle a soustrait de son domicile et de la circulation un réfugié en règle qui a été « exfiltré par l'ambassade de Guinée Equatoriale à Yaoundé ».

Elle a suscité de vives interrogations de la part de la représentation du HCR (Haut commissariat aux réfugiés) à Yaoundé, semant l'effroi et le doute dans les milieux des réfugiés, sur la nature et la qualité de la protection à laquelle ils ont droit. Voilà pourquoi le ministre des Relations extérieures a saisi l'ambassade de Guinée Equatoriale au Cameroun afin qu'elle fournisse au gouvernement camerounais toutes les informations permettant de faire la lumière sur cette situation.

La réaction des autorités camerounaises atteste que l'Etat est bel et bien soucieux de mettre de l'ordre dans les rangs de la police et de sanctionner les écarts de comportement dûment constatés.

Voilà pourquoi le délégué général à la Sûreté nationale a signé le 17 octobre 2008 par délégation du président de la République, deux décisions de sanctions à l'encontre des deux policiers concernés.

Tous les deux sont suspendus de leurs fonctions pour une durée de trois mois, en prélude à leur traduction devant le Conseil de discipline de la Sûreté nationale et sans préjudice des poursuites judiciaires engagées à leur encontre.

A travers ces décisions, le Cameroun réaffirme également qu'il demeure respectueux de ses engagements internationaux vis-à-vis des réfugiés. Notre pays a signé et ratifié plusieurs instruments internationaux portant sur les réfugiés, notamment la convention de 1951 relative au statut des réfugiés ainsi que le protocole de 1967, et la convention de 1969 régissant les aspects spécifiques aux problèmes des réfugiés en Afrique, convention en vigueur depuis le 20 juin 1974.

Le dispositif national légal et réglementaire s'appuie sur les textes de ces conventions. Aussi le Cameroun assure-t-il la protection des réfugiés, particulièrement en interdisant leur refoulement pour des raisons autres que la sécurité nationale de notre pays et l'ordre public.

La violation, à l'initiative personnelle de deux policiers, des conventions évoquées et celle du dispositif national en faveur de la protection des réfugiés est d'ailleurs de nature à ternir l'image du Cameroun.

La prise de position du gouvernement tout comme les décisions annoncées par le délégué général à la Sûreté nationale viennent donc opportunément combattre une mauvaise action qui aurait pu ternir l'image du Cameroun.

Elles apparaissent aussi comme un avertissement pour tous ceux du corps de la police qui seraient tentés par les arrestations irrégulières ou les abus d'autorité.

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