Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Séjour en France d'El Hadj Moustapha Sylla - Le Khalife général de Taïba fait la leçon aux immigrés

Youssouph CISSE

22 Octobre 2008


Le Khalife général de Taïba (Marsassoum/Sédhiou), El Hadj Moustapha Sylla a, sur invitation des Sénégalais de Bordeaux, passé un séjour d'un mois en France (15 septembre au 10 octobre dernier ) pour animer une série de conférences religieuses. C'est ainsi que les thèmes de l'éducation, du mariage et de la parenté, entre autres, ont été introduits par le conférencier qui, en plus de Bordeaux, s'est rendu à Paris, Lyon et Saint-Etienne, pendant le mois béni de Ramadan.

Bordeaux (Correspondance Particulière). Le Khalife général de Taïba (Marsassoum-Sédhiou), El Hadj Moustapha Sylla a séjourné durant un mois en France (du 12 septembre au 10 octobre dernier), sur invitation des Sénégalais de Bordeaux pour animer une série de conférences pendant le mois béni de Ramadan.

Il a introduit, à Bordeaux, le thème de « L'importance de l'éducation dans la société ». Il a assimilé l'éducation à un cadeau que Dieu a offert à tous les descendants d'Adam.

Elle est, dit-il, le fondement de toute chose, quelle que soit par ailleurs son importance, sur cette terre. « Il suffit de voir les animaux pour se rendre compte qu'ils leur manquent ce fondement précieux.

C'est pourquoi, quand un animal met bas, les petits se dispersent dans la nature. Or, Allah a créé l'homme pour qu'il fasse l'apprentissage de l'humanité au sein de la société », fait-il remarquer.

En confiant un enfant à un couple, Dieu met entre les mains des parents, souligne le marabout, une lourde responsabilité : celle d'éduquer leur fils pour en faire un être sociable.

Forger les hommes de demain...

Le défi des parents, c'est de forger des hommes de demain sur qui la société peut compter. Le Prophète (Psl), par exemple, n'a pas été, dit-il, choisi par Dieu parce qu'il appartient à telle tribu, à telle race ou à telle famille, mais il a été l'élu d'Allah du fait de son comportement exemplaire qui se manifestait par le respect des prescriptions d'Allah.

« Si bien que quand on a demandé au Prophète (Psl) quelle est votre mission sur terre ? Il répond en ces termes : « Je suis là, au nom d'Allah, pour convaincre les hommes d'avoir de bons comportements tels que prescrits par Allah et redoubler d'efforts dans cette voie. Et surtout bannir tout ce qu'Allâh a proscrit », explique le guide.

Le marabout a insisté sur le fait que rien, pas même l'or ou le diamant, ne peut égaler le comportement exemplaire tel que prescrit par l'Islam.

« Car tu peux avoir des milliards, si tu n'as pas un comportement de bon musulman, ta fortune s'envolera. Par contre si tu n'as pas d'argent et que tu as un comportement de bon musulman, celui-la peut t'aider à avoir une fortune », explique-t-il.

Le préalable à tout cela, c'est d'avoir un bon couple. Ce n'est pas un hasard si Dieu a laissé à l'homme ou la femme le libre choix de son épouse ou époux.

Le mariage doit être précédé d'une période d'observation au cours de laquelle les futurs conjoints vont apprendre à se découvrir, à se connaître pour voir si leur comportement peut déboucher sur un esprit de tolérance, d'amour et de solidarité. Le couple solide, dit le Khalife général de Taïba, est le socle sur lequel repose la bonne éducation des enfants.

Le drame des enfants d'immigrés

En effet, il reconnaît que les immigrés ont fait beaucoup de sacrifices pour leurs enfants. « Mais le drame est que ces enfants ne comprennent pas les langues de leurs parents.

Ils ne connaissent pas l'Afrique, encore moins sa culture. Ces enfants d'immigrés ne savent pas quelles sont les priorités du continent.

Dans dix ans, ces enfants vont devenir des « Français noirs », constate le guide religieux, avant d'ajouter : « Ces enfants ont reçu une mauvaise éducation.

Ils ne savent rien de l'Islam et de leur culture. Il y a des Mohammed, Ismael, Boubacar etc, mais est-ce des musulmans ? Peut-être que les enfants ont honte de changer de nom et de prénoms pour devenir de Paul, Joseph et René.

Malheureusement, la rue est devenue leur école où ils rencontrent d'autres Français qui n'ont pas reçu une bonne éducation. Les Français bien éduqués ne sont pas dans les rues, ils sont chez eux ».

Le guide religieux pose alors le problème en termes de préjudice que ces immigrés (du fait de la mauvaise éducation qu'ils ont donnée à leur progéniture) ont fait subir au Continent qui ne peut plus compter sur ces enfants pour décoller.

De grâce, parlez à vos enfants vos langues

El Hadj Moustapha Sylla a lancé un appel aux parents immigrés : « Laissez l'école et la rue parler la langue française à vos enfants, mais dans vos maisons, de grâce, parlez-leurs vos langues ».

Mais il a été interpellé par les immigrés qui ont souligné les contraintes de la législation française qui protège les enfants, en interdisant aux parents de frapper leur progéniture. « Vous n'avez pas besoin de battre vos enfants pour les éduquer.

D'ailleurs, l'Islam n'a pas dit de frapper les enfants pour les éduquer. Notre religion a toujours privilégié en toute chose la discussion, le dialogue.

Il faut parler aux enfants, les convaincre qu'ils constituent une dette envers la société et que, sur cette terre, chaque chance doit être exploitée au maximum pour faire du bien ».

En somme, souligne le Khalife général de Taïba, « l'éducation est un aspect important dans notre religion, pour ne pas dire le plus important.

Elle est le fondement, la base même sur laquelle notre communauté va se reposer pour se constituer et se reconstituer, par la transmission de nos valeurs et nos principes aux générations à venir ».

Paris- La première discussion dans la capitale française a trait sur « l'importance de l'immigration ». El Hadj Moustapha Sylla fera d'abord remarquer que c'est un phénomène qui ne date d'aujourd'hui dans notre pays, encore moins dans la région de Casamance.

Plusieurs générations se sont adonnées aux travaux saisonniers en quittant le Sud pour aller au Nord, après avoir eux-mêmes cultivé leur arachide. Le phénomène a évolué jusqu'à traverser nos frontières. Mais cette immigration, dit-il, doit obéir à un certain nombre d'exigences.

« On arrive dans le pays d'accueil avec notre comportement, notre culture, notre religion. La plus grave erreur est de se renier, en adoptant une autre culture, surtout dans ce qu'elle a de mauvais.

Non, vous devez rester vous-mêmes, en prenant à l'autre ce qu'il a de meilleur et laisser ce qu'il a mauvais », souligne le guide religieux.

Il reconnaît que les immigrés d'origine casamançaise ont construit des mosquées, donné à des parents des billets d'avion pour effectuer le pèlerinage à la Mecque, envoyé de l'argent aux familles restées au pays. « Après avoir fait ces gestes, vous vous êtes arrêtés.

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