Justin Daboné
22 Octobre 2008
Mon dernier voyage dans un pays lointain date du 31 mai 2007. C'était au Mozambique, dans le cadre de la 4e journée des éliminatoires de la CAN 2008. Ceux qui ont une bonne mémoire se rappellent certainement avoir lu mon carnet de voyage sur Maputo, où j'avais conté de belles choses. Un an après, j'ai pris l'avion mais, cette fois, pour le Burundi, dans la région des Grands Lacs. Un autre pays qui a vécu la guerre civile, mais qui jouit aujourd'hui de la paix. Toutefois, on semble n'avoir pas oublié le passé puisque la nuit venue, Bujumbura n'existe pas.
Pour aller à Bujumbura, la capitale du Burundi, il n'y a pas de vol direct à partir de Ouagadougou. Avec Armelle voyages et tourisme, le ministère des Sports et des Loisirs (MSL) a opté, pour les journalistes, pour l'itinéraire suivant : Ouaga-Bamako, Bamako-Naïrobi et Naïrobi-Bujumbura.
Pour effectuer un tel voyage, il faut avoir une santé de fer pour ne pas souffrir pendant le trajet. Le départ pour ce long périple a commencé le mercredi 8 octobre 2008.
A 14 h 40 TU, les cinq envoyés spéciaux des différents organes de la place (Gabriel Barrois de radio Burkina, Fernand Kouda de Sidwaya, Joseph Dabiré de la télé plus son cameraman, Arthur Ouédraogo, et Justin Daboné de L'Observateur Paalga) étaient tous présents à l'heure de la convocation.
Les voyageurs en partance pour Bamako n'étant pas très nombreux, les bagages des uns et des autres sont enregistrés en un laps de temps. Puis, on passe aux formalités de police avant de rejoindre la salle d'attente, après l'éternel contrôle qui est toujours rigoureux, sinon même sévère.
Ce qui est parfois emmerdant, c'est qu'il faut enlever sa ceinture, sa montre et même ses souliers. On ne peut passer tant que le scanner de sécurité décèle un objet bizarre. Sécurité oblige, et on n'y peut rien. Espérons qu'un jour on n'ira pas jusqu'à vous demander d'enlever votre pantalon.
Dans la salle d'attente, des voyageurs profitent du peu de temps qui reste pour faire des appels. Des portables sonnent à tout moment et, bien entendu, on donne sa position.
Tout à coup, une voix de femme demande aux passagers en partance pour Bamako d'embarquer. Un car nous dépose à quelques mètres d'un appareil de la compagnie du bon voisinage, Air Burkina.
Une nuit à Bamako
16 h 51. L'avion quitte le sol, tournoie avant de s'éloigner en déchirant le ciel. Après une collation servie à tout un chacun, c'est à 17 h 55 que l'oiseau de fer se posera à l'aéroport Bamako Senou. Dans cette ville, nous passerons une nuit et, le lendemain, toute la matinée.
C'est le soir (jeudi 9 octobre), vers les 17 heures, que les cinq hommes de presse repartent à l'aéroport. Au moment où nous enregistrons nos bagages pour Bujumbura à l'aide du chef d'escale d'Air Burkina à Bamako, nous voyons des joueurs, habillés d'une veste bleue, la cravate bien nouée et d'un pantalon blanc.
Renseignement pris, ce sont les Harambee Stars du Kenya, qui viennent de Nairobi et qui s'apprêtent à prendre un autre vol pour se rendre à Conakry, où ils doivent disputer leur dernier match de la 6e journée des éliminatoires combinées de la CAN et du Mondial 2010. Ils sont arrivés avec Kenya Airways, qui a immédiatement continué à Dakar pour prendre des passagers, avant de revenir à Bamako.
J'ai tout de suite compris que c'est avec cet avion que nous partirons pour Bujumbura via Nairobi. J'étais un peu inquiet quand je me suis rappelé que c'est un appareil de cette compagnie (un Boeing 737-800) qui s'était écrasé avec tous ses occupants peu après son décollage de Douala, au Cameroun, dans la nuit du 4 au 5 mai 2007.
C'est vrai qu'une catastrophe aérienne n'arrive pas tous les jours, mais je n'étais pas du tout tranquille sans pour autant avoir la trouille. L'avion, entre-temps, était de retour de la capitale sénégalaise.
L'angoisse
Lorsque vint le moment de partir, j'étais de plus en plus étreint par l'angoisse. Surtout quand, sorti de la salle d'attente, je vis l'appareil de transport, un Boeing 737-700. Je monte à bord et je cherche le siège où je devais m'asseoir en fonction du numéro de ma carte d'embarquement. Pourquoi, diable, m'a-t-on attribué le siège 19 B ?
Une personne de forte corpulence comme moi, on aurait pu lui épargner ce siège du milieu. Mais on n'a sans doute pas tenu compte de cela (ne me connaissant probablement pas) et me voilà avec un autre calvaire. Celui qui est à ma gauche semble être un Kenyan alors que l'autre est un Sénégalais qui se rend à Kinshasa. Selon lui, c'est dans le cadre de la mission de paix pour la RD Congo.
Je l'ai trouvé jeune et je ne sais pas si c'était un militaire. On échangeait amicalement lorsque j'entendis l'avion qui se mit à vrombir. Mon anxiété redoubla. L'anglais étant une langue de culture et la langue véhiculaire d'une partie de l'Afrique, j'avoue que je ne comprenais pas ce que disait une des hôtesses de l'air.
Mais j'imaginais qu'elle informait les passagers que, d'un moment à l'autre, nous allons quitter Bamako. L'avion est en piste. Peu de temps après, il décolle avec un bruit assourdissant. Il était 20 h 29. Dans le ciel bamakois, il prend de l'altitude.
Pendant ce temps, on explique aux voyageurs ce qu'il faut faire en cas d'accident. Tout cela, bien sûr, est dit dans la langue de Shakespeare. J'écoutais comme les autres, mais je pensais à mon chapelet que j'ai oublié à la maison.
Le long-courrier, lui, partait comme un trait. Après trente minutes de vol, mon inquiétude se dissipa. J'étais pour le moment en vie, puisque l'avion était en mouvement dans les airs. Après le dîner, pendant que des passagers s'abandonnaient au sommeil, moi, je n'arrivais pas à dormir. Je voulais voir si je serais en vie jusqu'à l'atterrissage.
Le décalage horaire
Comme d'habitude, je ne voyage jamais seul. J'ai emmené le recueil des poèmes antiques et modernes, suivi des poèmes philosophiques (Les Destinées), pour me distraire pendant le trajet. Comme Alfred de Vigny, ce grand poète du 19e siècle, j'aime la lecture nocturne. Après avoir parcouru la dernière strophe de La Maison du Berger, je commençai à esquisser les grandes lignes de mon carnet de voyage. Je tenais à ce qu'il prenne forme avant notre arrivée à Bujumbura.
Cela fait des heures que le Boeing maintient sa vitesse de vol. Je sentais le sommeil me gagner. A un moment, je fermai les yeux. Mais je ne dormais pas tout à fait, je ne faisais que sommeiller. Je regarde de temps en temps ma montre en me demandant quand est-ce qu'on arrivera à Nairobi.
Au départ de Bamako, Abdoul Karim Ouédraogo, un ancien collaborateur du journal, qui était dans la capitale malienne pour un séminaire, m'avait dit que le décalage horaire entre Nairobi et Ouaga est de trois heures. Je suis donc resté éveillé jusqu'à deux heures trente du matin (heure de Ouaga).
La voix d'une hôtesse se fit entendre et mon voisin sénégalais m'annonça que nous n'étions plus loin de Nairobi. Je regarde alors par le hublot, et j'aperçois les premières lueurs du jour au-dessus de l'horizon. A ma montre, il est 2 h 55 TU du matin, soit 5 h 55, heure locale.
A Ouaga, on dormait sûrement encore à poings fermés. L'avion perd de l'altitude, et sa vitesse décline. Les nuages moutonnent dans le ciel. C'est à six heures dix minutes (heure locale), soit 3 h 10 TU, que l'avion touche le tarmac de l'aéroport Jomo Kenyatta. 6 h 45 minutes de vol, voilà le temps que nous avons mis pour rallier la capitale kenyane.
Nous étions le vendredi 10 octobre 2008. A ma descente de l'appareil, je suis impressionné par la flotte de Kenya Airways. Il y avait une dizaine d'avions sur la piste, prêts à voler pour telle ou telle destination. L'aéroport, qui est très vaste, est comme une véritable fourmilière.
20 dollars pour le visa
Nous nous présentons à un bureau de la compagnie pour l'enregistrement, et c'est à 8 h 24 (heure locale), soit 5 h 24 TU, que nous prenons un autre avion de la compagnie pour Bujumbura. Tout s'étant bien passé depuis notre départ de Bamako, le Boeing m'inspirait désormais confiance. La traversée me plaisait et, au moment d'amorcer notre descente, je vis une succession de collines. C'était beau à voir. L'avion plane et je vois une étendue d'eau. C'est le Lac Tanganyika, le plus poissonneux, dit-on, du monde.
C'est le septième plus grand lac du monde, et le deuxième d'Afrique après le Lac Victoria. Il s'étend à perte de vue. Quand je commençai à le perdre de vue, l'avion se posa à l'aéroport international de Bujumbura, après 1 h 12 minutes de vol. Il était 8 h 36 (heure locale) soit 6 h 36 à Ouagadougou. Je signale au passage que le décalage horaire est de 2 heures entre le Burundi et le Burkina.
Après avoir rempli ma carte d'entrée, je la remis avec mon passeport et mon sauf-conduit à un agent de la police aéroportuaire. Alors que je pensais que j'allais sortir comme mes compagnons de voyage, il me fit savoir que mon passeport ne pouvait pas me permettre de quitter l'aéroport.
Les autres avaient un passeport de service, et moi un passeport ordinaire. Sur-le-champ, le policier en question me fit savoir que je devais payer 20 dollars (environ 9 315 FCFA) pour le visa. Il me demanda de le suivre à la caisse, ce que je fis sans broncher.
Il remit mes documents à une policière, qui se trouvait dans une espèce de cagibi. Celle-ci me regarda un moment et parla en kirundi (la langue locale) avec celui qui m'avait conduit auprès d'elle. Brusquement, elle m'intima en français de payer les 20 dollars. J'expliquai aux deux policiers que j'étais en mission au Burundi pour couvrir le match Itambas # Etalons, et que mon ordre de mission l'atteste bien.
Que j'étais là pour trois jours, pas plus. Le policier se mit à regarder mon sauf-conduit, et au moment où un monsieur, qui semblait être son chef, passait à côté de nous. Il se dirigea vers lui et lui présenta mes papiers. Les deux personnes dialoguèrent dans la même langue. Je les observais et je devinais que ça n'allait pas être facile.
Et, effectivement, le nouveau venu, lui aussi, abonda dans le sens des deux autres. Pour éviter des problèmes, je me décidai à payer les 20 dollars. Mais le hic c'est que je n'avais que des euros et du CFA en poche.
La caissière voulait que je payasse en dollars ou en francs burundais. Heureusement pour moi, un Européen, qui suivait depuis un moment la scène, me demanda de quel pays je venais. Je lui en donnai le nom et il me dit que si j'avais des CFA, il pouvait me les échanger en dollars parce qu'il venait du Sénégal.
Il me demanda 10 000 FCFA, et il me remit en retour 20 dollars. Au moment où je m'apprêtais à aller à la caisse, celui que j'avais pris pour un des responsables de la police aéroportuaire me laissa entendre que je pouvais partir.
J'étais surpris et je me demandais ce qui a bien pu les faire changer si brusquement d'avis. C'est en sortant de l'aéroport, après avoir récupéré ma petite valise, que je sus que quelqu'un, qui voyageait avec nous depuis Bamako, était intervenu discrètement en ma faveur.
Il s'agit du commissaire au match, le Malien Souleymane Magassouba. Il me confia qu'il avait expliqué aux policiers, pendant que j'échangeais mon CFA avec l'Européen, que j'étais à Bujumbura avec l'équipe nationale du Burkina, et qu'ils devaient, de ce fait, faire preuve d'indulgence.
J'ai alors remercié mon bienfaiteur, qui n'a pas manqué de plaisanter avec moi, me disant que s'il avait su, il m'aurait laissé avec ces policiers parce que mon gabarit pouvait un moment les dissuader.
Dès lors, une amitié venait de naître entre nous, et cela allait se confirmer quand une Pick Up (double cabine) de la Fédération de football du Burundi (FFB) est arrivée plus de trente minutes après notre arrivée pour le chercher. Il s'est même plaint de ce retard, parce qu'il avait envoyé un fax pour dire à quelle heure il arriverait à Bujumbura.
Le chauffeur, qui sentait que le représentant de la FIFA n'était pas content, se confondait en excuses. Nous, on attendait, puisqu'un journaliste nous avait fait savoir que le chef de Mission d'Avocats sans frontières, Luther T. Yaméogo, viendrait nous chercher.
On l'avait recommandé auprès de lui, et il était au courant que nous arrivions par le vol de Kenya Airways. Mais le commissaire au match, qui était seul, nous invitera à monter dans son véhicule jusqu'en ville. Fatigués d'attendre, nous embarquons avec lui. Magassouba revint à la charge, me disant de faire vite avant que la police aéroportuaire ne change d'avis en ce qui me concerne. Tout le monde éclata de rire.
Une excursion qui sentait le danger
Nous prenons la route. Assis derrière le Pick Up avec Fernand Kouda, je respire l'air de ce pays. Je suis loin de Ouaga, et il faut en profiter. Le climat est différent de celui d'où je viens. Je ne connais pas encore le Burundi, mais ce que je vois me convainc que c'est un beau pays. Les maisons sont de style colonial, et la colonisation de l'Allemagne à la fin du XIXe siècle est encore visible dans l'architecture.
La route est bordée d'arbres et de plantes de toutes sortes. Après quelques kilomètres, nous croisons une voiture qui fait signe au chauffeur venu chercher Magassouba. C'est un membre de la FFB qui se rend à l'aéroport. Il fait demi-tour et s'arrête à notre niveau. Une bonne aubaine pour nous, puisque c'est avec lui que nous ferons le reste de la route.
C'est à l'hôtel Le Tanganyika que le commissaire au match est logé par la Fédération. Pendant qu'on faisait descendre ses bagages, je causais avec un des chauffeurs, en lui révélant que le climat de son pays, appelé Mille collines, me plaît beaucoup. Il me répondit que le Burundi est arrosé par beaucoup de rivières, de petits fleuves, qui peuvent aider la population à gagner leur vie, mais que le pays est dirigé par un président qui est venu au pouvoir pour s'enrichir.
J'étais un peu gêné par ce qu'il venait de dire, et je me demandais s'il fallait poursuivre la conversation. En fait, j'étais méfiant parce que je ne savais pas qui il était réellement. Est-ce un militaire ou un espion du pouvoir, qui veut me tirer les vers du nez ?
Ne voulant pas m'engager sur ce terrain, je lui laissai entendre qu'un tel pays, qui partage ses frontières avec le Rwanda au nord, la Tanzanie à l'est et au sud, et la RD Congo à l'ouest, mérite d'être visité, mais que je n'ai que trois jours à passer à Bujumbura.
Le chauffeur proposa au groupe, une fois installé, d'aller faire un tour à la frontière congolaise, qui est à une trentaine de kilomètres du lieu où on se trouvait, et qu'on pouvait même continuer à Goma. Une région dangereuse, où on peut être fauché par des balles à tout moment.
Que vais-je faire là-bas, alors que je suis en mission à Bujumbura ? On vient pour un match, et ce chauffeur veut qu'on revienne au Burkina avec nos cercueils ? Personne n'était intéressé par cette excursion qui sentait le danger. Le représentant de la FIFA ayant eu sa chambre, il demanda à un des deux chauffeurs de nous déposer en ville, et c'est à l'hôtel Amitié que nous élûmes domicile.
Que se passe-t-il ?
Dois-je vous rappeler que nous étions le vendredi 10 octobre 2008 ? Il était 11 heures passées, soit 9 h TU, quand chacun reçut la clef de sa chambre. Les prix étaient abordables, et il fallait être près de son argent pour dire le contraire. Nous nous rendîmes ensuite à un bureau de changes, situé à quelques mètres de l'hôtel. Fatigué après ce long voyage, je me suis endormi pendant quatre bonnes heures. Quand la nuit tomba sur Bujumbura, je voulus voir si, avec ce début de week-end, la ville bougeait comme dans certains secteurs chauds de Ouaga.
Au sortir d'un restaurant proche de l'hôtel de l'Amitié, Kouda et moi nous décidons de faire les cent pas. Il était 19 h, soit 17 h TU. Une heure où les fonctionnaires burkinabè sont encore au service. Mais nous constatons que la ville est déserte, comme si on y avait décrété un couvre-feu. Dans la rue, pas âme qui vive ! Tout est calme. Silence effrayant à Bujumbura.
On a l'impression qu'on a assiégé la capitale, qui semble s'être vidée de ses habitants. Que se passe-t-il ? Nous nous regardons, nous demandant si ça ne chauffe pas quelque part. Et, pourtant, nous voyons des taxis circuler.
Certains chauffeurs klaxonnent à notre hauteur, mais nous faisons signe que nous n'allons pas loin. Quand mon voisin sénégalais m'annonça qu'il y a de « faux » chauffeurs dans la région des Grands lacs, qui sont en relation avec des réseaux criminels, je devins très méfiant. Le silence de la nuit nous décourageait à aller en ville, et nous rebroussâmes chemin, car sait-on jamais.
La hantise de la guerre
De retour à l'hôtel, je tenais à savoir pourquoi la ville, à cette heure, était ainsi déserte. Celui à qui je m'ouvre est un jeune qui travaille au restaurant, et qui était de service ce jour-là. Quand je l'ai écouté, j'ai compris que la population avait raison de s'enfermer chez elle, au lieu de risquer sa vie.
Le Burundi, ce pays constitué en grande partie de hauts plateaux et de collines, a accédé à l'indépendance le 1er juillet 1962, et est devenu une monarchie constitutionnelle. Mais cette indépendance se réalisera sous des auspices défavorables.
En octobre 1961, l'assassinat du prince héritier, Louis Rwagasore, suivi de celui du Premier ministre (hutu), Pierre Ngendandunwe, marque le début de l'instabilité politique durant laquelle des militaires Tutsi se succèdent au pouvoir par voie de coups d'Etat, et où l'armée procède par des massacres -génocides répétitifs (1965, 1969, 1972, 1988, 1991 et 1993), pour mater toutes sortes de réclamations. Ces massacres ont visé les Hutu, mais aussi des Tutsi et des Ganwa (la famille royale) ne partageant pas avec eux les mêmes idées, ou soupçonnés d'en vouloir à leur pouvoir.
Ainsi, par exemple, le génocide des Hutu de 1972 a emporté le dernier roi, Ntare V, tandis que le putsch sanglant de 1993 a coûté sauvagement la vie au deuxième vice-président de l'Assemblée nationale, Gilles Bimazubute, qui, pourtant, selon la Constitution, devait occuper le fauteuil présidentiel pour diriger la transition après l'assassinat des présidents de la République et de l'Assemblée.
Pour tourner cette page douloureuse, une nouvelle Constitution adoptée en février 2005 par référendum, partage le pouvoir entre les Hutus (85% de la population) et les Tutsi (14%), communauté qui a contrôlé de façon permanente le pouvoir depuis l'indépendance de ce pays.
Aujourd'hui, c'est Pierre Nkurunziza qui préside aux destinées du Burundi, après son élection le 22 août 2005. Membre de l'ethnie hutu, il avait rejoint la rébellion des Forces pour la défense de la démocratie (FDD), créée deux ans plus tôt après l'assassinat de Melchior Ndadaye en octobre 1993, le premier président hutu du pays.
A deux ans des élections de 2010, le gouvernement du président Nkurunziza est troublé par les menaces des Forces de libération nationale (FLN), dernier groupe rebelle encore actif au Burundi.
Il y a six mois, ces dissidents armés avaient lancé des obus de mortiers sur Bujumbura à partir des collines, dont un a touché le bâtiment de la nonciature. Des attaques répétées qui ont créé la peur dans la capitale. On comprend donc maintenant pourquoi, quand la nuit tombe dans cette ville, la population se terre chez elle. C'est dommage qu'on y ait oublié que le dialogue est la seule voie pour bâtir une nation paisible.
Une ville sans feux tricolores
Après ma causerie avec le restaurateur, j'ai regagné ma chambre. Le samedi 11 octobre, quand je suis sorti de l'hôtel, j'étais étonné de voir que l'avenue de l'Amitié grouillait de monde. On était déjà debout pour vaquer à ses occupations. Il faisait jour et il fallait courir pour gagner sa journée. On ne croirait pas que c'est Bujumbura qui, la nuit dernière, ressemblait à une ville dévastée. De l'hôtel, le Soko (le marché central) n'est pas loin.
Je décide d'aller me balader, histoire de me dégourdir les jambes. En cette heure de la matinée, les jeunes sont nombreux aux abords du marché. Ils sont là, en train de vendre des puces. Nous sommes au centre-ville et, non loin d'eux, la gare est pleine de cars genre « Dyna » qu'on rencontre à Abidjan et dans d'autres capitales de la sous-région ouest-africaine.
Ils sont pour la plupart neufs, et c'est de Dubaï qu'on les ferait venir. Les taxis-motos sont en grand nombre dans les parages, et prêts à déposer un client où il veut se rendre. Comme à Ouaga, certains conducteurs font la vitesse. Les taxis, eux, ne sont pas sur place, et la course est de 2000 F burundais soit (600 FCFA). Si vous êtes par exemple deux à bord, vous payez la même somme.
Là-bas, la banque du Burundi a uniquement émis des billets de 50F, 100F, 500F, 1000 F, 2000F, 5000F et 10 000 F. Il n'y a pas de pièces d'argent comme à Ouaga où actuellement, des commerçants véreux font courir le bruit que les pièces 250 FCFA ne sont plus valables malgré le démenti de la BCAO, à travers maints communiqués.
Dans ce pays, les volants des voitures sont à droite et, ce qui m'a étonné, c'est qu'il n'y a pas de feux tricolores. Pendant les trois jours que j'ai passés dans cette ville, je n'ai par ailleurs vu aucun policier en train de réguler la circulation. Quand Luther m'a dit que « si tu es le premier à t'engager, tu passes », j'étais surpris.
Si c'est à Ouaga, en tout cas, tu es un homme mort. A Bujumbura, les embouteillages ne manquent toutefois pas, et il faut être patient pour rouler dans ce méli-mélo où les concerts de klaxons sont intempestifs.
Les voies sont pour la plupart en mauvais état, avec des nids-de-poule presque partout. Il y a beaucoup à faire dans la ville, mais tout dépendra de la stabilité dans le pays. Les Burundais en sont conscients, et le fait de se retrouver chaque samedi matin vers 10 heures pour des travaux d'intérêt commun (comme du temps du CNR chez nous), qui consistent à curer les caniveaux, est déjà une bonne chose.
Actuellement, Bujumbura est en chantier, et peut-être que, d'ici deux ou trois ans, il y aura un changement. Le jour de mon départ du Burundi, j'étais un peu triste de quitter la ville, surtout que je n'ai pas eu le temps de me rendre à Bujumbura collines.
On ne peut pas tout visiter en trois jours, mais mon voyage m'a quand même plu. J'ai trouvé un peuple qui n'a pas oublié ce qu'il a vécu pendant des années. Ils sont nombreux, ceux qui ont été traumatisés par la perte de leurs parents dans cette guerre raciale.
Dans l'avion qui nous emmenait à Nairobi via Kigali, j'ai revu pour la dernière fois le Lac Tanganyika. Il a aussi une autre histoire, et on y raconte qu'un crocodile géant, du nom de « Gustave » vit dans le lac depuis pratiquement plus d'une centaine d'années.
Il ferait six à sept mètres, et son poids avoisinerait une tonne. Quand il a grand faim, dit-on, il sort de l'eau pour chercher sa proie parmi les pécheurs ou les baigneurs. Il serait actuellement en Tanzanie, et il pourrait revenir à tout moment au Burundi.
Quand on s'est éloigné du lac, je n'avais qu'un seul désir : rentrer à bon port à Ouagadougou, pour y continuer le train-train quotidien, dans l'espoir de découvrir, un jour, d'autres horizons pleins d'histoires comme les Milles collines.
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salut ! merci pour l'article ! c'est cool, ça donne un aperçu de la vie au Burundi, de ce que les gens ressentent, comment les gens vivent, une image des paysages !! merci ! Rolf