PIERRE EMANGONGO ET BIENVENU IPAN (STAGIAIRE)
28 Octobre 2008
Kinshasa — Des analystes redoutent que les rebelles ougandais de la LRA ne déstabilisent le Soudan et l'Afrique centrale. Ce qui nécessite des efforts communs pour anéantir cette sanglante rébellion.
La reprise des attaques et des enlèvements par l'Armée de résistance du seigneur (LRA) fait craindre à des analystes que les rebelles ougandais ne déstabilisent un territoire situé à cheval sur trois pays africains.
Depuis septembre, une série d'attaques en République démocratique du Congo et dans le Sud du Soudan a été attribuée à la LRA. Des analystes cités par l'AFP estiment que les rebelles pourraient également menacer des régions de Centrafrique.
Dans un rapport publié en octobre, l'ONU a accusé les rebelles de «massacres et d'enlèvements systématiques d'enfants» ainsi que d'avoir brûlé «presque toutes les maisons» lors d'attaques ayant fait plus de 200 morts dans le nord-est de la RDC.
Des réfugiés ont raconté que les rebelles en étaient revenus aux attaques surprise et aux enlèvements - leur marque de fabrique - alors que ces trois dernières années de négociations de paix avec Kampala avaient été marquées de raids mineurs.
«Cette fois, c'était différent: ils tuaient, brûlaient les cases, détruisaient la nourriture et prenaient les enfants des écoles pour les emmener avec eux dans la brousse», affirme Denangwa John, un fermier congolais qui a fui au Soudan.
D'après des responsables locaux, au moins 100 enfants ont été enlevés le mois dernier dans le sud du Soudan et une autre centaine en RDC.
EFFORTS COMMUNS
Le chef de la LRA, Joseph Kony, a commencé à combattre il y a 20 ans, affirmant lutter contre la marginalisation des habitants du nord de l'Ouganda.
Mais les attaques de la LRA, au cours desquelles les rebelles tranchaient les membres et les lèvres de leurs victimes, semblaient plus souvent viser les civils que les militaires.
Joseph Kony, sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, n'a toujours pas refait surface pour signer l'accord de paix final.
«La LRA est partie d'Ouganda, mais avec cette vague d'enlèvements, elle est en train de consolider ses forces dans les zones isolées du sud du Soudan, de la Centrafrique et de la RDC», affirme François Grignon, de l'International Crisis Group.
Les rebelles ougandais constituent notamment «une force qui pourrait être utilisée à l'avenir contre le sud du Soudan» qui doit voter sur son indépendance en 2011, avertit M. Grignon.
«La LRA cherche à jouer un rôle dans les conflits affectant la région, et a aussi des liens avec des groupes au Soudan», déclare pour sa part Tim Allen, un spécialiste de la LRA à la London School of Economics.
Tout compte fait, les dirigeants africains, l'Union africaine, l'Onu et la Cour Pénale internationale devront déployer des efforts communs pour mettre hors d'état de nuire cette sanglante rébellion ougandaise qui n'a du seigneur que de nom.
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