Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Les institutions de Bretton Woods résisteront-elles à la crise financière?

Faustin Kuediasala

28 Octobre 2008


Kinshasa — Un vent de réforme souffle sur les institutions de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale). Avec la crise financière, l'idée est de refaire profondément ces deux structures, notamment le FMI.

Des piliers du système bancaire qui s'effondrent, un système financier qui semble vaciller tel un château de cartes, des traders au bord de la crise de nerf et des épargnants inquiets. Les assemblées annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, tenues du 11 au 13 octobre 2008 à Washington, pourraient être le tout dernier forum où ces institutions, créées à Bretton Woods en 1944, se seraient exprimées dans leur forme originelle.

Face à la tempête boursière et à la crise financière qui gangrène l'économie mondiale, Européens et Américains ont décidé de réunir non pas un mais plusieurs sommets, dont le premier aura probablement lieu à New-York le 15 novembre prochain.

Pour le président Nicolas Sarkozy, cette réunion devrait réunir les pays du G8 élargi au G5, c'est-à-dire les cinq pays émergents que sont la Chine , l'Inde, le Brésil, le Mexique et l'Afrique du Sud, ainsi qu'à « un pays arabe ».

REVOIR LES ACCORDS DE BRETTON WOODS

Si le président américain a cédé à la pression des Européens, venus à Camp David lui arracher un sommet, le nouvel ordre financier mondial qui pourrait émerger reste flou.

Les Européens veulent une réforme profonde du système actuel, une sorte de Bretton Woods bis, du nom des accords qui gouvernent, depuis 1944, la finance internationale. De même les Européens proposent une supervision mondiale des marchés, qui pourrait échoir au Fonds monétaire international, dans sa forme révisée.

En effet, la crise financière a démontré que des solutions isolées, prises au départ par les Etats pour en atténuer l'impact de la crise, avaient une portée limitée. Tout le monde s'est accordé à réunir les efforts pour lutter ensemble contre ce phénomène. De même aussi, les Etats se sont accordés à donner mandat à un organisme tiers, à l'instar du Fmi, pour continuer le travail de supervision.

Cependant, dans sa forme actuelle, chacun s'accorde que le FMI ne peut pas jouer efficacement ce rôle, sans qu'au préalable ses règles et méthodes de fonctionnement soient revues. Si l'idée avancée par le président français, Nicolas Sarkozy, triomphe, l'on tendrait donc vers la création des institutions de Bretton Woods bis. Qu'est-ce qui les différencierait alors de celles en vigueur aujourd'hui? C'est la question à laquelle tenteront de répondre les pays du bloc de G8, élargi aux pays émergents dans un sommet international proposé par le français Sarkozy.

Samedi 18 octobre 2008, le président français, Nicolas Sarkozy, interrompt sa participation au sommet de la Francophonie au Québec pour aller à la rencontre aux Etats-Unis du président américain, George W. Bush.

Accompagné du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, le président français espère convaincre le président américain de l'urgence d'un sommet de G7, élargi aux autres pays émergents, pour une stratégie commune et à long terme pour répondre de manière efficace et durable à la crise financière, qui frappe les grandes places boursières depuis septembre 2008.

Pour la France, qui a embarqué toute la commission européenne, le but est d'amener ces pays à faire bloc avec elle pour la refonte des institutions de Bretton Woods. « Il n'est pas normal que le monde au 21ème siècle soit régi par des institutions du 20ème siècle », dira le président Sarkozy.

Tout poliment, le président américain ne rejette pas ce projet, mais il promet, sans toutefois préciser la date, d'envisager l'organisation « dans un avenir proche » d'un tel sommet international pour tirer les leçons de la crise financière.

Fervent des réformes, thème sur lequel il a été élu en France, Sarkozy, qui assure actuellement la présidence tournante de l'Union européenne, veut aller vite. Il a dit souhaiter la tenue de ce sommet « rapidement, peut-être avant fin novembre », tandis que M. Barroso l'a demandé « le plus tôt possible ». «Pourquoi il faut aller vite? Il faut aller vite parce qu'il faut rapidement stabiliser les marchés et trouver des réponses et il ne faut surtout pas que, le jour où le calme sera revenu, les mêmes refassent, dans les mêmes conditions, ce qu'ils ont fait avant », a lancé M. Sarkozy, dénonçant les fonds d'arbitrage et les paradis fiscaux.

Mais en s'exprimant devant la presse dans le parc de Camp David, Européens et Américains ont laissé entrevoir des ambitions différentes. Si le président français a proposé de construire « le capitalisme de l'avenir », son homologue américain s'est montré prudent.

« Il est essentiel que nous préservions les fondements du capitalisme démocratique », a-t-il lancé, évoquant « le libéralisme, la liberté d'entreprendre et le libre-échange » et mettant en garde contre « la tentation dangereuse de l'isolationnisme ».

Néanmoins, Sarkozy a reconnu que le président Bush avait « raison de dire que la remise en cause de l'économie de marché serait une catastrophe ». «Mais on ne peut pas non plus continuer avec les mêmes causes qui produiront les mêmes effets. L'économie de marché a besoin de règles », a-t-il lancé. « Cette crise, je le dis comme je le pense, peut être une opportunité si nous ne retombons pas dans les détestables habitudes du passé ».

De son côté, le FMI s'est dit convaincu, par son directeur général, Dominique Strauss-Kahn, que « le monde doit agir de façon concertée pour limiter les retombées de la crise ». S'adressant aux grands argentiers de la planète réunis à Washington, le directeur général du FMI a souligné qu'une action mondiale concertée avait commencé à repousser la vague de la crise financière, mais que les gouvernements devaient également « déployer toute la panoplie d'instruments» afin de maîtriser les retombées sur l'économie réelle.

Il a toutefois précisé qu'il restait beaucoup de chemin à parcourir pour stabiliser les marchés financiers et insuffler une nouvelle vigueur à une économie mondiale touchée de plein fouet.

TIRER LES ENSEIGNEMENTS

Intervenant devant le Conseil des gouverneurs du FMI, Strauss-Kahn a souligné que le monde traversait la crise financière la plus dangereuse depuis celle qui a conduit à la dépression des années 1930. « Nous en avons toutefois tiré les leçons et le monde dispose aujourd'hui des outils économiques pour que «nos économies et nos sociétés puissent sortir indemnes de cette crise ».

Il a signalé que les gouvernements étaient disposés à s'écarter des démarches classiques et à innover pour mettre fin à la spirale descendante des marchés : « Les initiatives sont de plus en plus globales et s'attaquent à toutes les facettes des problèmes des marchés financiers : la liquidité, les actifs douteux, la pénurie de capitaux et, bien sûr, la confiance ».

Par ailleurs, il a précisé que la riposte mondiale ne devait pas nécessairement être uniforme, mais qu'elle devait être coordonnée. « Mais il nous reste encore beaucoup à faire. Nous n'avons pas à mener tous les mêmes politiques, mais nous devons en parler entre nous, et prendre en considération les effets de nos initiatives sur nos partenaires. Ce week-end n'est que le début d'un long effort ».

Il a dit voir dans la crise des marchés financiers le résultat d'une triple carence : carence de la réglementation et du contrôle dans les économies avancées, carence de la gestion du risque dans les établissements financiers privés, carence des mécanismes censés discipliner le marché.

Pour éviter que ces défaillances ne se reproduisent, il faudra, selon lui « un effort international, car les établissements financiers ne sont pas confinés dans leurs frontières nationales, et celles-ci ne les protègent pas des turbulences financières ».

C'est donc suivant cette lecture du FMI que le président Sarkozy propose la refonte des institutions de Bretton Woods, convaincu que 60 ans après ces institutions doivent être totalement refaites pour les adapter aux dures exigences du capitalisme financier du 21ème siècle, En se détournant de cette démarche, il pense qu'on aura résolu le problème sans s'attaquer aux racines du mal.

Même si elles ne devraient pas disparaître, il st plus évident que le FMI et la Banque mondiale ne résisteront pas, dans leur forme actuelle, à la crise financière.

Crise financière : rappel des faits

15 septembre 2008 : la quasi-faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers, l'une des pointures de Wall Street, créée un siècle et demi auparavant, provoque un cataclysme dans le monde financier. Très vite, une question taraude la planète suite au choc : «Combien d'établissements devront-ils encore jeter l'éponge ? ».

La crise du crédit immobilier a eu des conséquences féroces sur des piliers du monde financier qui se sont engagées dans des investissements douteux, basés sur la spéculation. Autre poids lourd touché, la concurrente de Lehman, Merrill Lynch, est rachetée par Bank of America pour 50 milliards de dollars.

Le lendemain, la Réserve fédérale américaine (Fed) et l'Etat nationalisent l'assureur AIG (American International Group), au bord de la faillite, en lui fournissant un apport de 85 milliards de dollars en échange de 79,9 % de son capital.

Le 18 septembre, Henry Paulson, le secrétaire au Trésor américain, Ben Bernanke, le président de la Fed , et Christopher Cox, à la tête de la Securities and Exchange Commission, se réunissent. Les autorités américaines annoncent qu'elles souhaitent mettre en place un plan d'un montant de 700 milliards de dollars pour débarrasser les banques de leurs actifs invendables dans l'immobilier.

Le plan est rejeté par le Congrès le 29 septembre. Le Dow Jones chute. Le plan est adopté par le Sénat dans une version modifiée le 1er octobre. La Chambre des représentants l'approuve le 3 octobre.

Le 26 septembre, avec l'appui des autorités fédérales, la banque JPMorgan prend le contrôle de Washington Mutual pour 1,9 milliard de dollars. Washington Mutual devient la plus grosse faillite bancaire de l'histoire américaine. Début octobre, plus de 6 milliards d'euros sont injectés pour sauver l'établissement Dexia, partiellement nationalisé. Peu après, le président de l'entreprise, Pierre Richard, ainsi que son directeur général, démissionnent. La tempête financière se poursuit partout dans le monde.

Pour exemple, le 6 octobre à Paris, le CAC 40 enregistre une chute historique. L'indice dévisse de 9,04 %. BNP Paribas annonce son intention de racheter les actifs de Fortis en Belgique et au Luxembourg, pour un montant de 14,5 milliards d'euros grâce à un échange d'actions avec les Etats belge et luxembourgeois.

Au cours du week-end, les pays du G7 se mettent d'accord pour apporter « une réponse sérieuse à l'échelle mondiale » pour endiguer la crise.

Après bisbilles et retournements concernant la crise, les Etats membres de l'Eurogroupe parviennent à trouver des terrains d'entente pour la limiter.

Plusieurs plans de sauvetages sont révélés le 13 octobre. Aux Etats-Unis, des mesures concrètes sont annoncées le 14 octobre.

Alors que plusieurs indicateurs économiques ont viré au rouge, la crise économique ne semble guère enrayée malgré la relative accalmie des marchés financiers.

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