Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Guerre au Kivu - Opération « Artémis II » en gestation

29 Octobre 2008


Kinshasa — La possibilité « d'une force robuste » est à l ordre du jour. Il s'agira inévitablement de « l'Opération Artémis II » pour ramener la sécurité dans l'Est de la République.

Principalement au Kivu où la situation humanitaire est des plus dramatiques. La réunion inter institutionnelle convoquée par le Président de la République, à laquelle ont été associés le représentant spécial du secrétaire général de l'Onu et responsable de la Monuc, les ambassadeurs des pays membres du groupe de contact, sont arrivés, jusqu' à preuve du contraire, à ce compromis. Comme qui dirait, aux grands maux, de grands remèdes.

Une importante réunion a eu lieu hier mardi, au Palais de la Nation autour du président de la République. Il s'agit de la réunion inter institutionnelle. On a noté la présence des présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, Vital Kamerhe et Kengo wa Dondo ; du Premier ministre, Adolphe Muzito : du Président du Programme Amani, Abbé Malumalu.

Réunion élargie au niveau du représentant spécial du Secrétaire général de l'Onu et responsable de la Monuc, Alan Doss, des ambassadeurs membres du groupe de contact. Notamment les représentants de la France, de la Belgique, de la Grande-Bretagne, de la Russie, de la Chine, de l'Afrique du Sud, de l'Italie, de la Tanzanie ainsi que de l'Union européenne et de l'Union africaine.

La gravité de la situation à l'Est du pays, principalement au Kivu, était à l'ordre du jour. Surtout devant la dégradation de la situation humanitaire qui concerne 2 millions de personnes en pleine errance et exposées à toutes les intempéries.

Au terme des échanges de vues, il a été question d'adopter des mesures urgentes en vue de faire face à cette situation. Parmi ces mesures, il est envisagé l'intervention d'une « force robuste » en vue de venir en appui aux efforts de la Monuc. C'est-à-dire, une opération Artémis II, comme ce fut le cas en Ituri.

Après échange de vues, toutes les parties ont réaffirmé leur appui au Programme Amani. Le secrétaire général adjoint de l'Onu chargé des missions de paix en séjour à Kinshasa a réitéré l'appui du Conseil de sécurité aux institutions issues des élections. Il a souligné le soutien de la Communauté internationale à l'Accord de Nairobi entre la RDC et le Rwanda.

Aux grands maux, de grands remèdes. Mais il revient au gouvernement congolais de prendre toujours l'initiative des opérations pour que cette fois, les souhaits exprimés ne demeurent point sur le boulevard de voeux pieux. Et que la situation du Kivu ne s'apparente pas à celle du Darfour où la communauté internationale tarde également à remplir son contrat.

Opération butée au mandat de cette force ainsi qu'aux moyens militaires, la disponibilité des pays à constituer cette force rapidement pour permettre un déploiement tout aussi rapide et efficace. Eviter donc les effets d'annonce pendant que la situation continuera à se détériorer. Comme le président de l'Assemblée nationale, Vital Kamerhe, et le Premier ministre, Adolphe Muzito, l'ont souligné au sortir de cette importante séance de travail, la « situation est grave. Très grave même ».

Communiqué de la réunion inter institutionnelle

Le président de la République, chef de l'Etat, Son Excellence M. Joseph Kabila Kabange, a convoqué une réunion inter institutionnelle de crise, ce mardi 28 octobre 2008, au Palais de la Nation, sur la situation dramatique qui prévaut dans le Nord-Kivu.

Ont également été associés à cette réunion, le secrétaire général adjoint des Nations unies en charge des questions humanitaires, le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies chargé de la Monuc, les ambassadeurs des pays membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies à savoir la France, la Chine, les Etats-Unis d'Amérique, la Grande-Bretagne et la Russie, les représentants de l'Union africaine et de l'Union européenne, les ambassadeurs d'Afrique du Sud, Belgique, Italie et Tanzanie.

Ouvrant la réunion, le président de la République a informé l'assistance que la rencontre avait été convoquée suite une crise majeure qui frappe notre pays.

Il a rappelé les efforts fournis par le gouvernement de la République en vue de la pacification de l'Est, du communiqué de Nairobi du 9 novembre 2007 aux Actes d'engagement de Goma, signé en date du 23 janvier 2008.

Ces actes, qui avaient suscité tant d'espoir pour la population, n'ont pas empêché la mort et la désolation à la base, aujourd'hui d'une véritable catastrophe humanitaire.

Face à cette grave crise qui menace non seulement la stabilité des institutions démocratiquement élues, mais également la paix dans la sous-région, la réunion s'est attelée à identifier les pistes de solutions immédiates au niveau du gouvernement et de la Communauté internationale en vue de juguler cette crise aux conséquences incalculables.

Les questions suivantes ont été notamment évoquées :

- la capacité de la Monuc à protéger les populations civiles conformément à son mandat;

- la responsabilité de la communauté internationale à juguler rapidement la crise humanitaire;

- la possibilité de faire intervenir une force robuste en appui aux efforts de la Monuc sur le modèle de la « Force Artémis » ;

- l'urgence de recherche de solutions pour la stabilisation de la situation sécuritaire dans la sous-région. Après échange de vues, toutes les parties ont réaffirmé leur appui au Programme Amani comme le seul cadre approprié pour adresser les préoccupations de tous les groupes armés signataires des actes d'engagement de Goma, y compris le CNDP.

S'agissant de l'amplification des hostilités sur le terrain, les parties se sont ralliées à la position du Conseil de sécurité exprimée dans la dernière déclaration de son président et qui condamne sans équivoque la reprise de la guerre par le CNDP depuis le 28 août 2008.

Elles ont en outre encouragé le maintien des efforts visant la mise en oeuvre des engagements de Nairobi signé entre la République démocratique du Congo et le Rwanda.

De manière concertée, toutes les initiatives politiques, diplomatiques et militaires ont été minutieusement explorées et elles bénéficieront du soutien des Nations unies, de l'Union européenne, de l'Union africaine et des Etats-Unis d'Amérique.

Le gouvernement de la République compatit avec les populations meurtries de l'Est de notre pays et les rassure des efforts sans relâche qu'il déploie pour le rétablissement rapide de la paix et de la sécurité dans la région. En outre, il prend des dispositions urgentes et utiles en vue d'assurer une prise en charge humanitaire aux victimes de cette énième agression.

Enfin, le gouvernement en appelle notre population à ne pas céder à la panique, à s'abstenir de tout acte de nature à démobiliser les FARDC et la Monuc, ainsi qu'à se garder de tomber dans le piège de la stigmatisation ethnique.

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