L'Express (Port Louis)

Seychelles: Le FMI au chevet des seychelles

Nad Sivaramen

30 Octobre 2008


Port Louis — La crise financière est venue rajouter aux soucis de l'archipel. Ce pays se retrouve dans une situation où il doit faire appel au Fonds monétaire international pour essayer de contenir la récession qui le frappe. La pêche et le tourisme ne suffisent pas pour faire face à la hausse du prix des carburants et des produits alimentaires importés.

Le gouverneur de la Banque centrale des Seychelles vient de soumettre sa démission au président James Michel qui l'a acceptée tout de suite. Dans sa lettre de démission, Francis Chang Leng évoque des ennuis de santé. Mais, aux Seychelles ou ailleurs, tout le monde sait que son départ est lié à la terrible récession qui frappe l'archipel.

Tout en procédant à de profondes réformes économiques avec l'aide, hier repoussée mais aujourd'hui nécessaire, du Fonds monétaire international (FMI), les Seychelles activent d'autre part les démarches pour finalement intégrer l'Organisation mondiale du commerce (OMC). C'est ce qu'annoncé ce mardi le Directeur général du Commerce au ministère seychellois des Finances, Charles Morin.

Pour lui, son pays a beaucoup à gagner dans une adhésion à l'OMC qui devrait rendre les milieux d'affaires plus confiants dans la réglementation du commerce et dans le système de taxation qui sont revus de fond en comble aux Seychelles. Mais Charles Morin est conscient que les négociations pour intégrer l'OMC pourraient «être longues et difficiles ».

«Les réformes économiques courageuses qu'envisagent ainsi de mettre en oeuvre les Seychelles, lui permettront de retrouver à terme le chemin de la croissance et de mieux faire face à la crise financière mondiale actuelle », fait par ailleurs ressortir le site officiel du président de l'archipel. Qui ajoute que le pays reçoit désormais une aide de l'OMC dans la formation du personnel de la Division commerce du ministère des Finances pour retrouver les grands équilibres macroéconomiques.

Considérés jusqu'à récemment comme l'un des pays les plus prospères de l'Afrique subsaharienne, les Seychelles ont accumulé, durant la dernière décennie, des dettes de plus de US$ 800 millions, soit 175 % du Produit intérieur brut - parmi les plus alarmants au monde ! D'où l'urgence de recevoir des «soins intensifs» du FMI.

«La crise, qui avait commencé sous la présidence d'Albert René, est le résultat des dépenses gouvernementales excessives, largement au-dessus de nos moyens. Elle est aussi le fruit d'un investissement quasi-centré sur le tourisme, une industrie qui a ses hauts et ses bas, comme vous le savez.

Mais plus récemment la crise financière qui s'abat sur nous aujourd'hui a été amplifiée par la hausse des prix des carburants et des produits alimentaires sur le marché mondial. Et du coup, les réserves en devises, traditionnellement très minces, ont vite fondu comme neige au soleil», résume un fonctionnaire du ministère des Finances des Seychelles. Selon lui, tous ces facteurs ont rendu impossible le remboursement des lourdes dettes de l'archipel.

Du 5 au 19 septembre dernier, une délégation du FMI, menée par Paul Mathieu, s'est précipitée au chevet des Seychelles pour passer à la loupe ses finances. A la suite d'une série de rencontres au plus haut niveau pour tenter de trouver une issue à la crise, la délégation a vite recommandé une «comprehensive reform of economic policies to address macroeconomic imbalances and put the economy on a sustainable growth path».

Selon un communiqué du FMI, le naufrage économique des Seychelles est dû à "a long period of expansionary macroeconomic policies, together with the maintenance of an exchange rate peg and pervasive exchange restrictions". Les experts du FMI ont constaté par ailleurs que la double crise alimentaire-pétrolière a rapidement épuisé les réserves de la Banque centrale.

"The discussions focused on the main causes of the current economic difficulties and the government's reform strategy. The mission shares the authorities' view that fiscal and monetary policies need to be tightened and that exchange controls need to be lifted. We support the authorities' intentions to put in place well targeted safeguards to protect the most vulnerable segments of the population."

À la suite de cet examen, le gouvernement seychellois, acculé, a pris une série de mesures fiscales et monétaires pour tenter de rester à flot. Les discussions sur la marche à suivre vont reprendre à Washington sous peu. Les consultations avec le FMI doivent permettre aux Seychelles de faire une requête formelle de "stand-by arrangement" qui sera soumis au Conseil Exécutif du FMI au mois de novembre 2008.

Après une longue période de socialisme, l'archipel des Seychelles se voit contraint, pour réaménager sa dette extérieure, de normaliser ses relations avec le système financier international. Ce changement de politique est accueilli avec une satisfaction non-feinte par la communauté européenne qui craignait que ses rivaux asiatiques ne profitent des signes de détresse de l'archipel pour augmenter leur emprise sur la région. La suite des événements tant sur le plan économique que géopolitique s'avère intéressante à suivre

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