Aminata.com (Conakry)
Sambegou Diallo
1 Novembre 2008
29 septembre 2008. le Venetico B, battant pavillon panaméen, est en rade pour charger 63.000 tonnes de bauxite au compte d'une société espagnole. Alors qu'un autre navire a bougé la veille pour les Etats-Unis, c'est le Grand Georges, capable de transporter 68.000 tonnes, qui attend à 17 kilomètres du rivage.
La compagnie des bauxites de Guinée, qui a pignon sur rue à Boké, la plus grande compagnie minière du pays, exporte plus de 14 millions de tonnes de bauxite par an, sur une production annuelle de 17 millions de tonnes, d'une teneur avoisinant 55%, largement au-dessus de la moyenne mondiale (37% en Jamaïque et 36.5% en Australie, respectivement deuxième et troisième exportateur mondial après la Guinée).
Qu'importe ! Les Kamsarois, et encore moins le pays tout entier, n'en profitent pas ou peu. De 20 à 24 dollars seulement, la tonne de bauxite est vendue au vil prix.
Alors qu'une tonne de bauxite de type CBG fournit plus de 200 kg d'aluminium, vendus entre 270 et 372 dollars US, l'on comprend aisément que la Guinée tire peu de bénéfices de son potentiel.
Faut-il rappeler que le prix de la bauxite se négocie de gré à gré, et n'est jamais publié de façon officielle ? Ce qui fait place au doute, à d'énormes possibilités de corruption...
Aux collectivités, la CBG octroie plus d'un million de dollars par an, au titre des 0.4% de contribution au développement local, - immédiatement mis en coupe réglée par les déprédateurs.
Et à l'Etat elle paie toutes les taxes et impôts (soient 80% des recettes en devises de l'Etat), force est de reconnaître que son succès économique reste encore une affaire véreuse, au seul bénéfice de nos dirigeants qui tirent bénéfice des pots-de-vin et des actionnaires de la compagnie.
Lesquels se démènent comme de beaux diables pour reléguer le pays au seul rang de producteur.
A Kamsar, seuls les hauts cadres de la compagnie jouissent des retombées économiques. Ces derniers sont vraiment à l'abri du besoin : résidences huppées, salaires et primes enviables, ravitaillement permanent, avantages considérables pour eux et leurs familles.
Alors qu'en face, les quartiers périphériques sont sans lumière. Et la misère à son paroxysme. Une promiscuité très frappante. A côté d'une race d'investisseurs qui s'évertuent à vider cette caverne d'Ali Baba, en raison de la naïveté de nos gouvernants, des guinéens dits « bénis », -minoritaires-, jouissant d'un bien-être immérité, ou encore de fonctionnaires qui y ont leurs tentacules, s'exposent une majorité qui tirent le diable par la queue.
« Pour la première fois, on a l'impression de visiter une multitude de chaumières perdues au bord de la mer, qui choquent de par leur manque d'électricité récursif, le quotidien impossible de ces occupants et la disparité entre ces deux "Guinées" encore plus perceptible », explique un reporter de Radio Canada, à Kamsar depuis la mi-septembre. Tel est le paradoxe d'un pays dotée d'immenses richesses dans son sous-sol, -les deux tiers de réserves mondiales de bauxite (40 milliards de tonnes exploitables pendant 660 ans au rythme actuel)- et d'une effroyable misère sur le sol...
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