L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Zambie: Présidentielle zambienne - Si Sata ne gagne pas, ça va chauffer

Ahl-Assane Rouamba

2 Novembre 2008


Quatre millions de Zambiens élisaient jeudi le successeur du président Lévy Mwanawasa, décédé en août dernier. Quatre candidats étaient engagés dans cette course à la magistrature suprême dans l'ex-Rhodésie du Nord, dont Michael Sata, leader du Front patriotique (FP), principal parti d'opposition, et éternel mauvais perdant. Le favori du scrutin, c'est Rupiah Banda, président par intérim depuis le décès en août dernier de Lévy Mwanawasa, dont il était le vice-président.

Le mandat de celui qui sera élu courra jusqu'en 2011, et il sera le 4e président du pays. Mauvais perdant, Michael Sata l'est, sinon comment comprendre que, avant même que le dernier bulletin de vote ait été introduit dans l'urne, il ait, en vertu d'un apriorisme égocentrique, menacé de ne pas accepter de verdict des urnes qui ne lui serait pas favorable ? Si cela n'était qu'un épiphénomène, une erreur de language, passe encore.

Mais ici, non seulement il ne s'agit pas d'une première de la part de Sata, mais, aussi et surtout, les deux autres candidats de l'opposition, Hakainde Hichilema (1) et Godfrey Miyanda (2), ont embouché la même trompette que lui, en faisant savoir qu'ils n'accepteraient pas ce qu'ils ont appelé « résultats truqués » au profit de Rupiah Banda, sans dire qui est habilité à juger de cela, ni s'ils refuseraient aussi de reconnaître des résultats éventuellement qualifiés par le camp d'en face de « résultats truqués » à leur avantage.

C'est vrai qu'en général les pouvoirs en place en Afrique se débrouillent pour gagner les élections, mais de là à menacer de mettre à feu et à sang le pays si on n'est pas élu, il y a un pas à ne pas franchir.

Le spectre de la présidentielle de 2006, à l'issue de laquelle Michael Sata avait refusé de reconnaître la victoire de Lévy Mwanawasa et ses partisans ont affronté les policiers durant une semaine, plane donc sur le présent scrutin.

Cela, d'autant plus que, a prévenu Ephraim Mateyo, l'inspecteur général de la police, qui s'est déclaré « prêt à en découdre avec les auteurs de violences », « ceux qui disent qu'ils n'accepteront pas les résultats devraient aller au tribunal et non descendre dans les rues ».

S'il y a bien quelqu'un qui avait toutes les bonnes raisons du monde pour contester sa défaite électorale, c'est Al Gore, lequel, il y a huit ans de cela, avait battu Goerge Bush en nombre de voix, mais a été floué de sa victoire au cours de rocambolesques et contestables comptages et recomptages sans fin des suffrages, auxquels la Cour suprême dut mettre fin en exigeant la proclamation des résultats du moment pour éviter aux USA de tomber dans un vide institutionnel.

Et pourtant, Al Gore se résigna à la défaite et félicita son adversaire pour sa victoire ! Mais en Zambie, c'est valable pour l'Afrique, voire dans tout le tiers-monde, à peine 50% des suffrages exprimés de 43 des 180 circonscriptions électorales du pays attribués à Michael Sata vendredi que, s'arc-boutant sur ce résultat, partiel, d'un bureau de vote sur trois, il considère comme acquise son élection, comme si toute évolution des statistiques électorales étaient impossible.

Qu'il demande à Tzipi Livni si son avance des premiers moments lors de l'élection à la tête de Kadima, qui fondait comme neige au soleil au fur et à mesure qu'on progressait dans les décomptes des voix, ne lui a pas fait relativiser son optimisme béat du départ quant à son triomphe haut la main.

Un bon départ ne garantissant pas une bonne arrivée, que Sata accepte donc que l'essentiel des votes dépouillés alors, du fait qu'ils proviennent de ses bastions électoraux, dont Lusaka, la capitale, et la région minière de la « ceinture du cuivre », poumon économique de la Zambie, pourrait n'être qu'une goutte d'eau dans l'océan du pays

Car, si les oppositions bénéficient, plus souvent que les pouvoirs en place, des faveurs des citadins, plus critiques envers les gouvernements que les ruraux, les dirigeants déjà en place profitent, eux, du conservatisme des masses populaires, suffisamment nombreuses pour faire pencher un plateau de la balance.

A cela s'ajoute, au Burkina Faso par exemple, le fait que les contempteurs du pouvoir en place se contentent d'exprimer leur mécontentement dans les cabarets et les grains de thé sans aller jusqu'à franchir le Rubicon qui consisterait non seulement à s'inscrire sur les listes électorales et à prendre sa carte d'électeur, mais aussi et surtout à participer effectivement à un vote-sanction des gouvernants, qui ne peut que favoriser l'opposition.

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Car aucun président ne risque de gouverner avec autant de je-m'en-foutisme envers l'opposition s'il est élu à 51% que s'il l'est à 99,9999% malgré ses manquements à la démocratie, aux droits de l'homme et à la bonne gouvernance.

Le comble pour l'opposition zambienne serait que le bilan du développement économique du pays présenté par le président-candidat soit jugé bon par l'électorat.

Il ne resterait alors à Michael Sata qu'à se reconvertir en éternel bon perdant zambien de la scène politique israélienne, Shimon Pérez.

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