Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Crise de l'Est, Retour à « Lusaka »

KGM

4 Novembre 2008


opinion

Comme s'ils découvraient soudainement l'ampleur de la crise qui sévit dans l'Est de la République Démocratique du Congo, avec ses implications militaires, politiques et surtout humanitaires, plusieurs diplomates occidentaux ont entrepris depuis bientôt une semaine un véritable chassé-croisé dans la sous-région des grands lacs .

Objectif : d'une pierre deux coups, obtenir sous le couvert de l'assistance humanitaire, dont les populations sinistrées de l'Est de la RDC ont si grandement besoin, l'organisation toutes affaires cessantes d'un sommet à Nairobi, qui réunirait prioritairement les présidents congolais Joseph Kabila Kabange et rwandais Paul Kagamé.La perspective d'un tel sommet n'est sans doute pas pour déplaire, dès lors qu'elle constitue, à certains égards, une promesse de paix sous garantie internationale. Encore que, pour la plupart d'entre nous, le propos se situe ailleurs, dans l'indétermination, les hésitations et les atermoiements de la Communauté internationale écartelée entre plusieurs options contradictoires : celle des partisans de la balkanisation de la RDC, celle des multinationales qui n'ont pas fini de fouiller le ventre de notre pays à la recherche des ressources naturelles et, bien sûr, celle de tous ceux qui tiennent à un Congo uni et fort dans la configuration territoriale héritée de la colonisation.

En fait, une véritable nuit noire d'intrigues et d'intérêts les plus obscurs, dans laquelle peu d'entre nous seraient en mesure de lire correctement le jeu des tireurs de ficelles tapis dans l'ombre et se faisant du beurre sur le dos de la misère des Congolais. Pour un sommet plus ouvert Il n'en reste pas moins vrai qu'un tel sommet finirait par consacrer la fragilisation de la RDC, pour la bonne et simple raison que la Communauté internationale n'a jamais admis l'implication du Rwanda dans la tragédie de l'Est, de la même manière qu'elle n'accepte pas que Kinshasa se renforce militairement, avec l'aide de ses alliés, contre la rébellion du CNDP. Or, le scénario le plus prévisible est celui dans lequel la même Communauté internationale ne manquera pas l'opportunité de ce sommet pour réclamer à notre pays des résultats concrets dans le dossier de la traque des Fdlr, interhamwe et autres groupes armés qui écument l'Est de la RDC. Pire, alors que les risques de déstabilisation, à partir de la RDC, sont évidents pour l'ensemble de l'Afrique centrale, on ne peut que s'étonner de cette démarche qui veut que la solution à la crise vienne paradoxalement de ceux-là mêmes que Kinshasa ne cesse d'accuser d'entretenir l'insécurité sous les prétextes les plus divers.

Voilà qui a poussé des analystes sérieux à élever la voix pour dénoncer ce déséquilibre criant et appeler à la table de Nairobi II d'autres pays, qu'une éventuelle déstabilisation de la RDC toucherait à coup sûr, mais aussi et surtout ceux qui disposent, sur la question, à la fois d'une expérience et d'une expertise indiscutables. C'est le cas, notamment, du Congo de Dénis Sassou Nguesso et du Gabon d'Omar Bongo Ondimba. Pour le reste, la RDC s'est retrouvée si souvent dans des huis clos avec les mêmes pays de l'Afrique de l'Est comme ceux de l'Afrique australe que si la recherche d'une sortie honorable à la crise est l'objectif commun, personne ne devrait justement s'offusquer que d'autres africains, jouissant en plus de l'incontestable avantage de ne pas être des acteurs directs de la crise, ou ne justifiant pas un quelconque intérêt aux malheurs qui s'abattent de manière récurrente sur notre pays, apportent un son de cloche différent et donnent des conseils certes exigés par la gravité de la situation, mais dont la pertinence serait d'autant plus incontestable que ces conseils seraient adossés à un indispensable recul par rapport aux événements. La vraie mobilisation Par ailleurs, autant la RDC a besoin de mobiliser à l'extérieur, autant notre pays a plus que jamais besoin de présenter un front uni et déterminé face aux différents dangers qui le menacent.

Sans revenir sur les propos somme toute excessifs de certains députés qui ont dénoncé la solidarité sélective dont ferait preuve le pouvoir face aux différents événements qui surviennent dans le pays, il n'en demeure pas moins que Kinshasa n'a pas toujours réussi à faire partager à tous les Congolais le sentiment que ce qui est en jeu c'est moins le pouvoir ainsi que les avantages de quelques uns d'entre nous que l'intérêt bien compris ainsi que la survie de l'ensemble de la nation. Une question de communication sans doute. Mais aussi et surtout un appel à plus d'humilité en direction d'un leadership congolais dont la gestion de la crise de l'Est comme de la chose publique tout court n'a pas toujours convaincu tous les Congolais que la RDC était leur maison commune. Que de secrets ! Que des zones d'ombre dans la gestion militaire et politique de la crise !

Que d'amateurisme dans la manière de poser les problèmes et de proposer des pistes de solution ! De sorte qu'aujourd'hui, il est bien difficile de faire admettre aux Congolais que de sommet en sommet, ce ne sont pas l'intégrité et la souveraineté de leur pays qui sont à chaque rendez-vous sacrifiés à l'autel d'on ne sait quelle conspiration. Voilà donc pourquoi tout appel sérieux à la mobilisation ne devrait pas du tout être synonyme d'un alignement aveugle - ce qui le viderait d'ailleurs de toute sa substance - sur une démarche, fût-elle proposée par des dirigeants élus, que d'autres Congolais peuvent à juste titre améliorer avec leurs contributions.

Il y a là une exigence morale d'humilité - surtout quand on n'est que mandataire - qu'imposent du reste les résultats médiocres jusque-là engrangés sur la plupart des fronts par notre pays. Il y a là également l'impératif de l'acceptation du principe selon lequel le pays n'appartient pas à ceux qui le dirigent, et que pour être éclairés face à tous ces malheurs qui nous accablent, ceux-ci ont tout intérêt à dire la vérité aux Congolais à tout moment et sans restriction, ainsi qu'à écouter même les plus humbles d'entre nous. Respecter le Congolais Enfin, pour d'une part éviter toute suspicion et d'autre part présenter la vraie image du pays profond face à la crise et aux agresseurs, il importe que chaque Congolais ait réellement le sentiment d'être respecté et son avis pris en compte dans la recherche de la solution. Ce qui passe par la participation, à toutes les étapes de la démarche, des forces politiques et sociales les plus représentatives du pays profond, qu'elles soient ou non dans les institutions.

Quant à ceux qui croient tout régler en évitant les questions qui font mal et les vérités qui blessent, jusqu'à vouloir insinuer dangereusement que personne ne compte en dehors de ceux qui sont au pouvoir, ou qu'il n'y a que des bons d'un côté et des mauvais de l'autre, ils ne devraient pas s'étonner de voir d'autres compatriotes croiser les bras et les regarder faire. Mais personne n'est dupe : tout le monde sait, bien au contraire, que c'est là justement que réside l'argument du faible quand même les députés de la République vont désormais jusqu'à clamer tout haut qu'il y a des traîtres à tous les niveaux, et que la confiance se mérite dans un climat de suspicion généralisée. C'est dire que la solution n'est pas dans l'invective, mais plutôt dans le respect des valeurs républicaines pour lesquelles chaque opinion compte.

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