Au-delà d'une année thématique, toute l'oeuvre du Changement sera consacrée aux défis et paris anticipatifs de cette Tunisie variable et plurielle. Celle des jeunes, bien sûr, mais aussi des plus jeunes et moins jeunes dans le dessein du droit pour tous. Nous n'en réclamons pas moins !
Comme toute démarche que le temps et les bonnes volontés jalonnent et construisent, l'oeuvre du Changement est inlassable, continuelle. Elle exige donc un droit d'inventaire autant qu'un sursaut pour davantage de réformes. Charles de Gaulle ne rappelait-il pas ces élémentaires : «La fonction de l'Etat consiste à assurer le succès de l'ordre sur l'anarchie. Et à réformer ce qui n'est plus conforme aux exigences de l'époque» ?
Sans doute, le Président Ben Ali ne réinvente-t-il pas aussi au quotidien cette fonction créatrice de l'Etat, sa régénération lorsqu'il lui insuffle une quotidienneté capable de réinvestir «la Cité symbolique», de la ressusciter pour qu'elle soit en phase avec les mutations nationales et géostratégiques environnantes ? La Cité inspire le Président qui s'en réclame et s'en inspire.
L'esprit aboutissant n'est pas étranger à deux notions fondamentales, viviers d'une politique implicative: liberté et action. L'acception est athénienne dans la lettre démocratique, voire participative d'une société qui assume et s'assume, droit et devoirs y afférents. D'acception averroïste aussi, car idéelle et éthique, elle est humanisme, considération et égalité, préfigurant le bonheur d'un vivre-ensemble, toujours pour «le bien de cette communauté interdépendante».
A parcourir les dernières années durant, le tumulte du monde, les injustices infligées par l'ultralibéralisme économique incontrôlé, l'économie de marché, cette fin du monde et de l'histoire présupposée et infirmée, ce clash des civilisations douteux et haineux, ces notions de guerres préventives injustifiées, ensuite malmenées, l'effondrement récent du système monétaire international et la dérégulation bancaire dont les conséquences imprévisibles ne cessent de vulnérabiliser le pouvoir d'achat et la confiance ébranlée il y a de quoi se poser des questions relatives à la responsabilité ou l'irresponsabilité des politiques dans le monde dit développé, rationnel et stratégique !
Le contre-exemple, c'est cette Tunisie toujours précautionneuse, pragmatique mais fort décidée, elle entend émuler avec les pays émergents selon des paramètres de développement comparable, voire proches et entendus par l'Ocde. La Tunisie rebondit là où on l'attend le moins, par la culture dont elle s'exprime et s'enorgueillit.
Issue d'un monde arabe où la culture porte des définitions assez singulières, entre passéisme, présentéisme, idéalisme, culturalisme, absolutisme, identitarisme, préservation du mémoriel, divertissement circonstancié, lieu est de faire remarquer phénomène et épiphénomène qui traversent sens et non-sens de la culture dans le monde arabe, où celle-ci ne remplit pas - à juste valeur - les rôles qui lui auraient été assignés, car les siens.
Les politiques de développement culturel dans le monde arabe demeurent parmi les orientations subsidiaires, l'accent étant tourné plutôt vers la croissance économique, technologique, les flux d'échanges commerciaux, l'environnement, l'exploitation des richesses naturelles, les relations géopolitiques, la société du savoir
Or, comme le fait constater Alfred De Mussetà travers ses trois maximes : «Voir, c'est savoir ; vouloir c'est pouvoir; oser c'est avoir», une orientation vivificatrice de la Tunisie politique se cristallise ces dernières années, jusqu'à intégrer la culture comme vecteur vivant, vivable et moteur du progrès humain. C'est une ambition immense lorsqu'on sait à quel point le droit à la culture, lui-même élément des démocraties culturelles, peut prétendre si largement aux sens économiques, technologiques, politiques, sociaux, stratégiques, tous réunis sous la bannière du progrès humain.
Et qu'au-delà, ces droits peuvent inculquer les valeurs du civisme, de l'esthétisme et de la raison créatrice, lesquelles valeurs sont ancrées dans les programmes politiques des pays occidentaux. Contre l'avis duquel la culture serait coûteuse et que les priorités vitales passent au-devant des besoins sensibles, immatériels et psychologiques, le Président Ben Ali ne cesse de renforcer le rôle ô combien prépondérant de la culture aujourd'hui et en fait un facteur synonyme d'épanouissement individuel, de création d'emplois, de richesses nationales, de rationalisation, de meilleure gestion et administration en vue d'une bonne gouvernance par le travail indépendant des secteurs techniques et artistiques pour le compte des arts contemporains, qu'ils soient présentiels ou virtuels Le budget du ministère passera de 17.429.000 D en 1987 à 133. 495.000 D en 2008 (multiplié presque par huit). Excepté la partie relative au budget de fonctionnement, une réserve substantielle ira à l'aide pour la création et la production qui est passée de 7.454.000 D en 1999 à 18.690.000 D en 2008.
Cette part destinée à l'incitation artistique et créatrice a doublé pendant une décennie, intégrant toutes formes d'expression ; livre, cinéma, théâtre, arts plastiques, musique, événements artistiques, subventions pour associations et comités. Quant au budget réservé au développement, il est passé de 10.291.000 D en 1999 à 68.925.000 D en 2008, multiplié par sept, intégrant les études et la réalisation des grands projets culturels dont bâtiments, équipements, patrimoine, musées, subventions publiques pour le patrimoine culturel national, la production des films courts, moyens et longs métrages.
Si nous proposons ces chiffres à l'appui, c'est que dans leur absence, toute approche qualitative posera un problème de méthode. La quantification des données est souhaitée pour que nous ne soyons pas dans l'empirisme des démarches généralistes, voire aléatoires. Nous avons besoin de rappeler les référentiels, leurs variabilités pour en prendre conscience, et le cas échéant les améliorer.
Partant, plusieurs décrets viennent confirmer cette option et donner le ton aux stratégies de développement culturel, dont notamment le décret n° 1847 de 2004, relatif à la création d'un Comité consultatif relatif aux conditions d'aide et de soutien à l'industrie du livre, le décret n° 2125 de 2005 relatif à l'organisation des Comités culturels, le décret n°4103 de 2007 relatif à la création du Conseil supérieur de la culture et le décret n° 2273 de 2008 relatif à la création de l'Unité de gestion par objectifs de la Cité de la culture.
Ces quatre décrets, entre autres, dans leur diversité thématique réinventent des notions de culture inédite, une culture d'égalité, loin des disparités d'un droit d'amalgame, une culture de droit sans exclusion aucune entre les Tunisiens quant à l'accès à la culture, quels que soient l'appartenance à l'idéologie ou la région ou l'âge ou le sexe ou le niveau d'instruction ou la couleur.
Cette culture agit pour une meilleure répartition des richesses et des ressources entre Tunis, la capitale, et les régions intérieures pour inculquer aux Tunisiens le sens inclusif et porteur d'une référentielle intégrale, source et vecteur vivifiés du Changement social et économique, de tous pour tous depuis 1987. C'est la culture du droit à l'identité enracinée et entrouverte aux perspectives du dialogue interculturel et aux échanges interhumains dans le respect des différences et le rejet de la xénophobie, dans le dessein d'assurer la dignité de l'homme, en ce que la culture peut ou doit remplir et accompagner comme vocation civilisatrice et médiatrice.
Un arsenal juridique devrait continuer à assouplir la procédure en termes de création d'entreprises culturelles pour le travail indépendant et un meilleur partenariat public/privé, en même temps que les textes régissant la propriété intellectuelle et artistique, la mise à profit des régions dont le potentiel artistique est généreux de toutes sortes de richesses intrinsèques et collectives pourvu que la culture nationale n'en soit pas privée.
Il y va également des promesses de l'Observatoire national des festivals dont l'entreprise et les études statistiques permettraient une meilleure lisibilité sous-jacente des actions qui s'y produisent sur le plan de l'organisation et de la gestion des événements, les archives, les modalités de concours, la binarité des rôles de l'Etat et de l'intervention privée, sponsoring et activation du guichet, la promotion de la culture selon des outils interactifs... L'industrie artistique, à son tour, est appelée à conditionner les facteurs générateurs d'employabilité culturelle, entre autres éléments non exhaustifs pour une prise en charge totale des registres du développement sectoriel. C'est toute la volonté du Président Ben Ali qui s'en explicite, par qui la voix est dite; la culture est au coeur du Changement.
Une citation présidentielle en rappelle toujours une autre, incitant la société civile et le tissu associatif à prendre leurs responsabilités et optimiser les attributs culturels de la Tunisie, la finalité étant que les réalisations redoublent d'ambitions, gagnent en propositions, s'élargissent et se diversifient en termes de possibilités de diffusion.
L'acception bénalienne porte l'essentiel de sa véracité, la culture devient «le reflet sincère de la société, selon le Président Ben Ali, avec tout ce qui caractérise l'intelligence du créateur, son génie, ses préoccupations, ses projections et attentes». C'est un appel qui vaut rappel de la responsabilité des artistes et de l'engagement de l'Etat pour une réforme véhiculaire d'un Changement réel, car sans répit. Un Changement en devenir, des promesses sans cesse tenues depuis 1987, à la manière de ce que prédisait Vauvenargues pour qui : «L'activité naît d'une force inquiète». L'art en fait partie, la culture en dépend.

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